OL-Amiens : « Revanchard » et « frais mentalement », Karl Toko Ekambi a fait décoller sa carrière sur le tard

FOOTBALL Deux semaines après son prêt à Lyon, l’ancien attaquant de Villarreal a déjà inscrit deux buts avec l’OL, qui affronte Amiens ce mercredi (19 heures). « 20 Minutes » retrace le parcours sinueux de l’international camerounais

Jérémy Laugier

— 

Karl Toko Ekambi est ici félicité par Houssem Aouar, après avoir marqué dimanche en Ligue 1 à Nice (2-1). VALERY HACHE
Karl Toko Ekambi est ici félicité par Houssem Aouar, après avoir marqué dimanche en Ligue 1 à Nice (2-1). VALERY HACHE — AFP
  • Décisif lors de chacune de ses trois premières apparitions sous le maillot de l’OL, Karl Toko Ekambi pourrait être la bonne pioche du mercato hivernal lyonnais.
  • L’ancien attaquant de Villarreal s’apprête à confirmer son prometteur retour en Ligue 1, ce mercredi (19 heures) contre Amiens.
  • Il y a dix ans, l’international camerounais était pourtant sur le point de lâcher le football, en évoluant avec les U18 régionaux du club parisien du FC Gobelins.

Karl Toko Ekambi est en pleine intégration supersonique. Deux semaines après avoir rejoint l’OL, l’attaquant prêté par Villarreal (Liga) a déjà inscrit deux buts et provoqué le penalty de la qualification en Coupe de France, la semaine passée à Nice (1-2). Tout n’a pas toujours été aussi facile pour le joueur de 27 ans, qui affronte Amiens ce mercredi (19 heures) au Parc OL.

Contrarié par un genou « mal soigné » et la relégation de son équipe de U16 nationaux du Paris FC, Karl Toko Ekambi avait ainsi pris du recul avec le football en 2008. « Il avait été déçu par le foot et il s’intéressait alors plus à la musique », se souvient Namori Keita. Alors entraîneur au FC Gobelins, club du 13e arrondissement de Paris, où le néo-Lyonnais a grandi, celui-ci parvient à le convaincre de venir jouer avec ses potes de quartier en U18.

« Je lui répétais qu’il n’avait rien à faire avec nous »

« On ne pensait pas encore à un avenir professionnel pour Karl, on voulait surtout lui permettre de se structurer pour entrer dans sa vie d’homme. Ça a toujours été un garçon posé et resté proche de ses amis d’enfance, avec une grande ouverture d’esprit », poursuit Namori Keita, qui ne pouvait compter sur « KTE », alors en internat dans l’Eure, que pour les entraînements du vendredi soir. L’un de ses meilleurs amis, Nicolas Ducteil, raconte les deux saisons de l’international camerounais au plus bas niveau régional (PH).

C’était une période compliquée pour lui et il avait mis le foot un peu de côté. Je lui répétais qu’il n’avait rien à faire avec nous, nous étions des joueurs du dimanche [rires]. Même sans être très impliqué aux entraînements, il faisait de grandes différences en matchs. La suite de sa carrière ne m’a pas du tout étonné. Tous ces moments lui ont forgé un sacré caractère. Il sait qu’il a galéré et il a su forcer des portes. »

« Il fallait le pousser dans ses retranchements »

A commencer par celles, à cinq kilomètres de chez lui, du Paris FC, qu’il a retrouvé en 2010. Au programme les U19 nationaux puis ses premiers pas en National avec un premier contrat fédéral. Christophe Taine, son entraîneur lors de sa saison la plus prolifique à Paris (14 buts en 2013-2014 en National), se souvient d’un « garçon attachant au gros caractère ». « Son potentiel était sous-exploité jusque-là et il a été mon fer de lance toute la saison avec sa vitesse, sa percussion, et son instinct de buteur, insiste l’actuel coach d’Evreux (N3). Il fallait le pousser dans ses retranchements mais c’était un vrai mordu de ballon. »

Un passionné qui a su faire de son parcours sinueux une véritable force. « Karl était alors très revanchard mais aussi très frais mentalement », souligne Christophe Taine. Son ascension se poursuit jusqu’à la découverte du monde professionnel, à 22 ans à Sochaux (L2).

« Karl était hyper déterminé et il savait emmener les autres avec lui »

« Beaucoup d’entraîneurs cherchent ce type de joueurs qui sont loin du style stéréotypé et trop assisté qu’on peut parfois trouver dans un centre de formation, confie Albert Cartier, son coach en 2015-2016 dans le Doubs. J’ai tout de suite senti que Karl était un garçon authentique, hyper déterminé, et qu’il savait emmener les autres avec lui. Il n’avait pas de temps à perdre et il voulait s’imposer en équipe nationale du Cameroun comme en Ligue 1. »

Les deux objectifs de « son tableau de marche » vite atteints à la pointe du SCO d’Angers (24 buts dans l’élite entre 2016 et 2018), avec en prime la CAN 2017 remportée avec les Lions indomptables, le « combattant » Karl Toko Ekambi file compiler 16 buts en un an et demi en Liga. Et dans trois semaines, il va effectuer ses premiers pas en Ligue des champions, dans un choc contre la Juventus. C’est dire le chemin parcouru depuis les U18 régionaux et ses potes « du dimanche » au FC Gobelins.