France-Turquie : Le Stade de France s’est embrasé mais la politique est (presque) restée dehors

FOOTBALL Le match, classé à haut risque en raison du contexte géopolitique très tendu, s’est déroulé sans incident majeur

Nicolas Camus

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Les supporters turcs pendant la rencontre au Stade de France face aux Bleus, le 14 octobre 2019.
Les supporters turcs pendant la rencontre au Stade de France face aux Bleus, le 14 octobre 2019. — Alain JOCARD / AFP
  • La France et la Turquie ont fait match nul en match qualifications à l’Euro 2020, lundi soir.
  • Les dizaines de milliers de supporters turcs présents au Stade de France ont mis une ambiance dingue dans les tribunes.
  • Mais le match, classé à haut risque en raison du contexte géopolitique très tendu, s’est déroulé sans incident majeur.

De notre envoyé spécial au Stade de France,

En marchant vers le stade, avant ce si attendu France-Turquie, on n’a pas pu s’empêcher de sourire intérieurement en entendant les messages diffusés par les haut-parleurs incitant les gens qui passaient par là à encourager très fort l’équipe de France. Les gens à côté de nous à ce moment-là n’ont pas dû y faire très attention. Ils portaient tous, ou presque, le maillot de l’adversaire du soir sur le dos. Comme un avant-goût de ce qui nous attendait un peu plus loin.

Annoncé bouillant en raison des tensions diplomatiques nées de l’offensive militaire turque en Syrie, condamnée par de nombreux pays dont la France, combinées à la présence dans les tribunes de dizaines de milliers de supporters turcs, ce match au sommet pour la qualification à l’Euro 2020 s’est finalement déroulé sans incident majeur. Avant la rencontre, ils ont mis une sacrée ambiance sur le parvis du stade, dansant, un peu, et chantant, beaucoup et très fort. Puis tout le monde a retenu son souffle au moment des hymnes. Mais La Marseillaise a été parfaitement respectée, et même applaudie par la majorité.

Une fois le coup d’envoi donné, les Turcs, présents aux quatre coins des tribunes et patriotisme chevillé au corps, ont mis autant d’énergie à huer les attaques françaises qu’à pousser celles de leur équipe. Même s’il n’y en a pas eu beaucoup, surtout en première période, ils ne se sont jamais découragés, rendant l’ambiance électrique. « Il y avait beaucoup de supporters turcs dans les tribunes, tant mieux pour eux. Ça les a poussés aussi parce qu’il y a cette ferveur, cette passion parfois exacerbée, observe Didier Deschamps. Ils sont animés par le sentiment de représenter la nation turque. »

L’intensité est encore montée d’un cran dans les dix dernières minutes, quand l’égalisation d’Ayhan a fait basculer tout le monde dans l’hystérie. Le stade a tremblé, nos oreilles ont bourdonné, et les joueurs, pour fêter ça, ont à nouveau effectué un salut militaire, comme face à la Moldavie vendredi à domicile, en soutien à leurs troupes engagées en Syrie. Un geste répété après la rencontre et repris par de très nombreux supporters.

« Ce sont des gestes faits de bonne foi, c’est juste pour encourager nos soldats », explique le sélectionneur Senol Günes. Bonne foi ou pas, l’UEFA, qui n’aime pas les ingérences politiques, devrait se pencher sur la question d’éventuelles sanctions dans les jours qui viennent.

Les joueurs turcs ont à nouveau effectué un salut militaire après avoir marqué.
Les joueurs turcs ont à nouveau effectué un salut militaire après avoir marqué. - Thibault Camus/AP/SIPA

Juste après ça, une banderole prokurde a été déployée, juste sous la tribune de presse, avec écrit en lettres rouges « Arrêtez de massacrer les Kurdes ». Des stadiers sont vite intervenus pour la faire retirer, mais elle a eu le temps de déclencher une bronca du tonnerre et un début d’altercation, maîtrisée par les services de sécurité. Le calme est revenu au coup de sifflet final, et hormis de lointains klaxons, on n’a rapidement plus entendu grand-chose depuis notre tribune. « Il y a un contexte qui est assez lourd, pesant, mais un match de foot c’est bien que ça reste un match de foot, et ça l’a été », estime Deschamps.

Tout ça n’a pas semblé déranger les Bleus, en tout cas. Ils n’ont pas trop mal pris le fait de jouer quasiment à l’extérieur. « On s’y attendait. On aime ce genre d’ambiance, même si c’est contre nous, assure Antoine Griezmann. Et on a quand même entendu les supporters français. » C’est vrai. Au milieu de ce vacarme constant, les Irrésistibles Français ont réussi à surnager, emmenant avec eux une bonne partie du public. Un peu inquiet avant le match, Fabien Bonnel, le capo des IF, nous avait demandé de lui envoyer un message après coup pour savoir ce que ça avait donné « de l’extérieur ». Il peut être rassuré.