Leipzig – PSG : « C’est son frère jumeau qui joue »… Comment Wijnaldum est passé en trois mois de super recrue à super-flop

FOOTBALL Après cinq saisons pleines à Liverpool, le capitaine des Pays-Bas ne cesse de décevoir depuis son arrivée au PSG

Aymeric Le Gall
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Depuis son arrivée au PSG, Georginio Wijnaldum tarde à convaincre.
Depuis son arrivée au PSG, Georginio Wijnaldum tarde à convaincre. — Jean-Christophe VERHAEGEN / AFP
  • Ce n'était certes pas la recrue la plus clinguante de l'été parisien, mais l'arrivée de Georginio Wijnaldum au PSG était perçue comme un super coup sur le papier. 
  • Depuis, le joueur traîne sa peine chaque semaine et tarde à retrouver le niveau qui était le sien chez les Reds. 
  • Problème d'intégration dans les vestairies et sur le terrain, manque de cadre tactique strict, les raisons de ce retard à l'allumage sont nombreuses. 

Et soudain le carrosse devint citrouille. Débarqué au PSG dans l’allégresse générale, auréolé du statut de capitaine des Pays-Bas après un Euro bien négocié et pièce maîtresse du grand Liverpool de Klopp, Georginio Wijnaldum devait être le rouage essentiel qui manquait au milieu parisien pour accompagner Marco Verratti et Idrissa Gueye. Mais après trois mois dans la capitale, force est de constater que le milieu de terrain n’est que l’ombre de l'ombre de lui-même.

Ce qui fait dire à l’ancien défenseur Jean-Luc Arribart, pourtant fan de la première heure du bonhomme, que « c’est son frère jumeau qui joue depuis le début de la saison ». Quatorze matchs disputés dont la moitié en tant que remplaçant, une influence sur le jeu proche du niveau de la mer, période préindustrielle, et une jauge de confiance déjà à sec, c’est rien de dire que le début d’aventure parisienne du Wij ressemble à un long et douloureux calvaire.

Un Paris risqué

Le joueur savait pourtant où il mettait les pieds. Dans une interview fleuve accordée à L’Equipe mi-septembre, « Gini » confiait ne pas avoir reçu la moindre garantie sur son futur temps de jeu. « C’est à moi de faire en sorte de devenir un joueur-clé pour l’équipe. Certains clubs peuvent vous faire plein de promesses, si vous n’êtes pas bon, vous ne jouez pas, et c’est normal. Il y aura toujours de la concurrence dans une équipe comme Paris, et c’est mieux ainsi. Ils ne m’ont pas tant promis que j’allais être un joueur-clé qu’expliqué comment j’allais devenir, avec mes qualités, avec mon expérience, une pièce essentielle de leur projet. » Plus loin, il affirmait aussi être imperméable à la pression. Comme quoi la vérité d’un jour n’est pas forcément celle du lendemain.

Capitaine des Pays-Bas, Wijnaldum peine à retrouver au PSG un statut digne de ce qu'il a connu à Liverpool et en sélection.
Capitaine des Pays-Bas, Wijnaldum peine à retrouver au PSG un statut digne de ce qu'il a connu à Liverpool et en sélection. - JOHN THYS / AFP

Au bout du fil, le consultant chez RMC (qui diffuse Leipzig-PSG mercredi soir) Emmanuel Petit ne connaît que trop bien ce que traverse le Hollandais depuis son arrivée. « Signer à Paris à 30 ans quand t’es au sommet à Liverpool, c’était un pari risqué. C’était pareil quand j’ai quitté Arsenal pour aller à Barcelone. Je voulais aller dans l’un des plus grands clubs du monde pour ajouter une ligne à mon palmarès en Ligue des champions, et finalement je me suis rendu compte que l’herbe n’était pas forcément plus verte ailleurs. Quand on quitte un club dans lequel on est extrêmement épanoui, qu’on a une crédibilité à la fois auprès des supporters, les dirigeants et de ses coéquipiers, c’est difficile de repartir de zéro ailleurs. »

Une place à trouver dans le vestiaire très « sud-am' » du PSG

Comme Petit à l’époque, Wijnaldum a débarqué dans un vestiaire rempli de stars dans lequel il faut rapidement jouer du coude pour trouver sa place. Or, à la différence de l’accueil que lui ont réservé les supporters parisiens, l’arrivée de Wijnaldum n’a pas fait que des heureux au sein du vestiaire du PSG puisque, de fait, celui-ci venait empiéter sur le territoire d’un Leandro Paredes très apprécié de l’immense clan sud-américain. Pour Jean-Luc Arribart, son erreur a été de ne pas mettre immédiatement tout le monde d’accord par son niveau de performance sur le terrain.

