OL-Juventus : Comment « l’hyper honnête » Juninho est-il devenu « légitime » en tant que directeur sportif ?

FOOTBALL Neuf mois après le début de sa nouvelle vie de directeur sportif, Juninho voit son OL affronter la Juventus Turin ce mercredi (21 heures). « 20 Minutes » décrypte les nombreux épisodes de cette première saison contrastée pour « Juni »

Jérémy Laugier

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La signature du prometteur milieu brésilien Bruno Guimaraes, durant le mercato hivernal, a peut-être marqué un tournant dans l'histoire entre Juninho et l'OL. JEFF PACHOUD
La signature du prometteur milieu brésilien Bruno Guimaraes, durant le mercato hivernal, a peut-être marqué un tournant dans l'histoire entre Juninho et l'OL. JEFF PACHOUD — AFP
  • Depuis neuf mois, Juninho apprend sur le tas son nouveau métier de directeur sportif à l’OL.
  • Entamée par un échec avec le choix de l’inexpérimenté Sylvinho sur le banc lyonnais, la saison de « Juni » a peut-être basculé avec l’ambitieux recrutement du milieu brésilien Bruno Guimaraes le mois dernier.
  • Un immense défi européen se présente pour l’OL et Juninho, avec la réception de la Juventus Turin, dans le cadre du 8e de finale aller de la Ligue des champions, ce mercredi (21 heures) à Décines.

OK, Juninho ne rêvait sans doute pas de devenir champion de France dès sa première saison à l’OL, comme cela avait été le cas en 2001-2002 en tant que joueur. Mais pensait-il que ses premiers choix forts dans le cœur du jeu, Thiago Mendes et Jean Lucas, se révéleraient (jusque-là) si décevants ? Surtout quand on sait que le responsable du recrutement Florian Maurice avait bien avancé sur la venue du meilleur joueur de la dernière CAN, l’Algérien Ismaël Bennacer (désormais au Milan AC).

Lors de cette si convaincante présentation devant la presse, le 28 mai 2019, Jean-Michel Aulas évoquait « une histoire émouvante et passionnante » à écrire avec Juninho mais aussi avec Sylvinho. Sauf que trois mois plus tard, l’entraîneur brésilien était déjà limogé, avec seulement deux succès en neuf journées de Ligue 1 et une 14e place. « Je pense que "Juni" a été surpris d’avoir à ce point les clés du camion dès le début, commente Frédéric Guerra, agent de joueurs vivant à Lyon.  Sylvinho a été son échec. C’est tellement dur de commencer ainsi que j’ai eu peur qu’il renonce vite. »

« Mon avis a été écouté, sinon, ça ne sert à rien d’être là »

Son ancien coéquipier lors des sept titres de rang de l’OL (de 2002 à 2008), Sidney Govou, l’a vu peu après ce derby aller (1-0) fatal à Sylvinho en octobre « C’était un moment critique pour "Juni". Imaginez, vous devez débaucher vous-même un entraîneur que vous aviez choisi »… Alors très marqué par cet épisode et absent médiatiquement, Juninho a fait l’objet de toutes les interrogations quant à son rôle dans le surprenant choix de Rudi Garcia.

L’ancien entraîneur marseillais a reconnu avoir été contacté par Gérard Houllier (conseiller du président Aulas) et non Juninho. « Comme il s’est trompé pour Sylvinho, il a sans doute voulu rester en retrait, en bonne intelligence, au moment du choix de son successeur », décrypte Frédéric Guerra. « Ce n’est pas moi tout seul qui aie choisi Rudi mais mon avis a été écouté. Sinon, ça ne sert à rien d’être là », confirme l’ancien milieu de terrain dans une interview publiée ce mercredi par L'Equipe.

« Il a compris qu’il devait être présent face aux médias »

Le mercato hivernal sonne le grand retour aux affaires de Juninho, entre son refus de recruter un défenseur central comme le réclamait avec insistance Rudi Garcia, et cette signature 100 % estampillée « Juni » de Bruno Guimaraes, prometteur capitaine de la sélection olympique brésilienne.

