Bordeaux-Nantes : Dirigeants, entraîneurs, joueurs… Où en sont les Girondins ?

FOOTBALL Les Girondins retrouvent la Ligue 1 ce vendredi (19h) face à Nantes au Matmut Atlantique après un fol été

Clément Carpentier

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Le nouveau trio à la tête des Girondins : Alain Roche, Frédéric Longuépée et Jean-Louis Gasset.
Le nouveau trio à la tête des Girondins : Alain Roche, Frédéric Longuépée et Jean-Louis Gasset. — Clément Carpentier / 20 Minutes
  • Bordeaux reçoit le FC Nantes ce vendredi (19h) à l’occasion de la reprise de la Ligue 1 après six mois d’arrêt.
  • Les Girondins ont encore vécu une intersaison très mouvementée avec le retour de Jean-Louis Gasset sur le banc et celui d’Alain Roche en tant que directeur sportif.
  • Dans une situation financière compliquée, les Marine et Blanc sont le seul club du championnat à ne pas avoir recruté lors de ce mercato estival pour le moment.

En apparence, le château du Haillan n’a pas changé d’un poil. Il trône toujours aussi joliment au milieu de la plaine des Sports, le centre d’entraînement des Girondins de Bordeaux. Pourtant, à l’intérieur, c’est le grand ménage depuis quelques mois. Cela a commencé à l’hiver dernier avec le propriétaire du club, le fonds d’investissement américain  King Street (à l’époque majoritaire à 84 %), qui a fini par mettre dehors à grands coups de balai son ex-associé, GACP.

Après une pause due au confinement, le ménage a repris de plus bel. Serpillière à la main, Frédéric Longuépée a poursuivi le nettoyage sous la pression de son actionnaire. Du centre de formation au bureau du directeur du football en passant par celui du coach de l’équipe première, le PDG du club a mis tout le monde au chômage avec licenciements ou accords à l’amiable avec les intéressés à la clé. Certains seront donc peut-être surpris ce vendredi (19h) de retrouver Jean-Louis Gasset sur le banc bordelais ou Alain Roche dans les tribunes du Matmut Atlantique à l’occasion de la reprise, tant attendue, de la Ligue 1 contre le FC Nantes. Ce sont eux les nouveaux hommes forts des Girondins.

King Street hausse le ton en coulisse

C’était devenu inéluctable. Après des mois d’atermoiements et de polémiques, l’organigramme bordelais devait bien voler en éclat. King Street a sifflé la fin de la récréation. Pour ça, le propriétaire du club a attendu son passage devant la DNCG (direction nationale du contrôle de gestion), le 16 juillet, histoire de rappeler à tout le monde dans un premier temps que le fonds d’investissement américain n’était, pour l’instant, pas vendeur et même encore prêt à renflouer les caisses (30 millions d’euros) malgré les nombreuses lettres d’intentions envoyées par de potentiels acheteurs. Entre-temps, seul Souleymane Cissé le responsable technique du centre de formation, avait lui-même fait ses valises courant juin.

Derrière, Frédéric Longuépée, qui conserve pour le moment la confiance de son actionnaire, a passé la seconde. Coup sur coup, le directeur de la communication Nicolas Calo et le très critiqué responsable de la billetterie Antony Thiodet ont pris la porte. Puis, c’est le directeur du Football l’Espagnol Eduardo Macia qui s’est fait licencier notamment pour avoir dit ses quatre vérités à son PDG et déploré l’absence de tout projet sportif auprès des propriétaires du club. Pour le remplacer, « FL » a décidé de continuer à placer ses hommes. D’ailleurs, il insiste bien sur le fait que Roche et Gasset sont « ses choix ».

Alors après Arnaud Poupard (nouveau responsable sécurité), celui qui prend régulièrement conseil auprès d’Alain Poirée, l’un de ses proches et qui vient de recruter un nouveau directeur des relations publiques pour soigner son image (Carlos Porras), a misé sur l’ancien défenseur du PSG et des Girondins. Objectif : qu’il « n’y ait pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette » entre eux dixit Longuépée. Pour l’instant, Alain Roche a même poussé le trait jusqu’à demander l’autorisation à son président de répondre à un journaliste lors de sa présentation. Quand on connaît le franc-parler de ce dernier, pas sûr que cela dure… En tout cas, cette liberté laissée par King Street au PDG du club dans ces différentes nominations semble, à première vue, conforter Frédéric Longuépée malgré l’important et interminable conflit avec les Ultramarines, le plus grand groupe de supporteurs bordelais.

