OM - FC Metz : Jorge Sampaoli roi de la biscotte, un problème de « gestion des émotions » et d’incompréhension

FOOTBALL L'entraineur de l'Olympique de Marseille, Jorge Sampaoli, est suspendu pour le match contre Metz (13h) ce dimanche, après avoir reçu trois cartons jaunes en moins de dix matchs

Adrien Max
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Quand Jorge Sampaoli essaye de se faire comprendre avec les mains.
Quand Jorge Sampaoli essaye de se faire comprendre avec les mains. — Daniel Cole/AP/SIPA
  • Jorge Sampaoli suivra dimanche (13h) le match entre l'OM et le FC Metz depuis les tribunes après sa suspension pour un trop grand nombre de cartons jaunes reçus.
  • Jorge Sampaoli, estime qu'il doit « plus [s]'habituer à mieux gérer [ses] émotions », notamment en championnat.
  • Mais il existe aussi une certaine incompréhension avec le corps arbitral français, du fait de la différence des langues.

Jorge Sampaoli, roi de la biscotte. L’entraîneur argentin de l'Olympique de Marseille ne pourra pas faire les cent pas le long de sa ligne de touche dimanche (13h) contre le FC Metz, pour la 13e journée de Ligue 1. Il sera contraint d’assister à ce match depuis les tribunes du stade Vélodrome, après avoir reçu trois cartons jaunes en moins de 10 matchs, comme le prévoit le règlement de la LFP.

Comble de la situation, Jorge Sampaoli était de nouveau averti lors du match à rejouer contre Nice (1-1), 10 minutes à peine après la décision de la commission de discipline de la LFP de le suspendre contre Metz.

« Il a toujours été comme ça »

Souvent caricaturé pour son caractère volcanique – il avait été expulsé pour son dernier match au Brésil avec l’Atletico Mineiro – Jorge Sampaoli fait honneur à sa réputation à l’Olympique de Marseille, où il a débarqué en mars dernier. Depuis son premier match contre Rennes, le 10 mars, El Pelado (le chauve) a reçu sept cartons, six jaunes et un rouge. Seuls le milieu rennais, Benjamin André, et le défenseur strasbourgeois, Alexandre Djiku, font « mieux », avec huit cartons, selon le site de statistique Opta.

Très souvent averti en Ligue 1, Jorge Sampaoli ne l’est pas sur la scène européenne, en Ligue Europa. « Je pense que chaque endroit est différent. Chaque compétition amène une gestion différente, aussi en fonction de l’arbitrage. Peut-être que j’ai moins de tension en Ligue Europa qu’en championnat. Donc c’est une analyse un peu différente peut-être. Avec le temps je dois mieux m’habituer à ce championnat et m’habituer à mieux gérer mes émotions, mais ça vient du fait que je suis plus tendu en championnat qu’en Ligue Europa », a expliqué Jorge Sampaoli lorsque nous l’avons interrogé sur cette différence.

Pour son adjoint, Jorge Desio, qui le remplacera dimanche sur le banc, difficile de changer ce qui a toujours caractérisé son compatriote. « Jorge a son caractère, c’est vrai, il a toujours été comme ça. Je ne pense pas qu’il le fasse exprès, ça fait 30 ans que je le côtoie. Je ne suis pas là pour le calmer, même si on essaye de lui dire de faire attention. C’est devenu quelque chose de normal, c’est une marque de Jorge ce caractère », a-t-il expliqué en conférence d’avant match, remplaçant Sampaoli pour des « raisons personnelles ».

Barrière de la langue

Des avertissements liés à la tension qui habite Jorge Sampaoli, comme celui-ci l’explique, mais aussi visiblement liés à une certaine forme d’incompréhension entre l’entraîneur et les arbitres. Comme lors de sa première, et seule, expulsion contre Angers le 16 mai dernier. Il reçoit un second carton jaune, le premier lui avait été adressé pour une contestation, par Frank Schneider alors qu’il encourageait son équipe au cri de « vale ». « Il a dit " vale ", ça veut dire " allez ", il encourage son équipe », lui vient en secours Valentin Rongier. « Je t’explique que j’ai dit " allez ", pourquoi tu me vires ? », hurle en réaction Jorge Sampaoli, en direction de l’arbitre, qui ne veut rien savoir.

« Normalement les arbitres de haut niveau devraient parler anglais couramment. J’ai bien dit devraient. On pourrait aussi considérer qu’ils connaissent quelques mots espagnols, portugais, italiens, ou quelques phrases clés. Mais c’est aussi aux entraîneurs, ou joueurs, italiens, anglais, argentins de faire un effort. S’ils maîtrisaient mieux notre langue, ce serait plus facile de leur expliquer les choses avec le sourire. Parce que ces situations peuvent venir de ces incompréhensions », estime l’ancien arbitre international Bruno Derrien. Et effectivement, Jorge Sampaoli ne baragouine que quelques mots de français depuis son arrivée à Marseille…

Le ressenti plus que la réputation

Pour Bruno Derrien, les hommes au sifflet ne peuvent pas « arbitrer en fonction de la réputation d’un joueur ou d’un arbitre », mais plus en fonction du ressenti. « On l’intègre, et on anticipe quand même ce qu’il peut se passer. On ne va pas sortir un carton à la première faute d’un joueur réputé dur, à moins que ce ne soit un geste pas du tout maîtrisé », tempère-t-il.

Comme lorsqu’il a dû arbitrer l’ancien niçois Cyril Rool, réputé pour son jeu rugueux. « La stratégie de l’équipe adverse était de le provoquer pour le faire sortir de ses gonds. En tant qu’arbitre je ne pouvais pas être complice de ça. J’ai réussi à la canaliser tout le match en lui disant " on est bien entre nous, non ? Donc restons ainsi ". J’ai réussi à entretenir le dialogue avec lui durant tout le match, et à la fin il est venu me donner son maillot en me disant " c’est grâce à vous si j’ai fini le match ". Même si je n’étais pas un collectionneur de maillot, ça m’a fait plaisir. Parce qu’en tant qu’arbitre, on ne sanctionne pas pour sanctionner. On préfère canaliser le match sans sortir de carton », se remémore Bruno Derrien. Mais pour cela, on en revient à la compréhension entre le corps arbitral et l’entraîneur, ou le joueur. Ce qui n’est pas encore le cas pour Jorge Sampaoli.

Mais au final est-ce que ce comportement dessert plus son équipe qu’il ne la sert ? Jorge Desio préfère se concentrer sur l’aspect bénéfique de ce caractère volcanique : « Jorge est entraîneur depuis très longtemps. Il a toujours été comme ça. Parfois ça peut être bon, ça contamine son équipe. C’est un passionné de ce sport, je ne pense pas que ce soit un gros problème pour lui ». Reste à voir si son absence sur le banc de touche en devient un pour l’OM.