Coupe du monde féminine: Les Bleues avancent vers les quarts sans réelles certitudes

FOOTBALL L’équipe de France ne peut pas encore s’appuyer sur un match référence, alors que les quarts de finale se profilent vendredi soir

Aymeric Le Gall

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L'équipe de France, en pleine discussion lors du match contre le Brésil.
L'équipe de France, en pleine discussion lors du match contre le Brésil. — FRANCK FIFE / AFP
  • Les Bleues se sont qualifiées dans la douleur face au Brésil et rencontreront les Etats-Unis vendredi soir au Parc des Princes.
  • Ce match n’a pas permis de lever les doutes sur la capacité de l’équipe de France à se transcender quand le niveau va monter.

L’idée qu’un groupe puisse naître soudainement sous nos yeux, à l’issue d’un match fondateur, comme un déclic, n’est pas qu’une belle histoire que les vainqueurs écrivent de leur plume pour donner plus d’ampleur à leur succès ou romancer leur aventure. Prenons l’exemple de nos champions du monde en Russie et de ce huitième de finale totalement dingue contre l’Argentine, qui leur avait permis après une phase de poule clopin-clopant d’en savoir plus sur la capacité de cette équipe à faire mal, sur sa volonté à aller loin ensemble.

Avec quelques heures de recul, on a l’amère sensation que c’est justement ce qui manque encore à l’équipe de France féminine après sa qualification dans la douleur et la touffeur du Havre, contre une Seleçao volontaire sans être pour autant monstrueuse. Quand la question du match fondateur lui a été posée après la rencontre, Corinne Diacre a esquivé. Ce qui est d’une certaine manière une réponse en soi. Sur le plan mental, à la limite, pourquoi pas. Car après un premier acte qui a poussé la sélectionneuse à dire qu’elle n’avait pas « complètement reconnu [son] équipe », une équipe « tendue » et soudain rattrapée par « la pression », au moins les Bleues ont-elles fini par essayer de « jouer au football et de prendre du plaisir ». Mais, comme souvent depuis le début de ce Mondial, cela n’arrive que par à-coups et, comme toujours, on s’en remet à l’explosivité de Diani ou aux coups de pied arrêtés, arme fatale de cette équipe.

Toujours pas la moindre certitude

« Le football, il est simple quand tu mets du mouvement et de la qualité technique », théorisait Wendie Renard après le match. Or, dimanche soir, de mouvement il fut rarement question, de qualité technique à peine plus. Alors quoi ? Alors, nous voilà avançant vers les quarts de finale et le choc tant attendu contre les Etats-Unis, vainqueurs (2-1) de leur huitième face à la Roja, sans plus de certitudes qu’avant le match face au Brésil. Quel est le niveau réel de cette équipe de France ? Quelles sont ses ressources ? Quelle est sa marge de progression ? Comment réagira-t-elle quand elle sera poussée dans ses derniers retranchements ? Beaucoup de questions, pas mal de doutes et beaucoup d’espoir, voilà comment résumer où nous en sommes aujourd’hui.

Le gros hic, c’est qu’il n’y a pas que les observateurs qui se les posent. Corinne Diacre aussi, et c’est peut-être ça le plus inquiétant : « La valeur intrinsèque de mon équipe, je la connais et je sais qu’on n’est vraiment pas à 100 %. L’objectif c’est d’y arriver pour les prochains matchs. Est-ce que ça arrivera ? Je n’ai toujours pas de baguette magique mais en tout cas on y travaille. Ce qui est sûr, c’est qu’individuellement, mes joueuses ne sont pas à 100 %. Certaines sont à 60, d’autres à 80, d’autres à 90, d’autres sont déjà très bien. Le problème aujourd’hui, c’est que le collectif, il ne se retrouve pas. Parce que justement j’ai des joueuses qui sont en deçà de leur potentiel individuel. »

L’espoir d’un match déclic, d’une soirée de folie

Or, quand on est chahuté par tant d’incertitudes, le réflexe est de s’arc-bouter à ses fondamentaux. Ceux de la France, c’est la défense. Ce qui explique pourquoi on a la sensation que les Bleues jouent souvent avec le frein à main, de peur de se découvrir et de se retrouver dos au mur, avec le couperet de l’élimination au-dessus de la nuque. « La pression est sur nos épaules, on le sait bien, répétait Diacre dimanche. Et ce n’est vraiment pas facile, vous savez. Mais très sincèrement, et je m’en excuse, il faut avoir été sportif pour le comprendre : jouer devant un public si nombreux, même chez soi, ce n’est pas toujours évident. »

Et en même temps, les joueuses se disent pourtant portées par l’immense soutien populaire qui accompagne chacun de leur match dans les stades de France. Saleté de sensation schizophrène. Manque de pot ou coup de bol, on ne sait plus, ils seront près du double dans un Parc des Princes bouillonnant d’espoir, vendredi soir face aux USA à attendre, comme nous, un match fondateur, dans une de ses soirées de rêve que seule la Coupe du monde sait en offrir. Pour peu qu’on lui prouve qu’on est taillé pour ça.