Girondins de Bordeaux : « N’ayez pas d’inquiétude »… Le club est-il vraiment en danger ?

FOOTBALL Déjà en difficulté financière avant la crise sanitaire, le club tente de rassurer ses supporteurs et partenaires

Clément Carpentier

— 

L'équipe des Girondins de Bordeaux version 2019/2020
L'équipe des Girondins de Bordeaux version 2019/2020 — NICOLAS TUCAT / AFP
  • L’incertitude autour des droits TV pèse lourd sur l’avenir du club. Les pertes sont plus à la marge sur les autres sources de recettes.
  • Touché fortement par la crise boursière de mars, le fonds d’investissement américain King Street Capital Management, propriétaire du club, s’est rapidement remis en selle et ne compte pas de se désengager.
  • Au niveau sportif, les conséquences ne devraient pas être importantes puisque la situation était déjà compliquée. Paulo Sousa est parti pour rester au vu du contexte actuel.

Mystère et boule de gomme. Beaucoup se demandent aujourd’hui comment les clubs de Ligue 1 vont ressortir de cette crise sanitaire historique et du confinement qu’elle entraîne depuis maintenant un mois. S’ils en ressortent. Une chose est sûre les prochains mois s’annoncent très compliqués et en particulier pour ceux qui étaient déjà en difficulté sur le plan financier comme les Girondins de Bordeaux.

Après avoir vécu une nouvelle saison très mouvementée en coulisse avec la prise de pouvoir totale du fonds d’investissement américain King Street Capital Management cet hiver, la direction s’apprêtait à se présenter en juin prochain devant la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion) avec un nouveau lourd déficit, évalué entre 25 et 30 millions d’euros selon les informations de 20 Minutes. C’était en tout cas le prévisionnel avant la propagation du nouveau coronavirus. La note risque forcément de s’alourdir. Mais de combien ? Et la situation sera-t-elle si grave que ça ?

  • Quel impact sur les finances du club ?

Comme le rappelait il y a quelques jours le Pdg des Girondins Frédéric Longuépée, les clubs « font face à un effet ciseau dramatique, on n’a plus de recettes et on supporte un certain nombre de charges dont la masse salariale. » Si les pertes sur le marketing, les hospitalités et surtout la billetterie devraient être à la marge puisque – même si l’affluence moyenne a un peu progressé par rapport aux saisons précédentes, le Matmut Atlantique est loin d’afficher complet depuis le début de la saison 2019/2020 – elles pourraient être très importantes sur les droits TV et dans une moindre mesure les partenariats.

En cas d’arrêt définitif du championnat et de non-versement par les diffuseurs (Canal+ et Bein Sport) de leurs deux dernières traites, le manque à gagner serait d’environ dix millions d’euros pour les Girondins. Un gouffre. Pour ce qui concerne les partenariats qui représentaient six millions d’euros de recettes la saison dernière, la situation est moins inquiétante. Si la suspension des échéances contractuelles par le Bistro Régent, principal sponsor du club, a fait grand bruit, en réalité ses conséquences économiques sont assez faibles. En effet, la chaîne de restauration bordelaise a signé un contrat de dix millions d’euros sur quatre ans avec les Marine Blanc. Elle doit donc verser entre 1,4 et 2,5 millions d’euros au club chaque année selon les résultats sportifs. Pour cette saison, elle avait déjà effectué huit de ses dix virements aux Girondins et donc payé 80 % de son partenariat selon nos informations.

Reste l’épineuse question des charges et bien sûr de la masse salariale. Sur ce sujet, c’est silence radio pour le moment au club : « Nous attendons l’officialisation par le ministère du Travail de l’accord entre la LFP et le syndicat des joueurs, l’UNFP », explique un dirigeant. Tout le monde est au chômage partiel. Le point peut-être rassurant pour Bordeaux sur cette question, c’est que si l’ex-copropriétaire du club avait annoncé en septembre dernier une augmentation de 11 millions d’euros de la masse salariale, celle-ci était déjà prise en compte dans le prévisionnel et surtout devait être absorbée par la forte baisse des « autres charges » qui ont explosé la saison dernière (+17 millions d’euros) selon le rapport de la DNCG en raison du rachat des Girondins en novembre 2018 (10 millions d'euros de frais financiers) et du train de vie des membres de GACP.