« Il a fait un gros coup car c’est visiblement un joueur hors norme que souhaitaient plusieurs clubs européens, constate Frédéric Guerra. Ça le rend vraiment légitime auprès du président et des actionnaires de l’OL. J’ai l’impression que ça l’a revigoré et je mets une pièce sur sa réussite à Lyon. » Pour Sidney Govou, « c’était une façon de reprendre les rênes ». L’ancien attaquant lyonnais détaille la montée en puissance de celui qui a été son capitaine.

Il a peut-être mis six mois à véritablement entrer dans la peau d’un directeur sportif. Il lui a fallu du temps pour comprendre qu’il devait être présent face aux médias, avec un sens du timing comme peut l’avoir Leonardo. Aujourd’hui, le discours médiatique impacte au moins autant les joueurs que des discussions qu’il peut avoir en tête à tête avec eux. »

Jean-Michel Aulas plus que jamais omniprésent sur Twitter

Trois jours avant un immense défi européen face à la Juventus, ce mercredi (21 heures), Juninho n’a donc pas hésité à piquer les joueurs lyonnais dans Le Progrès : « On n’a ni méchants, ni voyous dans l’effectif. Il y a un manque de leaders naturels. Ils n’ont pas gagné beaucoup de titres et ils manquent un peu de la culture qui a existé à l’OL quand j’y ai joué ».

Autant de sorties médiatiques qui n’empêchent pas son président d’en faire bien plus encore, notamment après les matchs au Parc des Princes et contre l’OM ce mois-ci, mais aussi sur Twitter, contredisant sa « prise de recul » annoncée en début de saison, et tenue quelques semaines.

« Il reste une idole auprès des supporters »

« On sait que le président est un peu un électron libre, sourit Sidney Govou. Là, il a senti qu’il y avait encore un vide à combler. » Un rôle qu’il aurait aimé que son directeur sportif occupe ? « Ce n’est pas du tout une question de pouvoir par rapport à Juninho, estime Frédéric Guerra. Mais simplement, c’est viscéral, il tient à défendre l’institution jusqu’au bout des ongles. »

Quel bilan peut-on donc tirer de l’apport de Juninho, au bout de neuf mois, dans un club qui comptait sur lui pour signer un virage à 180 degrés et combler le vertigineux écart avec le PSG (encore à 28 points de l’OL cette saison en L1) ? « On lui a d’emblée mis beaucoup de poids sur les épaules, alors qu’il a pour l’instant affaire à un effectif moyen, disons moyen plus, confie Sidney Govou. Mais même s’il ne peut plus rentrer de coups francs durant les matchs, il reste une idole auprès des supporters. »

« Il fait un bon diagnostic »

A l’image du virage sud, qui scande d’ailleurs encore régulièrement des « Juninho lalalalala, Pernambucano lalalalala » lorsque l’OL obtient un coup franc bien placé, l’homme aux 100 buts sous le maillot lyonnais reste très apprécié dans les tribunes. Abonné au virage sud, Richard n’a pas grand-chose à lui reprocher.

Il a un discours hyper honnête, humble et 100 % tourné vers le sportif. Il ne parle pas d’Ebitda, du Reign FC ou de l’Asvel mais du manque de caractère de nos joueurs. Il fait un bon diagnostic, même si pour l’instant, les recrues n’ont pas le profil de leaders qu’il évoque. Son statut d’icône ici n’est pas du tout écorné mais il ne peut pas, à lui seul, nous faire oublier la situation du club. »

L’un des challenges de Juninho est donc de réconcilier dans la durée les groupes de supporters avec leur équipe, et la banderole accrochée dimanche au Parc OL par le virage nord rappelle que JMA est davantage visé que « Juni ». « Juninho est un peu désarmant de naturel et d’honnêteté, s’enthousiasme Vincent, un supporter de 28 ans. Par rapport à cet OL devenu si cynique avec son business à court terme, sa présence nous fait un bien fou. »