France-Turquie: Sautes de concentration et animation aléatoire... Les petits trucs qui nous chagrinent après ce nul

FOOTBALL Parce qu'il y a toujours matière à débattre, même quand on est champions du monde

Nicolas Camus

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Les petites choses qui nous chagrinent chez les Bleus après France-Turquie.
Les petites choses qui nous chagrinent chez les Bleus après France-Turquie. — SIPA / Montage 20 Minutes
  • L'équipe de France a concédé le match nul face à la Turquie, lundi, en éliminatoires à l'Euro 2020.
  • Après avoir raté de nombreuses occasions, les Français ont gâché l'ouverture du score de Giroud en se faisant prendre sur un coup de pied arrêté. 
  • Entre les trous d'air plus ou moins longs et une animation offensive parfois insuffisante, les derniers matchs des Bleus ont révélé quelques carences. 

Ça tient parfois à rien, une analyse d’après-match. Alors que l’on se serait arrêté longuement sur la qualification tranquillement ficelée en octobre au terme d’un parcours bien maîtrisé, hormis le néant de Konya, si le but de notre Giroud national dans le dernier quart d’heure avait bouclé la soirée comme il se devait, le sursaut turc a donné à ce France-Turquie (1-1) une autre perspective. Parce qu’il a mis en lumière une légère décompression française et deux-trois petites choses qui traînent depuis quelque temps. « A partir du moment où ils ont égalisé, toutes les analyses peuvent être dites et faites », concède Didier Deschamps. Go alors.

  • Des sautes de concentration

La première manche entre Français et Turcs, où rien n’avait été pour l'équipe de France, était encore dans toutes les têtes. Ça n’a pas suffi pour garder le cap, alors que le plus dur avait été fait. L’action qui mène à l’égalisation part d’une relance anodine du gardien, où le premier rideau Giroud-Coman-Lemar se désintéresse du ballon et le pauvre Tolisso, abandonné, se laisse prendre un peu facilement. On appelle ça un relâchement coupable. « Je ne sais pas si on peut dire ça, tempère Sissoko. C’est difficile à dire, en tout cas ce n’est pas un manque d’envie parce qu’on voulait garder le score et sur l’action, on voit que c’est Antoine [Griezmann] qui revient. Malheureusement il fait faute. »

Ensuite, le but de la tête d’Ayhan sur le coup franc, alors que les Français étaient en supériorité numérique dans leur surface, est largement évitable. Pavard couvre tout le monde et se fait passer devant par ses adversaires, mais il n’est pas aidé par Varane, qui le laisse se débrouiller seul. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir été prévenus avant. « On avait vu à la vidéo… ça a été dit, redit et re-re-redit, et on se le prend quand même, peste Grizou. Il faut faire attention, écouter et travailler, parce que ce sont ces petits détails qui peuvent te mettre hors d’un Euro ou d’une Coupe du monde. »

« Il est bien tiré, et on est peut-être un peu en retard, concède Lenglet. Je ne pense pas que ce soit lié à une décompression. On est mal positionné, voilà. Après ça va très vite, il faudra revoir les images. » Sur les douze derniers mois, ça fait quand même pas mal de trous d’air, plus ou moins longs, en cours de match. Le gardien ne peut pas tout faire, on l’a vu lundi avec Mandanda, pas irréprochable sur le coup. On rappelle que Lloris a quand même évité aux Bleus deux grosses fessées en moins d’un an, en Turquie (2-0 en juin) et aux Pays-Bas (2-0 en novembre 2018).

  • Un problème Pavard ?

Il restera à vie comme celui qui nous a offert à tous une des plus belles émotions de la dernière décennie, face à l’Argentine en Coupe du monde. Mais il ne pourra pas vivre éternellement sur le frisson qui saisit le stade à chaque ballon qui traîne au second poteau. Depuis le sacre en Russie, Benjamin Pavard peine à passer un palier au poste d’arrière droit. Ce n’est pas le sien à la base, certes, mais il y passe la majorité de son temps depuis son arrivée au Bayern Munich cet été et DD lui laisse un boulevard pour s’y faire chez les Bleus (25 sélections, dont 21 comme titulaire, sur les 29 matchs joués par l’équipe nationale depuis sa première apparition en novembre 2017).

