OL-Juventus : Portée par Cristiano Ronaldo, la Juve peut-elle enfin stopper sa « malédiction » en Ligue des champions ?

FOOTBALL Privés de sacre européen depuis 24 ans, les Turinois attaquent les phases finales de la Ligue des champions, ce mercredi (21 heures) au Parc OL, avec beaucoup de pression

Jérémy Laugier

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Cristiano Ronaldo, ici avec la Juve lors de l'élimination surprise, en avril 2019, contre l'Ajax Amsterdam en quarts de finale de la Ligue des champions.
Cristiano Ronaldo, ici avec la Juve lors de l'élimination surprise, en avril 2019, contre l'Ajax Amsterdam en quarts de finale de la Ligue des champions. — Alessandro Di Marco/AP/SIPA
  • Si la Juve est en lice pour un neuvième sacre consécutif en Serie A, son bilan européen est autrement moins reluisant, avec zéro titre continental depuis 1996.
  • Renforcés par la machine à gagner la C1, Cristiano Ronaldo, durant l’été 2018, les Turinois étaient tombés la saison passée sur l’épatante formation de l’Ajax en quarts de finale.
  • Opposés à l’OL en 8es de finale, avec un match aller ce mercredi (21 heures) à Décines, les joueurs de Maurizio Sarri comptent bien vaincre leur « malédiction » européenne cette année.

Au Parc OL,

« Nous avons été punis par l’Ajax sur des détails. Nous avions alors moins d’expérience et on s’est depuis amélioré dans l’approche des rencontres décisives. » C’est assez cocasse d’entendre Leonardo Bonucci (32 ans) pointer le manque d’expérience de la Juventus Turin, au moment de revenir mardi sur l’élimination surprise de son équipe en quarts de finale de la dernière édition de la Ligue des champions, contre la talentueuse jeunesse néerlandaise (1-1, 1-2).

Le mal est-il ailleurs pour la Juve, qui reste depuis 2012 sur huit sacres consécutifs en Serie A, ainsi que sur quatre Coupes d’Italie, mais sans la moindre Ligue des champions remportée depuis 24 ans ? « En 2013, quand je suis arrivé en Italie, j’ai découvert l’institution qu’est la Juventus, expliquait Rudi Garcia, à la veille du 8e de finale aller, ce mercredi (21 heures), entre l’OL et la Juve. Comme le PSG, la Juve veut gagner la Ligue des champions. »

Les deux sacres de 1985 et 1996 ne sont pas forcément de bons souvenirs

Et comme les Parisiens, les Bianconeri souffrent-ils d’un blocage sur la scène européenne ? « Pour les supporters et même pour le club turinois, cette compétition est vraiment une obsession bien plus qu’une ambition, explique Emanuele Gamba, journaliste à La Repubblica. Le Scudetto n’est plus assez excitant pour le public et après avoir perdu sept finales sur neuf, tout le monde à Turin voit une forme de malédiction en Ligue des champions. Découvrir une Juve jouant aussi mal et sans personnalité contre l’Ajax l’an passé, c’était par exemple une anomalie au vu de sa belle saison. »

Les anomalies ont tendance à se répéter dans le Piémont, à l’image des deux saisons avec Fabio Capello et un effectif incroyable (Buffon, Thuram, Cannavaro, Nedved, Del Piero, Zlatan, Trezeguet…), conclues par des contre-performances dès les quarts de finale contre Liverpool en 2005 et Arsenal en 2006. Si Massimiliano Allegri a permis à la Vieille Dame d’atteindre la finale en 2015 et 2017, les deux seuls titres remontent à 1985 et 1996. « Et encore, celui de 1985 a eu lieu lors de la tragédie du Heysel donc il est dur de le compter, rappelle Emanuele Gamba. Et l’ombre du dopage plane toujours au-dessus de celui de 1996. »

« C’est un rêve difficile pour le foot italien »

Autant dire que plus les saisons blanches en Europe passent et plus la pression grimpe dans les rangs de la Juve. « Je ressens plus la pression quand je joue en championnat, assure pourtant son nouveau coach Maurizio Sarri. En Serie A, nous sommes obligés d’être le favori. Alors qu’en Europe, vous savez bien qu’il y a de meilleures formations que nous. Disons que nous sommes dans les 10 ou 12 équipes qui ont ce rêve de gagner la Ligue des champions. Mais c’est un rêve difficile pour le foot italien. »

Car comme pour le PSG et la Ligue 1, le manque de compétitivité du championnat transalpin dessert les Turinois dans les moments-clés, ce qui est moins vrai cette année (la Lazio n’est qu’à un point et l’Inter à six). L’Italie est privée de C1 depuis dix ans et la victoire de l’Inter (2010). Leonardo Bonucci a confié mardi s’être senti « invincible » lors de la campagne européenne 2015-2016, mais celle-ci s’était tout de même arrêtée après un double affrontement de titans contre le Bayern (2-2 ; 2-4 a.p.).

Cristiano, le joueur dont « le métier est de gagner la Ligue des champions »

C’est pourquoi avant de remplacer l’été dernier Allegri par Sarri (vainqueur de la Ligue Europa 2019 avec Chelsea), le président Andrea Agnelli n’avait pas hésité à frapper un très grand coup en recrutant Cristiano Ronaldo en 2018. « Son arrivée s’inscrit dans cette quête pour la Juventus de gagner à nouveau la coupe aux grandes oreilles », constate Rudi Garcia. Après tout, la star portugaise a débarqué en Italie avec autant de Ligues des champions remportées (cinq) que de championnats nationaux (trois en Premier League, deux en Liga).

« C’est un peu "si tu ne peux pas battre Cristiano, alors achète-le", sourit Emanuele Gamba. La Juve a fait venir LE joueur dont le métier est de gagner la Ligue des champions. On a vu à quel point il a été exceptionnel pour renverser l’Atlético en 8es avec un triplé (0-2 ; 3-0), mais il n’a pas suffi ensuite face à l’Ajax. Et cette saison, l’équipe me semble assez quelconque quand Cristiano est absent. » Malheureusement pour l’OL, l’homme qui a planté 16 buts sur les 11 derniers matchs de Serie A (oui oui, à 35 ans), sera bien là ce mercredi pour tenter d’enfin débloquer la lose turinoise en Ligue des champions.