Bordeaux-OM : André Villas-Boas et Paulo Sousa, sosies dans l’art de la communication

FOOTBALL Le Bordeaux de Paulo Sousa reçoit l’OM d’André Villas-Boas, ce dimanche, en Ligue 1. Les deux coachs portugais partagent un même talent : celui de dire aux supporters ce qu’ils veulent entendre

Jean Saint-Marc et Clément Carpentier

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Paulo Sousa (gauche) et André Villas-Boas (droite) communiquent de la même façon.
Paulo Sousa (gauche) et André Villas-Boas (droite) communiquent de la même façon. — G. Julien / AFP
  • Paulo Sousa et André Villas-Boas, coachs des Girondins de Bordeaux et de l’Olympique de Marseille, sont d’excellents communicants.
  • L’entraîneur bordelais prépare énormément ses interventions médiatiques.
  • Son homologue marseillais est plus instinctif.

« Paulo Sousa et André Villas-Boas ont une allure à la James Dean, il y a une vraie ressemblance. » Ce clin d’œil d’Almiro Ferreira, suiveur du FC Porto pour le Jornal de Noticias, nous a rassurés : la comparaison, esquissée avant Bordeaux- OM, ce dimanche (21h), tient la route. Il y a le physique. Et cette façon de s’exprimer. Villas-Boas vient de critiquer vertement la nomination de Paul Aldridge​, qui débarque à Marseille pour faciliter les transferts vers l’Angleterre. Cet automne, Sousa avait, lui aussi, taclé ses dirigeants : « Chacun doit mettre son ego de côté et respecter le club. »

Un coup bien préparé. « Paulo passe de longues minutes à préparer les conférences de presse », confie un proche du vestiaire bordelais. Il débarque à chaque fois devant les médias avec, sur une fiche, ses éléments de langage. A Marseille, « on envoie en amont les questions qui pourraient être posées pour qu’il ne soit pas surpris. André lit ou pas, c’est comme il veut », témoigne la responsable du service presse de l’OM. Villas-Boas est instinctif, « émotionnel », comme il l’a dit lui-même après son coup de gueule. « Après ses conférences, on échange s’il a besoin de précisions, poursuit-elle. Il me demande : “Je n’ai pas été trop dur, trop agressif ?” »

Eyraud ? « Il a fait trop de com' chez Disney »

Trop manipulateur, aussi ? Sa sortie est un sans-faute : les supporters marseillais, déjà emballés par la série de 13 matchs sans défaite, l’aiment d’autant plus. « C’est quelqu’un d’intègre, de franc. C’est important à Marseille », souligne Modou Sougou, ancien attaquant de l’OM qui a côtoyé Villas-Boas à Coimbra. « On a un actionnaire fantomatique et un président qui a fait trop de com' chez Disney, lance Jean-Marc. C’est bien d’avoir un interlocuteur qui est dans le réel avec la presse et les supporters ! »

Jean-Marc est fan de l’OM, mais avec une petite particularité : il vit à Novossibirsk, en Sibérie et suit aussi le Zénith Saint-Pétersbourg. Il connaît donc Villas-Boas de longue date : « En 2016, sa dernière saison, il parlait déjà très directement aux journalistes. Il avait fortement critiqué la décision de la ligue de limiter le nombre de recrues étrangères, par exemple. »

En Russie, il pouvait aussi se montrer un peu hargneux en public, face aux arbitres, notamment. Et en Chine ? « Après une défaite ou une victoire, il avait toujours le sourire, note Justin Wang, fan du SIPG Shanghai, que Villas-Boas a entraîné entre 2016 et 2017. Mais les différences culturelles sont si grandes qu’il pouvait aussi sembler parfois un peu agressif, comparé aux coachs asiatiques. »

Villas-Boas déjà armé avant la Commanderie

Comme s’il estimait que son expérience prestigieuse (FC Porto, Chelsea, Tottenham) lui donne une légitimité pour balancer des scuds. « Il n’est jamais resté longtemps dans un club, tu sens qu’il n’a pas le temps, qu’il est déterminé », glisse un proche du vestiaire marseillais. Sousa non plus, d’ailleurs : jamais plus de deux ans sur un banc. Lui aussi est orgueilleux et « lit tout ce qui se dit sur lui et sur le club », indique notre informateur bordelais. Pourtant en difficulté sportivement, Paulo Sousa a ouvert complètement les vestiaires aux caméras des Girondins… Mais vérifie chaque image.

Villas-Boas ne s’intéresse que de loin à ce genre de choses. Il faut dire qu’il a vu plus difficile à aborder qu’une conf' d’avant Bordeaux-OM. Même avec le contexte d’une invincibilité vieille de 42 ans. « Il a grandi à Porto dans cette culture de la confrontation, raconte Almiro Ferreira. Avant les matchs contre Benfica, le centre d’entraînement est en état de siège face aux journalistes qui viennent de Lisbonne. C’est toujours une bataille avec eux. » Villas-Boas, qui a pu être inspiré par le flegme sarcastique de Bobby Robson comme par l’acidité de Mourinho, est bien armé pour briller dans une Commanderie.