Bordeaux-OM : L’invincibilité de 43 ans à domicile face à Marseille est-elle devenue un poids pour les Girondins ?

FOOTBALL Les joueurs bordelais semblent de plus en plus jouer le match nul contre l’Olympique de Marseille ces dernières saisons afin de prolonger ce fameux record d’invincibilité

Clément Carpentier

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Le Bordelais Yacine Adli va retrouver les Marseillais ce dimanche.
Le Bordelais Yacine Adli va retrouver les Marseillais ce dimanche. — Christophe SIMON / AFP
  • Les Girondins accueillent ce dimanche à 21 heures l’OM au Matmut Atlantique à l’occasion de la 25e journée de Ligue 1.
  • Comme chaque année, il sera question de conserver le record d’invincibilité de 43 ans à domicile face à Marseille. Les Bordelais voudront aussi renouer avec la victoire après quatre défaites d’affilée.
  • Ce record semble en tout cas devenir de plus en plus pesant pour les joueurs qui préfèrent ces dernières années plutôt jouer le nul que d’aller essayer de chercher la victoire avec panache.

C’est une fierté. Non, la fierté des supporteurs des Girondins de Bordeaux. Pas un seul d’entre eux ne vous dira le contraire. Et encore moins ces dernières années alors que le club au scapulaire traverse une longue période de vaches maigres et un déclassement sans fin dans la hiérarchie du football français. « L’invincibilité [à domicile] face à l’OM est un marqueur important de l’histoire girondine », rappelle d’emblée Thibaud, un abonné. Il faut dire qu’au bout de 43 ans, ça commence à faire. C’est même une série inédite dans le sport de haut niveau.

Alors forcément chaque année avant Bordeaux-OM (ce dimanche à 21 heures), ce chiffre est dressé en étendard en Gironde. « A l’heure où nous perdons un peu nos repères vis-à-vis de ce club et de ce qu’il est en train de devenir, c’est l’une des dernières choses qui nous permettent de nous raccrocher à notre glorieuse histoire », explique-t-il. Pour Enzo, un autre supporteur bordelais, « c’est triste à dire mais c’est encore le seul truc important que l’on joue. » Si les Marseillais préfèrent souvent s’en amuser aujourd’hui, côté bordelais la pression est donc énorme.

Les supporters des Girondins au Haillan avant un Bordeaux-Marseille.
Les supporters des Girondins au Haillan avant un Bordeaux-Marseille. - Clément Carpentier / 20 Minutes

Comme tous les ans, les Ultramarines, le plus grand groupe de supporteurs des Girondins, se rendront au centre d’entraînement du Haillan ce samedi (15h30) pour rappeler aux joueurs à quel point ils tiennent à ce record. Mais justement, cette invincibilité de 43 ans n’est-elle pas devenue un poids pour les joueurs ?

Un record plus important que les trois points ?

Cette question se pose aujourd’hui car comme le souligne Thibaud, « on a souvent vu ces dernières années un Bordeaux, dont les saisons sont moins glorieuses, cesser de jouer pour préserver le score et surtout ne pas perdre ce match. » Comme si le record était plus important que les trois points. Et les chiffres tendent à le penser. Depuis la dernière victoire marseillaise en championnat en Gironde le 1er octobre 1977, les Girondins sont sur une série de 35 matchs sans défaite (21 victoires et 14 nuls) mais depuis 2005, il n’y a eu que 5 victoires pour 11 matchs nuls. Dans le détail : un 0-0, huit 1-1, un 2-2 et un 3-3.

Pendant cette période, les Marine et Blanc n’ont dû s’arracher qu’à deux reprises pour conserver leur invincibilité. En 2006 avec un but de Fernando et en 2010 avec une réalisation de Modeste dans les dernières minutes. Au-delà de la rivalité sportive, qui n’a plus rien à voir avec les années 1980 ou 1990, on assiste aujourd’hui souvent à  « des matchs fermés » avoue Enzo, sans grandes envolées entre des Marseillais contents de ramener un point du Sud-Ouest où il n’est jamais évident de venir jouer et des Bordelais heureux de poursuivre cette série.

« Après c’est vrai que si dans les dernières minutes… »

Alors qu’en pensent vraiment les acteurs ? S’agit-il simplement d’une impression ? Pas facile de savoir, le sujet est sensible aux Girondins. Très peu souhaitent s’exprimer sur le sujet. Un ancien joueur, formé au club et qui a disputé quelques Bordeaux-Marseille lors de la dernière décennie, explique à 20 Minutes en souhaitant l’anonymat : « Imagine je parle et on perd. Ce n’est pas bon donc je ne préfère pas (sourire). » Le tout dit avant même de connaître les questions. Un autre est un peu plus bavard sur le sujet. Il affirme qu’il « abordait ce match avec beaucoup d’excitation » et faisait « tout pour le jouer ». Pas question pour lui d’avoir peur cette invincibilité.

« Je jouais ces matchs-là à fond et je ne pensais pas à jouer le nul, poursuit-il, c’était la même chose pour tous mes coéquipiers à mon avis. C’est un match qu’il faut gagner comme les autres. Tu te livres et t’essaies de tout faire pour obtenir la victoire. Point barre ! » Vraiment aucun calcul ? « Après c’est vrai que si dans les dernières minutes, il y a encore match nul, tu ne vas pas t’ouvrir en deux et laisser des espaces à l’adversaire mais c’est juste normal ça. » Finalement, c’est peut-être Stéphane Martin, ancien président des Girondins, qui résume le mieux le contexte : « Je pense que ça pèse même si les joueurs y accordent beaucoup moins d’importance que les supporteurs. Mais c’est vrai que parfois, ça joue le nul. »

Un énorme dilemme pour les supporteurs

Le sujet obnubile en tout cas les supporteurs. Au point que ces dernières années, certains s’en amusent à travers quelques petites questions-pièges. Du type, serez-vous prêt à échanger un titre de champion de France ou une qualification en Coupe d’Europe contre la fin de cette invincibilité ? Thibaud et Enzo reconnaissent faire face à un énorme dilemme : « Quand on est amoureux de foot, on souhaite voir son équipe jouer avec panache et se surpasser encore plus dans ce genre de rencontre. Maintenant, j’attache quand même beaucoup d’importance à cette série », « d’un côté, j’aimerais que cette série s’arrête pour qu’on arrête d’y penser et qu’on joue crânement nos matchs contre Marseille mais d’un autre côté, cette invincibilité maintient la rivalité entre les deux clubs et je pense que c’est important car en plus, sportivement, nous ne sommes plus au niveau ! »

Si Bordeaux venait à perdre un jour contre l’OM à domicile, le premier « espère que ce soit au terme d’un match ouvert avec du rythme, etc. Si c’est en ayant été petits bras, sans âme, qu’on venait à rendre les armes sans combattre, cela me contrarierait beaucoup et je leur en voudrais encore plus de ne pas avoir évité la défaite. » La conclusion du second veut tout dire : « Je ne peux pas souhaiter une victoire de l’OM même si je pense qu’elle pourra nous être bénéfique… »