OL-AS Monaco : Lucas Paqueta, quand « l’impossible » devient presque la norme avec le lumineux « soldat » lyonnais

FOOTBALL 42 heures après avoir participé à Brésil-Uruguay, le meneur de jeu lyonnais a signé une entrée en jeu décisive, samedi soir contre l’AS Monaco (2-0)

Jérémy Laugier
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Ligue 1: Le débrief d'OL-AS Monaco (2-0) — 20 Minutes
  • A 24 ans, Lucas Paqueta est en train de franchir un cap cette saison aux côtés de Peter Bosz à l’OL.
  • Pièce maîtresse de l’animation offensive lyonnaise, l’international brésilien vient d’enchaîner 216 minutes en trois matchs avec sa sélection durant la trêve internationale en Amérique du Sud… avant de retrouver la compétition avec son club samedi, 42 heures seulement après le match Brésil-Uruguay (4-1).
  • Non seulement Lucas Paqueta est entré en jeu à la 67e minute, samedi face à Monaco (2-0), mais il s’est montré décisif sur les deux buts lyonnais.

Au Parc OL,

Deux matchs de haut niveau enchaînés en moins de 48 heures, avec 9.000 kilomètres (et 10 heures) de voyage, plus six heures de décalage horaire, entre l’un et l’autre. On aurait voulu se lancer dans un roman d’anticipation sur un Mondial de football pour cyborgs en l’an 4021 qu’on ne serait pas allé aussi loin dans le scénario. Lucas Paqueta vient pourtant de nous démontrer samedi que pareille douce folie peut s’accompagner à la fois d’une audace et d’une passion pour son sport contagieuses dans tout un club, et d’un succès crucial dans la course au podium en Ligue 1.

« S’il joue cette nuit, c’est complètement impossible qu’il soit dans le groupe contre Monaco », affirmait pourtant sans bluff Peter Bosz, jeudi en conférence de presse. Comment, après 61 minutes disputées lors de ce Brésil-Uruguay (4-1) bouclé à Manaus (porte d’entrée vers la jungle amazonienne) vendredi à 4 heures du matin (heure française), le « complètement impossible » a-t-il pu se transformer en 26 minutes de masterclass d’une aisance insolente face à l'AS Monaco (2-0) ?

La connexion entre Lucas Paqueta et Neymar fait souvent mouche avec la Seleçao, comme ici jeudi lors de Brésil-Uruguay. NELSON ALMEIDA
La connexion entre Lucas Paqueta et Neymar fait souvent mouche avec la Seleçao, comme ici jeudi lors de Brésil-Uruguay. NELSON ALMEIDA - AFP

« Il a voyagé, il est rentré tard et il a encore été exemplaire »

« C’est un joueur de grande classe et aussi un soldat. Il a voyagé, il est rentré tard et il a encore été exemplaire », explique Karl Toko Ekambi, premier buteur sur penalty samedi (1-0, 75e). A l’origine de cette action conclue par un tacle mal maîtrisé d’Axel Disasi sur Léo Dubois : une passe lumineuse dans l’intervalle de Lucas Paqueta. En entrant en jeu à la 67e minute dans un stade subitement en fusion rien que pour lui, et au sein d’une équipe en panne d’idées, le Brésilien a fait vivre un cauchemar au latéral monégasque Caio Henrique.

Passe entre les jambes, petit pont, grand pont, feinte de talonnade, déviation aveugle, le maestro de l’OL a sorti sa palette technique des grands soirs. Mais c’est en s’exilant pour une fois sur le côté gauche qu’il réserve son bonbon ultime pour la 90e minute de jeu. Après un corner joué à deux avec Houssem Aouar, tout le stade pense que Lucas Paqueta va tranquillement lui remettre en retrait afin de gagner quelques précieuses secondes.

Le nouveau Lisandro Lopez dans le cœur des virages ?

Mais tout en fixant Aouar du regard à côté de lui, l’ancien Milanais se fend d’une caresse de l’extérieur du pied gauche, comme téléguidée dans la course d’Emerson, pile entre Gelson Martins et Ruben Aguilar. Deux secondes plus tard, Jason Denayer double la mise (2-0, 90e) et le ralenti du coup d’éclat de Paqueta est destiné à faire le tour du monde, et même au-delà des 9.000 km jusqu’à Manaus. « C’est un joueur fantastique qui apporte beaucoup à l’équipe, insiste Jérôme Boateng. Je pense que c’est super pour nos supporteurs de le voir jouer. »

On était même carrément face à une furieuse osmose samedi entre le maestro lyonnais et les 50.585 spectateurs lyonnais, qui renvoie davantage à la cote de popularité d’un Lisandro Lopez qu’à celle de Memphis Depay et même Alexandre Lacazette. « Lucas Paqueta voulait être titulaire alors qu’il avait joué 42 heures plus tôt avant de prendre un avion, a raconté Peter Bosz après le match. Je ne devais pas le faire rentrer mais j’ai pris un gros risque et ça s’est bien fini. »

Lucas Paqueta a une nouvelle fois rappelé, de manière éclatante samedi, à quel point il existait un OL avec et un OL sans son génial numéro 10.
Lucas Paqueta a une nouvelle fois rappelé, de manière éclatante samedi, à quel point il existait un OL avec et un OL sans son génial numéro 10. - Laurent Cipriani/AP/SIPA

Le choc Argentine-Brésil de novembre offre bien trop de repos

Ce goût du risque du numéro 10 lyonnais (1.203 minutes disputées, toutes compétitions confondues, en 2021-2022), déjà récompensé il y a un mois avec un joli but contre Strasbourg en L1, deux jours après un succès contre le Pérou (2-0), en dit long sur son attachement envers l’OL. Telles des Chuck Norris Facts une décennie plus tôt, les blagues fusent depuis samedi soir sur l’aspect hors-norme du gaillard, que certains imaginent enchaîner sa semaine d’anthologie en donnant un coup de main aux urgences de l’hôpital Edouard Herriot ou sur la SaintéLyon.

Les supporteurs lyonnais sont dans le même temps très inquiets après avoir consulté le calendrier de la prochaine trêve internationale. Le choc Argentine-Brésil est en effet planifié le 16 novembre, soit cinq jours avant OL-OM. Vous le voyez venir, le manque de rythme du virtuose lyonnais, après une période aussi interminable sans match ?