PSG-OL : Malgré une grave blessure au genou et un avenir incertain, Memphis Depay doit-il rester le leader à Lyon ?

FOOTBALL Comme toujours depuis trois ans, l’OL va s’appuyer vendredi (21h10), en finale de Coupe de la Ligue , sur son principal atout offensif Memphis Depay afin de tenter de renverser le PSG

Jérémy Laugier

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Ici aux côtés de Tino Kadewere, Memphis Depay s'est régalé, le 1er juillet à Evian-les-Bains, avec un quadruplé à l'occasion de son match de reprise contre une D6 suisse.
Ici aux côtés de Tino Kadewere, Memphis Depay s'est régalé, le 1er juillet à Evian-les-Bains, avec un quadruplé à l'occasion de son match de reprise contre une D6 suisse. — JEFF PACHOUD / AFP
  • Ce vendredi (21h10) contre le PSG, en finale de la Coupe de la Ligue, Memphis Depay va disputer son premier match officiel depuis sept mois et sa rupture du ligament antérieur du genou gauche.
  • Capitaine et leader de l’équipe lyonnaise avant cette grave blessure, l’international néerlandais retrouve ses sensations depuis le début des matchs de préparation.
  • Mais le joueur de 26 ans, à qui il ne reste plus qu’une saison de contrat à l’OL, doit-il rester le patron de cette équipe malgré une forme et un avenir incertains ?

« Ça n’a aucun sens de jouer dans un stade plein si après la rencontre, on ne peut pas se réjouir avec l’ensemble des supporters. Nous voulons ne former qu’un avec eux mais ils ne veulent pas en faire de même avec leur équipe. » Le 10 décembre dernier, Memphis Depay avait signé une sortie médiatique d’une rare sincérité, juste après une qualification lunaire en Ligue des champions face à Leipzig (2-2), marquée par son (nouveau) but décisif mais surtout par les tensions entre les Bad Gones et Marcelo. Près de huit mois et une rupture du ligament antérieur du genou gauche plus tard, la star néerlandaise de l’OL va retrouver la lumière, vendredi (21 h 10) avec la finale de la Coupe de la Ligue contre le PSG.

Dans le contexte bien tristoune d’un Stade de France n’accueillant que 5.000 spectateurs, il y a cette fois peu de risques de voir l’ancien Mancunien aller arracher une banderole des bras d’un supporter. Mais une question majeure se pose avant les chocs face à Paris et la Juve : Memphis Depay doit-il toujours être le leader absolu de cet OL, dès son premier match officiel après sa grave blessure, et avant un mercato qui pourrait le voir quitter Lyon, à un an de la fin de son contrat ? Avec un quadruplé contre l’US Port Valais (OK, dans un 12-0 face à une D6 suisse) et une subtile Madjer contre le Celtic Glasgow (2-1), le numéro 11 lyonnais prouve qu’il a toujours quelque chose de spécial.

« Il a déjà largement le niveau de Traoré ou Toko Ekambi »

Au point de reprendre les clés du jeu de l’OL, tel un franchise player en NBA, malgré un enchaînement de succès marquants sans lui cet hiver, contre l’OM en Coupe de France (1-0), l'ASSE en L1 (2-0) et surtout la Juve en 8e de finale aller de Ligue des champions (1-0) ? Les supporters lyonnais gardent forcément en tête le précédent Nabil Fekir, qui n’a jamais été aussi rayonnant dans son club formateur qu’en 2014-2015 (13 buts et 12 passes décisives), avant une blessure similaire. « Memphis va rester un leader, tout simplement car il n’y en a pas d’autre dans cette équipe, estime Richard, un habitué du virage sud. On voit qu’il a déjà largement le niveau de Bertrand Traoré ou Karl Toko Ekambi, même après sept mois sans jouer. Peut-être qu’il va surtout s’impliquer sur ces matchs pour se vendre dans un mois, mais on sent bien qu’il donnera tout. »

Car comme quasiment à chaque mercato depuis l’été 2018, le nom de l’international néerlandais de 26 ans va alimenter un paquet de rumeurs dans les prochaines semaines, d’autant qu’il n’a jusque-là pas concrétisé le souhait de Jean-Michel Aulas de le prolonger bien au-delà de 2021. Dans cette configuration, un club cherche habituellement à vite vendre son joueur afin de ne pas le voir partir libre un an plus tard. Mais dans le fond, un joueur, tout décisif soit-il, ne perd-il pas en légitimité lorsqu’il semble sur le point de clore son aventure quelque part ? Champion de France à deux reprises avec l’OL, l’ancien latéral Jean-Marc Chanelet livre son éclairage sur ce sujet.

