OL-Juventus : Comment Lyon a-t-il pu surprendre avec « un match presque parfait » en pleine saison galère ?

FOOTBALL Seulement 7es en Ligue 1, les Lyonnais ont livré leur plus grand match depuis dix ans dans une phase finale européenne, mercredi contre la Juventus (1-0)

Jérémy Laugier

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Ici entre Moussa Dembélé et Houssem Aouar, Lucas Tousart célèbre son but déterminant avec les supporters lyonnais. L. PHILIPPE DESMAZES
Ici entre Moussa Dembélé et Houssem Aouar, Lucas Tousart célèbre son but déterminant avec les supporters lyonnais. L. PHILIPPE DESMAZES — AFP
  • Parfois brillants et tout le temps solidaires, les joueurs de l’OL sont venus à bout mercredi de la Juve de Cristiano Ronaldo (1-0).
  • Cette énorme performance en Ligue des champions, qui laisse entrevoir un possible exploit dans trois semaines en Italie, tombe un peu du ciel au vu des difficultés actuelles en Ligue 1.

Au Parc OL,

Dans la catégorie des idées reçues tenaces de notre chère Ligue 1, «  l’OL irrégulier dans le jeu, capable du meilleur comme du pire » figure en bonne position depuis de longs mois. Car à bien y regarder, notamment dans son stade, où elle affiche le 16e bilan du championnat, cette équipe présente au contraire une copie le plus souvent quasiment identique, entre ennui et gâchis comptable dans la course à l’Europe.

Mais ce constat a volé en éclats pour de bon mercredi soir avec une performance XXL contre la Juventus Turin (1-0). A savoir le succès le plus prestigieux dans un match européen à élimination directe depuis le fameux 8e de finale aller de Ligue des champions remporté (1-0), il y a dix ans, contre le Real Madrid… de Cristiano Ronaldo et Gonzalo Higuain.

« Tout le monde s’attendait à ce qu’on prenne une déculottée »

« Même si ce n’était que le premier round, on avait tous besoin de ça », reconnaît Lucas Tousart, sans doute le premier surpris par la fluidité de son but mercredi (1-0, 31e). Evoquant « une fin de saison palpitante », malgré une 7e place en Ligue 1 qui pourrait priver l’OL de Ligue des champions la saison prochaine, le milieu défensif désormais prêté par le Hertha Berlin est l’un des symboles de ce Lyon épatant, enthousiasmant et pour le coup imprévisible au meilleur moment possible.

Comment une formation incapable ce mois-ci de se procurer des occasions au Parc OL contre Amiens (0-0) et Strasbourg (1-1) a-t-elle pu à ce point ballotter en première période le vainqueur des huit dernières Serie A ? « Tout le monde s’attendait à ce qu’on prenne une déculottée à l’aller et au retour et on a su se mettre à la hauteur de cette Ligue des champions, résume Anthony Lopes. On a bien joué tous ensemble puis on a souffert tous ensemble aussi, surtout en fin de match. C’est vraiment la victoire d’un groupe. »

« Le plan de jeu du coach a été décisif »

Un groupe sans fluidité, justesse technique ni même ambition dans le jeu depuis la nuit des temps, mais qui s’est brutalement réveillé sur un grand rendez-vous. « Il y a eu une très belle première période dans laquelle on a joué puis une deuxième où il a fallu s’accrocher avec abnégation et solidarité, explique Rudi Garcia. Les deux visages m’ont plu et les garçons ont su se mettre au niveau de l’événement. »

A commencer par lui, l’entraîneur qui passe si souvent à côté des gros matchs, et qui a su faire déjouer la Juve avec son 3-5-2. « Le plan de jeu du coach a été décisif et extrêmement bien respecté, loue Anthony Lopes : il voulait éviter que des joueurs comme Dybala ou Cristiano puissent se retourner avant de prendre de la vitesse et d’éliminer ou frapper. » Les deux stars de l’attaque turinoise ont été bien contenues, et Houssem Aouar s’est même offert le luxe de glisser un exquis petit pont à l’international argentin.

« On commence à mieux vivre ensemble »

S’il y a eu quelques séquences d’esthète mercredi, il y a surtout eu une épatante dépense d’énergie, avec 118 km parcourus pendant ce match par toute l’équipe (contre 113 pour la Juve). « Face à une telle équipe, le match réclamait qu’on recule en deuxième période, mais on se sentait costauds défensivement », confie Fernando Marçal.

Si bien que malgré de gros coups de chaud sur son but, Anthony Lopes s’est offert un clean sheet contre la Juve de Cristiano Ronaldo, un an après en avoir fait de même face au Barça de Lionel Messi (0-0). Tiens tiens, l’OL aurait-il un mal fou à présenter la même rigueur, cohérence et détermination dans des affiches moindres ? Le directeur sportif Juninho s’est penché sur la question mercredi soir au micro de RMC Sport.

Là, c’était une prestation presque parfaite. Il faut garder notre humilité et notre sérénité, c’est juste le premier match. On commence à mieux vivre ensemble et à assumer un peu plus les responsabilités. C’est un groupe jeune qui n’a pas vraiment faim, et ce n’est pas la même équipe qui a joué ici contre Dijon, Metz, Bordeaux, Lille, Rennes. Là, nous avons élevé notre niveau de concentration tout en dégageant une énergie collective. »

« On ne va pas aller à Turin en tant que victimes »

Y a-t-il une recette pour rééditer ce type de performances, à commencer par le derby dimanche et la demi-finale de Coupe de France contre le PSG mercredi prochain ? « Je pense que l’équipe est vraiment capable de produire ce genre de performances tous les week-ends, lance Anthony Lopes. On avait besoin d’un match référence. »

« J’espère qu’on vient de prendre conscience qu’on a une grosse équipe », précise Léo Dubois. De ce côté-là, il n’y a pas de doute à avoir si on en croit Houssem Aouar, l’un des grands bonhommes du succès contre la Juve, « On ne va pas aller à Turin en tant que victimes, prévient le milieu des Espoirs sur RMC Sport. On va bien entendu jouer notre jeu, et on va y aller avec beaucoup d’ambition. » Ce mot sonne si juste depuis mercredi dans la bouche des joueurs de cet OL-là.