Coupe du monde féminine: Plus fortes que les hommes mais moins payées, les Américaines réclament l'égalité

PARITE Megan Rapinoe et ses coéquipières poursuivent la fédération pour discrimination et sont actuellement en médiation pour trouver un compromis sur l'égalité salariale

Philippe Berry

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Les Américaines ont remporté la Coupe du monde, le 7 juillet 2019 à Lyon.
Les Américaines ont remporté la Coupe du monde, le 7 juillet 2019 à Lyon. — Maxime Le Pihif/SIPA
  • Les Américaines dominent leur sport mais sont pourtant moins payées que l'équipe masculine.
  • De nombreuses voix, dans le sport, mais aussi dans la politique, réclament l'égalité salariale.
  • Mais la Coupe du monde féminine, même si elle a battu des records, devrait rapporter entre 30 et 40 fois moins que le Mondial 2018.

Sans faire injure à l’équipe de France ou à celle des Pays-Bas, les joueuses américaines, qui ont logiquement remporté la Coupe du monde, dimanche, font face à leur plus grand défi : celui de l’égalité salariale. Et alors que la foule scandait « Equal pay ! » dans les rues de New York, mercredi, lors de la parade, le bras de fer engagé par Megan Rapinoe et ses coéquipières avec la fédération américaine, poursuivie pour discrimination par les joueuses, se poursuit avec une médiation. Explications.

 

Les joueuses gagnent moins que les hommes, surtout à la Coupe du monde

Les Américaines ont remporté quatre Coupes du monde (sur huit) et quatre titres olympiques, contre un zéro pointé pour les hommes. Pourtant, l'équipe masculine est davantage payée par la fédération. Dans leur action judiciaire, les Américaines affirment qu’en jouant 20 matchs dans la saison, elles gagneraient trois fois moins que leurs homologues masculins (160.000 dollars contre 430.000). Comme le note le Washington Post, c’était vrai avant 2017. Avec le nouvel accord négocié, l’écart s’est réduit à 11 %.

Pour la Coupe du monde, en revanche, il n’y a pas photo. Selon les calculs du Guardian, avec le système des bonus pour chaque étape (se qualifier pour le Mondial, atteindre la phase finale, remporter le trophée), une joueuse touche au maximum 260.000 dollars, contre 1,1 million pour un homme – soit quatre fois moins. Et on ne parle même pas de l’écart en club, avec un salaire minimum pour une joueuse de la ligue professionnelle américaine de 16.538 dollars annuels, contre 67.500 dollars pour les hommes.

Un écart de salaires mais aussi de recettes

La fédération américaine explique que ce n’est pas de sa faute, car le football féminin rapporte moins. La problématique se résume en quatre chiffres :

  • Le mondial 2018 a généré plus de 5 milliards de dollars de chiffre d’affaires (pdf), et 400 millions sont allés aux joueurs (8 %).
  • Pour la Coupe du monde féminine, on n’a pas encore les chiffres définitifs mais en 2017, la Fifa tablait sur 131 millions de dollars de recettes, et 30 millions sont allés aux joueuses (22 %).

La Fifa a sans doute sous-estimé le succès de l’édition 2019, mais entre les droits télé, les ventes de billets et le sponsoring, la Coupe du monde féminine rapporte entre 30 et 40 fois moins celle des hommes. Alors que les audiences ont battu des records, le patron de la Fifa, Giovanni Infantino, a toutefois promis que la somme doublerait pour la prochaine édition du Mondial féminin.

Hors Coupe du monde, les joueuses américaines ont cependant un argument de poids pour les négociations en cours : selon le Wall Street Journal, les matchs de l’équipe féminine ont rapporté davantage que ceux de l’équipe masculine entre 2016 et 2018. La fédération américaine pourrait s’inspirer de la Norvège, qui a instauré – sous la pression – l’égalité salariale en redirigeant des revenus du sponsoring vers le foot féminin.

Un combat mené depuis plus de 20 ans

Megan Rapinoe et Alex Morgan étaient ados quand elles ont vu Brandi Chastain inscrire le penalty victorieux face à la Chine au Mondial 1999, en Californie. Devant 90.000 personnes et 40 millions de téléspectateurs, la joueuse américaine enlève son maillot pour célébrer son but, dévoilant au monde ses abdos saillants et sa brassière Nike. La photo, qui fait la une de Sports Illustrated, devient un symbole de l'émancipation du foot féminin.

La joueuse américaine Brandi Chastain célèbre son penalty victorieux en finale du Mondial 1999.
La joueuse américaine Brandi Chastain célèbre son penalty victorieux en finale du Mondial 1999. - Mark J. Terrill/AP/SIPA

Déjà, on parlait d’argent. Après la victoire, les Américaines, menées par leur star Mia Hamm, avaient mené des négociations pour une meilleure compensation salariale. La torche a ensuite été reprise par Abby Wambach, qui détient le record de buts en sélection, hommes et femmes confondus (184 réalisations), puis par Hope Solo et aujourd’hui Megan Rapinoe.

Ce combat pour l’égalité salariale a dépassé le cadre du sport. Les joueuses américaines ont reçu le soutien d’Hollywood, de Snoop Dogg et de la star NFL Aaron Rodgers. Les candidates à la présidentielle Elizabeth Warren et Kamala Harris ont également donné de la voix, tout comme la jeune élue Alexandria Ocasio-Cortez.

Sur CNN, Megan Rapinoe expliqué sa position : « Toutes les joueuses durant ce Mondial ont produit le spectacle le plus incroyable. On ne peut rien faire de plus pour impressionner davantage. Il faut passer à l’étape supérieure. Ce n’est pas juste une histoire de salaire. On parle d’investissement dans le sport, dans le coaching et la jeunesse. Tout le monde est prêt pour que nous ayons l’égalité salariale. » Time's up.