Barça-PSG : Les galères du Barça ont-elles vraiment commencé avec le départ de Neymar au PSG ?

FOOTBALL Depuis le départ de Neymar à l'été 2017, le Barça est entré dans un cercle vicieux sur les plans sportif et financier

Aymeric Le Gall
— 
Neymar lors de sa présentation au Parc le 4 août 2017.
Neymar lors de sa présentation au Parc le 4 août 2017. — Lionel BONAVENTURE / AFP
  • Le Barça accueille le PSG mardi soir en 8e de finale aller de la Ligue des champions.
  • Depuis le départ de Neymar au PSG à l’été 2017, le club a énormément creusé sa dette au point que celle-ci atteint aujourd’hui les 900 millions d’euros.
  • Mais les ennuis datent-ils vraiment du départ du Brésilien à Paris ? C’est la question que l’on s’est posée aujourd’hui.

C’est une histoire que les supporteurs parisiens aiment raconter à leurs enfants les soirs d’hiver au coin du feu. Après l’humiliation née de la remontada, le PSG a joué un sacré vilain tour à son bourreau catalan en faisant sauter la clause libératoire de Neymar à l’été 2017, entamant ainsi doucement mais sûrement la descente aux enfers sportive et économique des Blaugranas. De fait, ils ne sont pas loin de la vérité. C’est du moins ce que racontent les chiffres. Selon La Vanguardia, entre 2017 et 2020, le FC Barcelone a creusé sa dette comme on fore un puits de pétrole au beau milieu du désert irakien. De 247 millions il y a trois ans, celle-ci atteint aujourd’hui les 1,173 milliard d’euros (dont 730 millions à rembourser à court terme). Comment dit-on « aouch » en catalan ?

Mais est-il bien raisonnable d’imputer ce bourbier économique au seul départ du Brésilien vers le PSG et aux mauvais choix de la direction qui ont suivi ? C’est la question qu’on a décidé de creuser alors que les deux nouveaux meilleurs ennemis d’Europe se retrouvent pour la première fois mardi depuis ce fameux 8 mars 2017.

222 millions d'euros évaporés en cinq mois

Mettons les choses au clair d’emblée : loin de nous l’idée de vouloir réécrire l’histoire et de dire que le transfert du brésilien au PSG à l’été 2017 n’a été qu’un simple petit caillou dans les godasses blaugranas. Bien au contraire. Pour le journaliste espagnol Marcos Lopez, la vente du Brésilien au PSG pour un montant record de 222 millions d’euros a entraîné une « panique totale » à la tête du club et marqué, si ce n’est le début, disons du moins une accélération certaine des galères au Barça. « Les dirigeants ne l’ont absolument pas vu venir. Pour eux il était inconcevable que Neymar s’en aille et ils se sont retrouvés complètement désorientés quand c’est finalement arrivé », relate notre confrère du Periódico de Catalunya.

A poil en plein mois d’août après la fuite du Ney, les dirigeants n’ont alors qu’une idée en tête : calmer la colère ou la déception des socios en achetant vite, très vite, celui qui représente à leurs yeux l’avenir du football mondial à l’instant T. Et comme à cette époque un certain Ousmane Dembélé casse la baraque du côté de Dortmund, qu’il est jeune, qu’il va vite, le calcul est vite fait. « Ils ont tellement été pris de court par le départ de Neymar qu’ils ont commencé à jouer à la playstation, juge l’économiste espagnol Marc Ciria i Roig, membre de la candidature de l’ancien président Joan Laporta en 2015. C’est-à-dire que tu regardes les joueurs les mieux notés du moment et tu te jettes dessus sans qu’il n’y ait aucune cohérence ni plan sportif stratégique. »

« La décision a été prise dans la précipitation la plus totale. Neymar s’en va début août et Dembélé arrive le 27, poursuit Marcos Lopez. Ça n’a strictement rien à voir avec une décision mûrement réfléchie où tu te dis "bon, il faut préparer l’avenir, Messi ne sera pas éternel, qui on prend ?". Non, là c’était "wow, Neymar s’est barré, il faut vite qu’on fasse quelque chose !". » Non content d’avoir signé l’international français pour une somme record (105 millions d’euros + 40 de bonus), Josep Maria Bartomeu en voulait plus. Et six mois plus tard c’est Coutinho qui déboule en Catalogne pour 120 millions (+ 40 de bonus là aussi, tant qu’à faire) en provenance de Liverpool.