Alain Roche sous le maillot des Girondins de Bordeaux en 2002.
Alain Roche sous le maillot des Girondins de Bordeaux en 2002. - Pascal Guyot / AFP

Reste que son crédit est de plus en plus limité. En atteste, l’implication croissante de Daniel Ehrmann, le responsable des Girondins pour King Street, dans la vie du club. Selon les informations de 20 Minutes, le dirigeant du fonds d’investissement a par exemple mené courant juillet des entretiens individuels avec plusieurs membres de la direction et des responsables de service pour se faire sa propre idée de la situation du club. Tout ça en l’absence de Frédéric Longuépée, même si on ignore si cela était voulu ou pas. Ensuite, il a dû s’impliquer personnellement avec les avocats de la société américaine dans la gestion du dossier Paulo Sousa, celui-ci refusant toute discussion avec Frédéric Longuépée. Un épisode mal vécu en haut lieu.

Si aujourd’hui, ces dernières nominations sont saluées par les supporteurs et même certains candidats au rachat du club comme l’avoue l’un d’eux à 20 Minutes : « J’aurais fait les mêmes choix, c’est un bon signe après des mois de galère »… D’autres notamment proches du fonds d’investissement se montrent beaucoup plus prudents : « Le noyau dur de King Street a changé et à l’instant T, ni Longuépée ni Ehrmann ne sont en odeur de sainteté chez eux après tout ce qu’il s’est passé ! ». Alors wait and see

Sousa-Gasset, un feuilleton sur le banc

Certains joueurs en étaient arrivés à se demander chaque matin qui serait leur coach à l’entraînement du jour. Il faut dire que le feuilleton du départ de Paulo Sousa a atteint des sommets d’amateurisme voire de ridicule en Gironde : un entraîneur annonce à ses dirigeants vouloir quitter le club dès juin, ce que ces derniers refusent dans un premier temps afin de trouver un remplaçant et puis acceptent mi-juillet, pour finalement se retrouver avec un Paulo Sousa qui ne veut plus partir. Tout ça suivi de trois semaines où chacun a fait comme si de rien n’était. Il faudra attendre le dimanche 9 août, seulement deux semaines avant le retour de la Ligue 1, pour que le Portugais et les Girondins trouvent un accord à l’amiable.

Pour se séparer de l’ancien milieu de terrain de la Juve et de Dortmund ainsi que de son staff, King Street a dû signer un chèque de 2.6 millions d’euros (plus verser quelques commissions) selon nos informations. Une somme conséquente pour un club déjà en difficulté sur le plan financier mais qui va à moyen terme lui permettre d'économiser l’énorme salaire de son ex-entraîneur (280.000 euros par mois, le troisième plus important de l’Hexagone). A titre de comparaison, Jean-Louis Gasset est lui revenu aux Girondins pour presque trois fois moins cher. Au final, il est difficile de faire un bilan des 18 mois de Paulo Sousa à la tête des Marine et Blanc tant le projet qu’on lui avait vendu au départ n’a jamais été mis en place. Il a dû également faire avec deux actionnaires qui se déchirent et un contexte économique très défavorable. Reste que son bilan en termes de résultats n’a pas été à la hauteur de l’élan qu’il avait pu susciter et de la qualité de son effectif.

Son successeur, Jean-Louis Gasset est lui très vite apparu comme « la priorité » de Frédéric Longuépée. Comme pour Alain Roche, c’est un retour au club dix ans après pour celui qui officiait à l’époque en tant qu’adjoint de Laurent Blanc :

« Rien ne s’est passé comme prévu, avoue le principal intéressé, quand j’ai arrêté Saint-Etienne, j’étais fatigué, je pensais sincèrement finir chez moi, à Montpellier, dans un rôle sans pression. Mais je n’ai pas eu le bon feeling pour signer le contrat. A partir de là, j’ai pris une année sabbatique durant laquelle j’ai vécu normalement, où j’ai également pas mal voyagé. »

Pour cette rentrée, il devait même devenir l’un des nouveaux consultants de la chaîne Téléfoot de Mediapro avant de recevoir un appel des Girondins fin juin.

Jean-Louis Gasset et son adjoint Ghislain Printant au second plan.
Jean-Louis Gasset et son adjoint Ghislain Printant au second plan. - Mehdi Fedouach / AFP

S’il arrive en terrain conquis auprès des supporteurs, l’ancien entraîneur des Verts connaît aussi le contexte volcanique qui entoure le club. Dès lundi, il a été plongé dans le grand bain avec une nouvelle manifestation des Ultramarines devant le château du Haillan alors qu’il était présenté à la presse. Il est d’ailleurs allé échanger quelques mots avec eux accompagné de son directeur sportif. « Jean-Louis (Gasset) n’est pas naïf, il sait que beaucoup de choses reposent sur lui aujourd’hui. C’est un peu la dernière carte de Longuépée. S’il fait cinq victoires lors des cinq premiers matchs, les choses se calmeront sinon en cas de mauvais résultats, le climat risque vite d’être intenable », lâche l’un de ses proches.

