OL - AS Monaco : L’arrivée du « fiable » double champion d’Europe Emerson Palmieri a-t-elle déjà transfiguré Lyon ?

FOOTBALL Le latéral gauche de 27 ans, doublement sacré en 2021 avec Chelsea et la sélection italienne, est un renfort majeur à un poste où ni Cornet, ni De Sciglio n’avait convaincu la saison passée

Jérémy Laugier
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Emerson a disputé son tout premier match avec l'OL, le 22 août contre Clermont (3-3).
Emerson a disputé son tout premier match avec l'OL, le 22 août contre Clermont (3-3). — PHILIPPE DESMAZES / AFP
  • Le gaucher italo-brésilien Emerson Palmieri s’est engagé le 19 août à l’OL dans le cadre d’un prêt payant permis par son club de Chelsea.
  • Avant le choc contre l’AS Monaco ce samedi (21 heures), les deux premiers mois du double champion d’Europe en 2021 sont une belle réussite.
  • A l’image d’une grave blessure au genou, en mai 2017, la carrière de l’international italien de 27 ans n’a pas été linéaire jusque-là.

« Paqueta m’a dit de venir sans réfléchir car lui, c’est ici qu’il a retrouvé son football et qu’il est très heureux. Donc j’ai pris une décision très rapide et je savais que c’était la bonne après lui avoir parlé. » L’apport de Lucas Paqueta à l'OL est décidément monstrueux cette saison. Il y a bien entendu ses prestations individuelles (4 buts et 1 passe décisive en Ligue 1), son rôle dans le retour au premier plan de son compatriote Bruno Guimaraes, mais donc aussi son influence dans la venue d’Emerson Palmieri cet été à Lyon.

Car depuis le départ de Ferland Mendy au Real Madrid en 2019, l’OL galérait pour se trouver un latéral gauche consistant. Que ce soit la doublette Koné-Marçal en 2019-2020, ou celle formée par Cornet et De Sciglio la saison passée, on n’était pas loin d’être face au point faible chronique de l’effectif lyonnais. « Là, on a affaire à un pur gaucher et à un vrai spécialiste du poste, apprécie Jean-Marc Chanelet, défenseur latéral de l’OL de 2000 à 2003. Il me semble être plus complet que Cornet et De Sciglio pour évoluer dans cette position. »

Le 25 septembre, Emerson a été expulsé dès la 14e minute, contre Lorient (1-1), après une décision bien mal inspirée de Bastien Dechepy.
Le 25 septembre, Emerson a été expulsé dès la 14e minute, contre Lorient (1-1), après une décision bien mal inspirée de Bastien Dechepy. - JEFF PACHOUD / AFP

« Je me sens déjà comme à la maison ici »

Une impression partagée par Antoine, un supporteur lyonnais, deux mois après l’arrivée d’Emerson en Ligue 1 : « Cornet, ça se voyait que défensivement, ce n’était pas son poste naturel. Chacune de ses erreurs se transformait en occasion de but. Quant à De Sciglio, le principal souci était en attaque, au vu de son jeu très stéréotypé. Là, Emerson ne fait pas autant de différences avec le ballon que Ferland Mendy. Mais tout ce qu’il fait, il le fait bien, en défense comme en attaque. Tu peux être sûr qu’il ne va jamais faire couler son équipe. » Ça a bien été le cas une fois, le 25 septembre contre Lorient (1-1), mais son expulsion très tôt dans le match (14e) doit essentiellement à une étrange décision arbitrale de Bastien Dechepy.

Pour le reste, le latéral italo-brésilien de 27 ans a fait preuve d’une grande efficacité lors de ses sept autres titularisations avec l’OL, à laquelle il faut ajouter un but précieux (du pied droit qui plus est) contre Troyes (3-1). « Mon adaptation a été très rapide grâce aux joueurs et au staff, résumait l’intéressé le mois dernier. Je me sens déjà comme à la maison ici. » Une intégration express pour celui qui venait de remporter en un mois et demi deux des titres les plus prestigieux de la planète football, la Ligue des champions avec Chelsea et l’Euro avec la sélection italienne.

