OL-Benfica : « Il faut des guerriers comme lui »… Décrié mais toujours titulaire, qu'apporte donc Lucas Tousart à Lyon ?

FOOTBALL Souvent remis en question par les supporters lyonnais, le milieu défensif de 22 ans devrait pourtant encore débuter un choc de Ligue des champions, ce mardi contre le Benfica Lisbonne

Jérémy Laugier

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Lucas Tousart tacle ici le joueur du Zénith Saint-Pétersbourg Wilmar Barrios lors du précédent match de Ligue des champions au Parc OL en septembre.
Lucas Tousart tacle ici le joueur du Zénith Saint-Pétersbourg Wilmar Barrios lors du précédent match de Ligue des champions au Parc OL en septembre. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • L’OL jouera gros ce mardi (21 heures) en accueillant le Benfica Lisbonne lors de la quatrième journée de Ligue des champions.
  • 20 Minutes se penche sur la situation de Lucas Tousart, homme de base au milieu du terrain de Rudi Garcia, comme cela avait été le cas la plupart du temps avec Bruno Genesio puis Sylvinho.
  • Des anciens entraîneurs et coéquipiers du milieu récupérateur de 22 ans nous aident à comprendre comment le capitaine de l’équipe de France espoirs est devenu à ce point indispensable à l’OL, malgré des limites techniques souvent pointées du doigt par les supporters lyonnais.

Au printemps 2017, tout Lyon est tombé sous le charme de Lucas Tousart. En trois mois, ce solide gaillard alors sur le point de fêter ses 19 ans enchaîne 18 titularisations. Memphis Depay le qualifie alors de « machine » et Anthony Lopes de « charognard ». Epatant dans son activité à la récupération et propre dans son utilisation du ballon, il pousse même parfois le capitaine Maxime Gonalons sur le banc… Puis hors du club durant l’été.

Deux ans et demi plus tard, les temps ont bien changé, avant un choc de Ligue des champions ce mardi (21 heures) contre le Benfica Lisbonne. Le natif d’Arras a certes été une pièce maîtresse en 2017-2018 (50 titularisations toutes compétitions confondues). Mais dans le 4-2-3-1 de Bruno Genesio, la complicité technique du tandem Houssem Aouar-Tanguy Ndombele l’a souvent sorti du onze de départ (30 titularisations) la saison passée.

Depuis la reprise, le capitaine de la sélection espoirs n’a pas non plus retrouvé l’impact de ses débuts, si bien que de nombreux supporters lyonnais pointent ses lacunes techniques et son jeu tourné vers l’arrière. 20 Minutes se plonge sur ces critiques récurrentes faites à l’encontre de Lucas Tousart avec des professionnels, qui ont très bien connu le milieu défensif avant son arrivée à Lyon en août 2015.

Est-il si limité techniquement ?

Si Houssem Aouar et Jeff Reine-Adélaïde osent des louches et des roulettes au cœur du jeu lyonnais, Lucas Tousart est clairement plus dans l’ombre. Attaquant durant son enfance dans l’Aveyron, celui-ci s’est immédiatement retrouvé « milieu récupérateur voire parfois défenseur central » en débarquant à 13 ans au réputé pôle espoir de Castelmaurou (près de Toulouse). Ancienne icône des Bleus lors du Mondial 1986,  Yannick Stopyra a alors découvert ce jeune joueur.

« Il n’était pas très adroit devant le but mais je n’ai pas le souvenir d’un garçon en retard sur le plan technique, confie celui qui était directeur du pôle au moment du passage de Lucas Tousart (de 2010 à 2012). Il jouait simple. C’est sûr qu’il ne va pas sortir des gestes déliés comme un Memphis Depay le fait devant lui. Il manque de finesse mais il faut des guerriers comme lui qui courent pour les autres. Et c’est une forme d’intelligence de comprendre ses limites. »

A 19 ans, Lucas Tousart était notamment parvenu à limiter le rayonnement de Mohammed Salah lors du 8e de finale de Ligue Europa remporté contre l'AS Roma.
A 19 ans, Lucas Tousart était notamment parvenu à limiter le rayonnement de Mohammed Salah lors du 8e de finale de Ligue Europa remporté contre l'AS Roma. - G. Maffia/Sportphoto24/SIPA

Ancien directeur du centre de formation de Valenciennes, que Lucas Tousart a rejoint à 16 ans, Frédéric Zago confirme ces limites techniques mais précise : « C’est un gamin lucide sur son niveau, il est conscient de ce qu’il ne sait pas faire ». Partenaire de l’ex-espoir de VA en Ligue 2 en 2014-2015, le gardien de but Paul Charruau est pourtant formel : « Quand je vois Lucas aujourd’hui avec l’OL, je remarque qu’il a beaucoup progressé techniquement ».

Se contente-t-il de passes systématiquement latérales et en retrait ?

Qui dit « limites techniques » et « joueur lucide » dit aussi rôle de récupérateur minimaliste dans l’utilisation du ballon. Plus les mois passent, et les contrôles américains aux abords de la surface adverse aussi, et plus Lucas Tousart semble abonné à ce registre. « Je pense qu’il ne sera jamais un grand créateur mais je ne trouve pas qu’il abuse de passes vers l’arrière, défend Paul Charruau. A VA, il apportait beaucoup d’impact et une grosse activité à la récupération, ce dont on avait bien besoin en tant qu’équipe luttant pour ne pas descendre en National. »

Mais son profil de numéro 6 « total » n'est-il pas bien moins compatible avec une équipe de haut de tableau souhaitant mettre en place un jeu de possession ? C’est ce que suggérait Juninho lors de sa présentation devant la presse en mai : « Lucas est physique et costaud et comme nous dominons nos adversaires, on a besoin d’un patron aimant le ballon, qui fasse jouer son équipe et qui soit fin techniquement ».