Une équipe encore dans le grand flou

Et comme si tout cela ne suffisait pas, JLG a donc eu 11 jours pour préparer ce match contre les Canaris. Autant dire rien du tout. Avec en plus un dernier match amical à Auxerre annulé en raison d’un cas de Covid-19 à l’AJA. « J’ai découvert un effectif que je ne connaissais pas. Je le trouve un petit peu traumatisé par ces dernières six semaines et un feuilleton qui durait, il y a un peu de lassitude. J’ai trouvé des joueurs un peu fatigués. Mais je leur ai expliqué que le football était bizarre et qu’on était peut-être à l’orée d’une saison extraordinaire, que personne ne pouvait nous dire ce qu’on allait faire », explique l’ancien entraîneur stéphanois. En attendant, son effectif devrait bien évoluer d’ici la fin du mercato, le 5 octobre.

Même si les Girondins ont déjà vendu Bernardoni, Benrahou et Kamano pour près de 14 millions d’euros, le club va devoir respecter ses engagements vis-à-vis de la DNCG et continuer à dégraisser. Pour le moment, il est encore un peu tôt pour savoir sur qui Gasset compte s’appuyer et de toute manière, pas sûr qu’il ait son mot à dire.

Le jeune et prometteur Albert Lottin, écarté depuis des semaines du groupe pro, est plus que jamais sur le départ. Troyes et Toulouse le surveillent de très près alors que son entourage a rencontré Alain Roche cette semaine sans en savoir plus sur son avenir. Le nouveau directeur sportif bordelais va également s’entretenir avec les proches de Toma Basic dans les prochains jours selon les informations de 20 Minutes. Après une bonne saison dernière, le club espère obtenir une belle petite somme pour le jeune milieu croate. Pour rappel, Bordeaux a refusé cet hiver une offre de 10 millions d’euros de l’Atalanta alors que le club espagnol d’Alavès était aussi très intéressé. Deux autres joueurs auraient été mis en haut de la liste des transferts afin de récupérer des liquidités et soulager la masse salariale : l’international suisse Loris Benito et le jeune attaquant anglais Josh Maja. Sauf que pour le second, Jean-Louis Gasset a d’ores et déjà mis son veto à un possible départ. D’ailleurs, Josh Maja sera titulaire face aux Nantais tout comme Toma Basic. Enfin, Alain Roche va aussi devoir rapidement régler la situation des nombreux joueurs en fin de contrat en juin 2021 s’il ne veut pas les voir partir libre (Pablo, Poundjé, Sabaly, Jovanovic, Baysse, Mendy, De Préville…).

En ce qui concerne les arrivées, pas besoin de se faire d’illusion. Là aussi, la nouvelle direction sportive du club est consciente de la situation bordelaise. Jean-Louis Gasset s’en amuse même pour le moment :

« C’est Alain Roche qui m’a donné l’enveloppe pour le recrutement, elle n’était pas très épaisse, dedans il y avait juste la clé de ma chambre d’hôtel (sourires). Je connais le contexte, je connais l’état du club et Frédéric (Longuépée) ne m’a rien caché. On jouera avec l’effectif actuel. Et si on perd un ou deux joueurs, on essaiera de recruter malin, avec des bons coups, des clubs amis… »

Et surtout, JLG assure n’avoir presque aucune exigence de ce côté-là. Tout le contraire de son prédécesseur. C’est aussi pour cela qu’il a été choisi.

Avant la crise du Covid-19 et que King Street bloque tout le mercato, le club souhaitait recruter un attaquant, un milieu défensif et un arrière gauche. Certaines pistes étaient bien engagées au milieu de terrain comme celles menant à Pape Gueye (qui a rejoint l’OM depuis), à Michaël Cuissance (avec un prêt possible du Bayern Munich) ou à un jeune espoir norvégien. Au poste d’avant-centre, le dossier de l’attaquant belgo-nigérian de l’Heracles Almelo (Pays-Bas) Cyriel Dessers était lui bien avancé au printemps selon les informations de 20 Minutes. Mais sans nouvelle des Girondins, le jeune attaquant de 25 ans auteur de 15 buts et cinq passes décisives en première division néerlandaise la saison dernière a fini par rejoindre le club belge de Genk.

A ce jour, les Marine et Blanc restent donc le seul club de Ligue 1 à ne pas avoir dépensé un euro lors de ce mercato estival. Jean-Louis Gasset va devoir faire avec ce qu’il a sous la main et espérer l’éclosion de certains jeunes comme Mehdi Zerkane et Sékou Mara, en vue lors de la préparation. Le premier sera titulaire ce vendredi. Car oui malgré tout ce bazar, il y a un match à préparer… Enfin !