Il faut dire que la concurrence est quasi inexistante, même si Léo Dubois est en train d’arriver. « Personne n’est indiscutable, même si c’est vrai que par rapport à d’autres postes, il y plus de chance de jouer à celui latéral droit, concédait-il depuis Clairefontaine avant la rencontre face à l’Islande. Je ne me pose pas de question, à moi de rester performant pour que le deuxième ne me passe pas devant. »

Nan mais en fait c'est juste que tu t'es fait manger à l'impact Benjamin.
Nan mais en fait c'est juste que tu t'es fait manger à l'impact Benjamin. - MARTIN BUREAU / AFP

« Rester performant », c’est bien là la question. Son apport offensif reste insuffisant, et il manque parfois de consistance défensivement. Parmi les fautifs sur le but turc lundi, il a mis du temps à se mettre dans le bain, à l’image de l’un de ses premiers ballons où il se fait manger tout cru au duel par Kahveci. Dans tous les secteurs, Pavard souffre de la comparaison avec son alter ego du côté gauche, Lucas Hernandez.

« J’ai progressé depuis que je suis arrivé au Bayern, disait-il aussi dans cette même conférence de presse. Je prends plus de risque, je me place mieux, au niveau de mes épaules par exemple, et je peux jouer vers l’avant. J’espère le démontrer en équipe de France. » Le Nordiste, qui n’a que 23 ans, a encore un peu de temps devant lui pour ça. Mais il va falloir que ça vienne.

  • L’animation offensive aléatoire

La vie n’est pas la même avec ou sans Kylian Mbappé, mais elle reste une question de choix. Après la victoire légèrement poussive en Islande, vendredi, on s’attendait à ce que Deschamps reconduise à peu près l’animation qui s’était montrée souvent emballante contre l’Albanie, en septembre, avec Thomas Lemar et Kingsley Coman pour faire vivre les côtés. Que nenni. Matuidi a bien délaissé l’aile gauche pour se recentrer, mais le sélectionneur a ressorti des cartons l’option Moussa Sissoko à droite. On s’était régalé avec lui le temps d’un été en 2016, mais le problème, c’est qu’on est en 2019.

« La dernière fois que j’avais joué là ? Je ne m’en souviens pas, en souriait le joueur de Tottenham après coup. J’ai parlé de ce positionnement avec le coach, voir ce que j’allais pouvoir faire. Je sais que je ne suis pas un joueur de couloir qui va mordre la ligne, je vais rentrer intérieur, aider les milieux axiaux sur les phases défensives. » C’est bien, mais à la maison, on peut se dire que Lemar et Coman peuvent le faire aussi, tout en se montrant utiles pour créer des brèches. DD à la barre:

On peut toujours être plus offensif. Mais on a eu huit occasions, et on aurait pu en avoir quinze ou vingt. Si l’équipe alignée ne se crée pas d’occasions, je veux bien. Là non, on en a eu. Je n’ai jamais de regrets, je fais des choix par rapport à certains moments. L’Albanie, ce n’est pas la Turquie et chaque match est différent de toute façon. On avait joué l’Islande dans le même dispositif et ça ne nous avait pas empêché de marquer quatre buts (à l’aller, en mars dernier). »

« Attention, on a fait un bon match, complète Giroud. On était au-dessus des Turcs, mais on a manqué un peu de réalisme et de réussite. » Si Griezmann (deux fois), Sissoko (deux fois aussi) avaient récompensé la large domination des Bleus en première période, c’est sûr qu’on ne parlerait pas de ça – quoique. Mais c’est le jeu. Il n’y a rien de trop grave dans tout ça. Ça n’empêche pas d’aspirer à une certaine constance dans les intentions et d’observer ce qui transpire des choix effectués dès que l’adversité s’annonce un peu plus élevée.