Depuis ses débuts professionnels à 17 ans, l’intéressé n’a été responsabilisé dans un surprenant rôle créatif que quelques semaines, avec Sylvinho aux manettes. Et le moins qu’on puisse dire, à l’image de son but à Monaco en août (0-3), c'est qu’il s’est pris au jeu. « Je pense que je peux être cette sentinelle technique, expliquait-il en septembre. J’ai la capacité de relancer, le coach me demande d’ailleurs d’être la rampe de lancement. Il veut que le jeu passe par moi lors des phases de possession. »

Bon, la formule n’a pas été un franc succès et Rudi Garcia a vite redonné à Lucas Tousart un rôle plus classique. Frédéric Zago, qui l’a coaché avec la réserve valenciennoise en N3 il y a cinq ans résume le registre de son ancien protégé, auteur de seulement deux passes décisives en L1 en trois ans.

Tousart, tu ne le prends pas pour te faire péter des transversales de 35 m mais pour ses récupérations et ses compensations. Il n’a jamais trop eu de déchets dans son jeu, mais il faut aussi voir qu’il ne prend pas trop de risques avec le ballon. Il n’est pas celui qui va te faire gagner l’équipe mais il va te l’équilibrer. C’est un peu ta Sécurité sociale, il va observer ce que font les autres avant d’envisager se projeter. »

Se cache-t-il sur le terrain, y compris dans les phases défensives ?

Où est l’infatigable « charognard » qui coupait toutes les attaques adverses à coups de tacles spectaculaires et de sens de l’anticipation lors de la saison 2016-2017 ? A 22 ans, Lucas Tousart semble bien moins tranchant dans ce domaine, et même un peu effacé sur le terrain. Pourtant, à en croire nos trois témoins, l’ancien milieu de VA a toujours eu un rôle de patron sur le terrain. « J’ai cru voir arriver un bébé de 13 ans mais c’était déjà un leader naturel », se souvient ainsi Yannick Stopyra.

Le plus souvent capitaine durant ses deux saisons à Castelmaurou, il connaît le même sort en U17 et en U19 à Valenciennes, ainsi que dans les catégories jeunes de l’équipe de France, jusqu’aux espoirs aujourd’hui. Du côté de VA, on n’a aucun doute sur son hyperactivité défensive et sur son caractère. « Il va se dépouiller pour son club, ce qui est un profil en voie de disparition », loue Frédéric Zago, désormais directeur du centre de formation de l’AJ Auxerre. « Avec son physique imposant, sa barbe et sa mentalité de guerrier, on a plus eu l’impression de voir débarquer un bûcheron de 32 ans qu’un gamin de 17 ans, se marre Paul Charruau. Lucas, il charbonne et il ne parle pas trop. »

C'est dans un rôle de capitaine que Lucas Tousart, ici notamment aux côtés d'Houssem Aouar, a mené la sélection espoirs jusqu'aux demi-finales de l'Euro U21 contre l'Espagne (1-4), l'été dernier en Italie.
C'est dans un rôle de capitaine que Lucas Tousart, ici notamment aux côtés d'Houssem Aouar, a mené la sélection espoirs jusqu'aux demi-finales de l'Euro U21 contre l'Espagne (1-4), l'été dernier en Italie. - Miguel MEDINA / AFP

Finalement, a-t-il déjà régressé, à seulement 22 ans ?

C’est l’heure du bilan au sujet de cette « force tranquille », dixit Yannick Stopyra. Le capitaine de l’équipe de France U19 championne d’Europe aux côtés de Kylian Mbappé en 2016 a-t-il régressé depuis deux ans ? « Non, il fait toujours autant preuve d’un don de soi qui compense ses limites techniques, tranche Yannick Stopyra. Je ne l’aurais pas imaginé s’imposer à l’OL et il me bluffe. » Frédéric Zago, qui l’a vu débouler en L2 à 17 ans, l’assure : « Je retrouve celui qu’on a connu, un vrai numéro 6, et je ne l’ai jamais trouvé décevant avec l’OL. Son jeu doit-il évoluer ? Tu ne peux pas demander à un joueur des choses qu’il ne saurait pas faire, comme de la percussion. Ça aurait pour conséquence de le déformer. »

Les supporters lyonnais doivent donc s’habituer au « rôle pas sexy » (selon Paul Charruau) d’un joueur prolongé il y a un an jusqu’en 2023. « Je ne peux pas envisager qu’il régresse, assure Frédéric Zago. Il stagne peut-être, mais j’ai l’impression que c’est surtout le cas sur le plan médiatique. J’entends toujours qu’il ne fait pas ceci ou cela mais les entraîneurs passent à l’OL et il joue toujours. »

Un constat implacable tant il a su convaincre tout le monde, de Bruno Genesio à Rudi Garcia en passant par Sylvinho. Désormais au Red Star (National), Paul Charruau y va de son bilan : « Quand il a quitté VA, Lucas n’était pas un phénomène et je me disais que la marche serait un peu haute pour lui à l’OL. Aujourd’hui, je ne trouve pas que sa trajectoire mérite une remise en question. Ça reste un jeune joueur avec une marge de progression. En tout cas, c’est un tel bosseur que ce n’est pas possible qu’il se soit reposé sur ses lauriers ». Au « bûcheron » de l’Aveyron de vite retrouver les cimes de la Ligue 1.