C’est une gestion des ego qui appartient à l’entraîneur, car un joueur se dit forcément qu’il va perdre sa place dans le onze. Mais le groupe de l’OL doit être rassuré de retrouver Memphis Depay, qui est le gars à gros mental pouvant faire la différence à tout moment dans cette équipe. En plus, c’est vraiment un joueur fédérateur, et j’ai du mal à croire qu’il puisse être tourné vers le mercato avec de tels titres à jouer. »

Aubameyang et Gradel n’ont « jamais joué les pseudo-stars »

Il y a dix-sept ans, Jean-Marc Chanelet a été surpris par le départ à Villarreal d’un autre leader d’attaque lyonnais, Sonny Anderson. « Cette issue n’a pas empêché Sonny [12 buts en 24 matchs de L1 cette saison-là] d’être, jusqu’au bout de 2002-2003, notre leader. Il n’a jamais décroché, de quelque manière que ce soit. » Chez le rival stéphanois, les plus récents exemples de Pierre-Emerick Aubameyang, parti en 2013 au Borussia Dortmund, puis de Max-Alain Gradel (Bournemouth en 2015), ont laissé la même impression à Jonathan Brison.

« Ce sont des mecs qui ne risquaient pas de tricher un jour, qu’ils soient à six ans ou à six mois de la fin de leur contrat, assure l’ex-défenseur des Verts. Il y avait de fortes chances qu’ils partent vite de l’ASSE mais tout le monde savait qu’ils feraient le job jusqu’au bout. Ils n’ont jamais joué les pseudo-stars. "Aubame" et "Max" aiment trop leur métier pour ça. »

« Le brassard avait transcendé Eden Hazard »

Un ressenti partagé du côté du Losc par l’attaquant belge Gianni Bruno, très proche d’Eden Hazard dans le Nord avant son transfert à Chelsea en 2012. « On a tous vite su durant l’année que c’était sa dernière saison à Lille, raconte l’actuel joueur de Zulte Waregem (Belgique). Comme il continuait de nous faire gagner des matchs et qu’il donnait tout sur le terrain, il n’y avait aucun souci dans le groupe par rapport à Eden. Il a même mis un triplé pour son tout dernier match en Ligue 1 ! » A l’époque, Rudi Garcia lui donne d’ailleurs le brassard de capitaine lors de certaines rencontres.

« C’était un peu comme un cadeau d’au revoir pour Eden et ça l’avait transcendé », se souvient Gianni Bruno. Tiens donc, l’une des premières décisions de Rudi Garcia à Lyon a justement été, en novembre 2019, de changer de capitaine, en passant du discret défenseur Jason Denayer (choisi par Sylvinho) au bouillant Memphis Depay.

Il pousse Tino Kadewere « à travailler plus dur »

Même si celui-ci n’a pas pu en profiter longtemps, en raison de sa blessure contre Rennes le 15 décembre, il n’a jamais caché apprécier de faire partie des gens qui comptent à Lyon. « Parfois un leader parle aux autres et parfois il ne dit rien mais il montre les choses. Je pense que je fais les deux », indiquait-il ainsi, avant un match de Ligue des champions contre Benfica, en novembre dernier.

Il y a un mois, pour le journal zimbabwéen Daily News, la recrue de l’OL Tino Kadewere a loué l’accueil que lui a réservé son capitaine dans le vestiaire : « Memphis est un très bon leader. J’apprends beaucoup de lui. Il m’a demandé comment ma carrière s’est déroulée jusqu’à présent et il me pousse à travailler plus dur. » Encore une histoire tordant le cou à la réputation de mercenaire de Memphis « natural born leader » Depay.