Une « option d’achat prioritaire » glissée dans ce prêt d’un an par l’OL

« Emerson a un palmarès impressionnant [il compte aussi une Ligue Europa en 2019 avec Chelsea], rappelait Jean-Michel Aulas à son arrivée. C’est une grande surprise et une immense satisfaction de l’avoir à l’OL aujourd’hui. On a en plus la possibilité de se positionner et d’être prioritaire à la suite de ce prêt. » Car outre ce prêt payant d’un an (500.000 euros + 500.000 € maximum de bonus), Lyon a peut-être flairé le bon coup en incluant une « option d’achat prioritaire » lors du mercato 2022.

En mars 2017, Emerson, alors latéral de l'AS Roma, avait été marqué par la grosse ambiance au Parc OL, lors d'une spectaculaire victoire lyonnaise (4-2) en 8e de finale de Ligue Europa.
En mars 2017, Emerson, alors latéral de l'AS Roma, avait été marqué par la grosse ambiance au Parc OL, lors d'une spectaculaire victoire lyonnaise (4-2) en 8e de finale de Ligue Europa. - Claude Paris/AP/SIPA

Celui qui assure avoir été marqué par « l’effervescence du stade » lyonnais en 2017, alors qu’il évoluait à l’AS Roma (8e de finale aller de folie en Ligue Europa remporté 4-2 par l’OL), a démarré sa carrière professionnelle à 17 ans avec Santos, en côtoyant Neymar jusqu’à son départ au Barça en 2013. L’exil en Europe a lieu un an plus tard pour Emerson, avec Palerme puis l’AS Roma.

« Il est très brésilien dans son jeu »

« On avait déjà eu vent de son potentiel à Palerme mais il a explosé avec l’AS Roma en 2016-2017, décrypte Guillaume Maillard-Pacini, journaliste spécialiste du football italien pour Eurosport. Ses qualités offensives sautaient aux yeux et son profil détonnait alors pas mal en Serie A. Il est très brésilien dans son jeu, ainsi que dans sa culture, mais il a tout de suite été adopté en Italie, avant même de l’être avec la Nazionale [à partir de septembre 2018]. Malheureusement, il a eu cette blessure aux ligaments croisés lors du dernier match de Totti contre le Genoa [3-2, le 28 mai 2017]. C’est comme s’il avait été coupé en plein vol, et à partir de là, son histoire avec la Roma a été compliquée. »

Il rapporte tout de même au club romain une coquette indemnité de transfert (20 millions d’euros + 9 M€) en rejoignant Chelsea en janvier 2018. Certes, avec les Blues, il ne compte que 22 titularisations en Premier League en trois ans et demi, malgré une polyvalence entre arrière gauche et milieu gauche. Mais avoir comme concurrents au poste Marcos Alonso et Ben Chilwell, c’est légèrement plus féroce qu’un Henrique Silva cette saison. Passeur décisif sur l’ouverture du score d’Olivier Giroud lors de la finale de la Ligue Europa 2019 (4-1 contre Arsenal), Emerson Palmieri a surtout connu son heure de gloire cet été en disputant les trois derniers matchs couperets de l’Italie à l’Euro, dont la demie et la finale en tant que titulaire.

« Pas un joueur qui va te créer des problèmes quand il ne joue pas »

« Leonardo Spinazzola était évidemment le titulaire à l’Euro jusqu’à sa blessure, mais Emerson n’a pas démérité quand il a joué, rappelle Guillaume Maillard-Pacini. Il est fiable et même accompli aujourd’hui. Roberto Mancini aime son état d’esprit, son implication et son professionnalisme. Ce n’est pas un joueur qui va te créer des problèmes quand il ne joue pas. C’est assurément un bon coup pour l’OL. » Reste que le pied gauche de cet ancien pratiquant de futsal, loué par Juninho lors de la présentation du joueur devant la presse, et ses supposées habilités offensives, débouche jusque-là sur un bilan statistique de seulement 5 buts et 6 passes décisives en 135 matchs (toutes compétitions confondues) depuis son arrivée en Europe il y a sept ans.

A en croire Peter Bosz, interviewé cette semaine par Canal+, c’est en partie lié au fait qu’il soit « trop gentil » : « On l’a désigné tireur de coups francs numéro un car il est selon moi le meilleur de l’équipe dans ce domaine. Mais le moment venu en match, Paqueta lui prend le ballon et Emerson le laisse faire ». La confidence est de taille : Lucas Paqueta n’est peut-être finalement pas l’homme parfait.