  • Quel impact sur King Street, le propriétaire ?

C’est l’autre grande inconnue autour des Girondins de Bordeaux : le fonds d’investissement new-yorkais propriétaire du club sera-t-il fortement affecté par la crise sanitaire et cela peut-il avoir directement des conséquences sur son engagement ? « Ils ont eu beaucoup de difficultés au tout début de la crise (boursière) car aucun de leurs scénarios ne prévoyaient une chute aussi brutale des marchés financiers, explique l’un de leurs clients à 20 Minutes, ils ont perdu pas mal l’argent avec des positions dans le pétrole mais ils ont rapidement réorienté leurs investissements en se tournant vers des secteurs moins à risque et avec une meilleure visibilité : le gaz, l’électricité, la santé… »

Une nouvelle stratégie illustrée par une lettre envoyée récemment à différents investisseurs : « S’ils ont communiqué, c’est qu’ils ont eu un problème à un moment, qu’il y a eu des rumeurs sur des grosses pertes qu’ils auraient subi, sinon ils n’auraient rien dit. Quand tu es sûr de toi, tu ne parles pas, surtout pas dans la finance où tout est très secret. Après la bonne nouvelle entre guillemets pour eux, c’est que tout le monde cherche actuellement à emprunter pour sauver les meubles, et est prêt à le faire à des taux très attractifs », poursuit ce client. King Street Capital Management avec son portefeuille de 19 milliards d’euros reste donc un « actionnaire solide » comme le répète souvent Frédéric Longuépée.

Un dépôt de bilan comme certains le laissent entendre n’est pas du tout d’actualité. Une possible vente n’a pour l’instant jamais été évoquée devant le conseil d’administration du club ou lors des différentes réunions de la direction du club. En revanche, le PDG du club a émis la possibilité de faire de nouveaux emprunts pour soulager temporairement la trésorerie tout en rassurant tout le monde : « N’ayez pas d’inquiétude pour le club ».

  • Quel impact sur le sportif ?

A vrai dire sur ce point la crise sanitaire ne devrait pas changer grand-chose. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’avant même celle-ci l’objectif était déjà de continuer à réduire la voilure aux Girondins pour combler le déficit de plus de 50 millions d’euros si l’on additionne la saison dernière et l’actuelle. Avec un but principal, réduire la masse salariale et de ce fait, l’effectif professionnel (plus de 40 contrats pros aujourd’hui). Pour ça, il faudra régler la situation de la petite quinzaine de joueurs qui seront en fin de contrat dans un an.

Si la balance des transferts affiche un bilan positif de près de 45 millions d’euros pour cette saison (car l’achat de Rémi Oudin sera payé après le 30 juin 2020), le club n’avait pas prévu de vendre autant que l’été dernier lors du prochain mercato. La stratégie était de conserver 80 % de l’effectif, d’obtenir la prolongation de contrat de certains cadres comme Nicolas De Préville et d’avoir comme priorité absolue, le recrutement d’un attaquant. Ce tableau de marche va-t-il être remis en cause ? Il y a des chances.

Paulo Sousa, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux.
Paulo Sousa, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux. - NICOLAS TUCAT / AFP

Cette période de confinement risque enfin de répondre à une question : Paulo Sousa sera-t-il encore là la saison prochaine ?

« Je le pense. L’idée principale est de rester. Après, personne ne sait ce qu’il va se passer pour le club car les règles économiques sont très strictes en France » - confie l’un de ses proches.

L’entraîneur portugais des Girondins, qui s’est fait à l’idée de travailler avec peu de moyens pour l’instant, aimerait surtout que le club assume cette austérité même si l’objectif reste de se qualifier le plus régulièrement possible pour les phases qualificatives européennes. Finalement, comme le gouvernement est tenu de le faire avec les Français pendant cette crise, les Girondins vont devoir faire d’encore plus preuve de transparence dans les prochaines semaines pour rassurer supporteurs et partenaires.