Dembouz lors de sa présentation au Camp Nou, le 27 août 2017.
Dembouz lors de sa présentation au Camp Nou, le 27 août 2017. - LLUIS GENE / AFP

« En deux transferts et en à peine cinq mois, la montagne d’argent qu’ils avaient reçu de Neymar avait disparu en un claquement de doigts, s’étrangle le journaliste catalan. Et comme ça n’a pas marché avec ces joueurs [au moins au début pour Dembélé], ils décident de faire Griezmann, qui te coûte là encore 135 millions d’euros. Après le départ de Neymar, le club et sa direction ont réalisé les trois transferts les plus chers de toute l’histoire du club pour le résultat qu’on connaît… »

Ajoutons à cela des prolongations de contrats en veux-tu, en voilà, assorties de juteuses augmentations de salaire (Messi, bien sûr, mais aussi Gérard Piqué, Sergi Roberto, Jordi Alba, Samuel Umtiti) et une petite pandémie mondiale et vous comprenez comment le Barça en est arrivé à une telle situation « d’étranglement économique », dixit Marcos Lopez. « La vérité c’est que la masse salariale du Barça est supérieure de 30 à 40 % à celle d’équipe du même standing européen, Liverpool, le Bayern, etc. », hallucine l’économiste espagnol.

Un mal plus profond

Pour Marc Ciria i Roig, pas besoin de chercher bien loin le pourquoi de ces erreurs de jugement. « Il y a une absence totale de politique sportive au Barça ces dernières années, déplore-t-il. Après le départ de Neymar, on s’est retrouvé avec tout un tas de gens dont ce n’est pas le boulot qui a mis son nez dans le domaine sportif et qui s’est mis à faire des choses qui n’étaient pas de leurs compétences : acheter des joueurs. Ces gens-là savent gérer des entreprises, pas de problème là-dessus, mais ils n’avaient certainement pas les compétences pour dire si tel ou tel joueur était nécessaire pour le bien du club. »

Mais ces visionnaires ne sont pas apparus un beau matin d’août 2017. Marcos Lopez : « En réalité, si l’on regarde bien l’histoire récente du Barça, on se dit que les choses avaient commencé à mal tourner bien avant le transfert de Neymar. En fait, le dernier à avoir réussi à renouveler l’effectif proprement, c’était Zubizarreta en 2014 [Jordi Alba, Ter Stegen, Luis Suarez et Rakitic]. Depuis cette date, tout a commencé à partir en vrille. Son départ en janvier 2015 a créé un désordre dans la direction sportive qui n’a jamais été réparé depuis. Après lui, on a eu Ruben Fernandez [celui qui a recruté Dembélé], Pep Segura, Eric Abidal et Ramon Planas. C’est-à-dire qu’en cinq ans, entre 2015 et 2020, le Barça a connu quatre directeurs sportifs, ce n’est pas sérieux… ».

Un Socio du Barça réclamant le départ du président Bartomeu l'été dernier.
Un Socio du Barça réclamant le départ du président Bartomeu l'été dernier. - Pau BARRENA / AFP

Un constat partagé par Tracy Rodrigo, journaliste pour le site Furia Liga spécialisé dans le foot espagnol. « Certains journalistes, socios ou supporteurs tiraient la sonnette d’alarme bien avant ça, se souvient-elle. En 2015 déjà, alors que le Barça fait le triplé Liga-Ligue des Champions-Coupe d’Espagne, l’équilibre semblait précaire tant sportivement qu’en coulisses, où des changements qui peuvent sembler mineurs mais qui touchaient au plus profond l’âme du Barça étaient entrepris, notamment dans la formation. Mais quand on gagne, il est difficile de convaincre que tout n’est pas bien fait en interne… »

De là à voir dans le séisme provoqué par la fuite du Brésilien un mal pour un bien, il n’y a qu’un pas que la journaliste et fan du Barça n’hésite pas à faire : « Son départ et l’enveloppe dont le Barça a bénéficié ont permis entre guillemets de montrer publiquement les problèmes de gestion sportive et économique du club et plus précisément de sa direction. Je pense qu’avec une autre direction, le départ du Brésilien aurait pu permettre un renouveau salutaire à ce moment-là. Malheureusement Josep Bartomeu a joué à "sauve-qui-peut". » Un jeu dangereux qui l’aura poussé à démissionner avant même de subir l’humiliation d’un vote de censure des socios déjà dans les tuyaux en septembre. Depuis, le Barça navigue à vue en attendant les nouvelles élections prévues le 7 mars prochain.