« S’il avait frappé un grand coup d’entrée et montré directement toute l’étendue de son talent, on se serait dit « là, il y a un nouveau patron au milieu ». Sauf qu’il s’est raté. Or avec les joueurs d’une telle qualité comme il y en a dans le groupe parisien, tout capitaine des Pays-Bas qu’il est, même s’il vient de Liverpool, les gars ne le regardent plus comme un titulaire indiscutable, ils le voient comme un joueur qui va avoir du mal à gagner sa place. Le regard des autres, on le ressent, et là, il sait qu’on ne le considère pas comme un pilier de cette équipe, on le regarde comme un joueur qui est en train d’échouer au Paris Saint-Germain. »

Sauf que Wijnaldum, comme beaucoup d’autres par ailleurs, est un affectif qui marche à la confiance. « Wijnaldum me semble un peu isolé, aussi bien dans le vestiaire que sur le terrain, il n’a pas encore trouvé sa place. Il y a des joueurs qui vont à l’essentiel pour se concentrer sur leur propre performance et il y en a d’autres, comme c’était mon cas à l’époque, qui ont besoin de se sentir dans un cocon humain, qu’il y ait une bonne relation basée sur la confiance et l’honnêteté et que ça soit réciproque en permanence afin de développer de bonnes amitiés sur et en dehors du terrain. Je pense que Wijnaldum a besoin de ça en ce moment », réfléchit Petit. Dans un entretien accordé au média hollandais NOS, début octobre, Gini confirme.

« Je ne peux pas dire que je suis complètement heureux parce que ce n’est pas la situation à laquelle je m’attendais »

Le cadre de Klopp vs le bazar de Pochettino

« Après, on n’est pas dans le monde des bisounours, tempère le champion du monde 98. C’est à lui de faire les efforts pour mieux s’intégrer au groupe. Il devrait prendre le problème à l’envers et se dire qu’à partir du moment où il commencera à faire de bonnes performances, le regard des leaders changera à son sujet. Mais c’est un peu le serpent qui se mord la queue ». D’autant qu’à chaque fois que Pochettino lui redonne une chance, le capitaine des Oranje semble totalement perdu dans l’organisation (fluctuante) mise en place par l’entraîneur argentin. Box-to-box dans le 4-3-3 immuable de Jürgen Klopp chez les Reds, Wijnaldum est « trimballé à tous les postes du milieu depuis qu’il est arrivé au PSG », regrette le consultant Premier League à Canal +.

« A Paris, on a l’impression que les milieux doivent donner le ballon aux attaquants qui se débrouillent entre eux, analyse Manu Petit. A Liverpool, il se mêlait en permanence aux attaques, il était en permanence en mouvement, c’était un lien entre la défense et l’attaque, bref, il vivait dans le collectif de Klopp. Là, on a la sensation qu’il est cantonné dans un rôle secondaire et qu’il se bride lui-même, il a une espèce de timidité sur le terrain qu’il n’avait pas à Liverpool. »

Wijnaldum a profité de son passage en conf' pour expliquer ses difficultés à trouver sa place dans le collectif bâti par Pochettino.
Wijnaldum a profité de son passage en conf' pour expliquer ses difficultés à trouver sa place dans le collectif bâti par Pochettino. - FRANCK FIFE / AFP

Plus beaucoup de jokers dans sa poche…

Pour l’ancien milieu de terrain parisien Eric Rabésandratana, on en revient encore et toujours au gloubi-boulga tactique de ce PSG sans réelles idées directrices ni schémas préférentiels. « Aux Pays Bas ou à Liverpool, c’est clair, il y a un cadre, il connaît parfaitement son rôle. A Paris, ce n’est pas le cas, il arrive dans une équipe qui se cherche, qui ne sait pas comment elle joue, forcément ça impacte ses performances. C’est un joueur qui a besoin de choses bien huilées pour pouvoir exprimer pleinement son potentiel. »

Présent aux côtés de Pochettino en conférence de presse d’avant-match, mardi soir, Wijnaldum n’a pas hésité à confirmer l’instabilité parisienne de ce début de saison. « À Liverpool, on était une équipe qui était ensemble depuis cinq ans. On avait notre identité, c’était différent. Ici, le coach préfère quand on fait de la rotation. On n’est pas toujours à la même position », a-t-il avoué sans pincettes. Rictus de Pochettino, qui avale la pique sans broncher. Cet élan de sincérité ne devrait pas lui porter préjudice à l’heure de défier Leipzig. En effet, en l’absence de Marco Verratti, Wijnaldum devrait avoir une nouvelle chance de prouver que Paris ne s’est pas trompé en allant l’arracher des bras de Klopp. Il s’agirait de ne pas la gâcher cette fois-ci.