Lyon: Pourquoi l’identité «Castagne FC» de cet OL amuse-t-elle tant les supporters?

FOOTBALL Né après les incidents de Furiani la saison passée, le phénomène d’un OL devenu « Castagne FC » prend encore plus d’ampleur sur Twitter après la bagarre finale à Marseille…

Jérémy Laugier

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Anthony Lopes, Lucas Tousart et l'OL ont notamment participé à un début de bagarre mémorable contre Everton, en octobre à Goodison Park. SIPA
Anthony Lopes, Lucas Tousart et l'OL ont notamment participé à un début de bagarre mémorable contre Everton, en octobre à Goodison Park. SIPA — Jon Super/SilverHub/REX/Shutterstock
  • Seulement 4e en Ligue 1 et éliminés de toutes les coupes, l’OL est tout proche de manquer tous ses objectifs de la saison.
  • Adeptes d’un second degré très poussé, les supporters lyonnais n’en perdent pas pour autant leur sens de l’humour sur Twitter en louant le « Castagne FC », encore à l’œuvre le 18 mars à Marseille.

Saint-Etienne, Besiktas et Bastia en 2016-2017, Everton, à nouveau le derby, Villarreal et Marseille cette saison. Autant d’envolées lyriques sur les terrains qui ont permis à l’OL de se voir décerner par certains de ses supporters l’inattendu sobriquet de « Castagne FC ». Adeptes de l’autodérision, les twittos lyonnais ont notamment flairé le filon l’été dernier avec « un recrutement idéal pour la castagne », comme l’indique Baptiste. A savoir les venues de Kenny Tete et Ferland Mendy, deux jeunes présentant des antécédents judiciaires à Amsterdam et au Havre, ainsi que Mariano Diaz et Marcelo, deux sacrés gaillards qu’il vaut mieux avoir dans son camp.

« En checkant la biographie de nos recrues, on avait l’impression de monter un suicide squad, ce qui nous a bien fait marrer ». se souvient Sébastien, un habitué du virage nord. De quoi lancer pour de bon un virage « baston » collant avec une fin de cycle. « L’OL a perdu Gonalons, Tolisso, Lacazette puis Mammana et Darder, qui étaient des chouchous, indique Antoine (24 ans). Il fallait une sorte d’identité et on s’est tourné vers ça pour une narration comique de cette saison. » Clin d’œil aux supporters marseillais (et leur running gag « il n’y a qu’un seul Olympique ») évoquant souvent le FC Lyon, ce « Castagne FC » était officiellement lancé depuis avril 2017.

« Jordan Ferri et Anthony Lopes sont des totems »

A l’époque, l’enchaînement en quatre jours des violents affrontements au Parc OL entre supporters lyonnais et turcs contre le Besiktas, puis l’improbable bagarre contre des spectateurs corses à l’échauffement et à la mi-temps de Bastia-Lyon avait marqué les esprits. « A Bastia, ça m’avait explosé de voir nos remplaçants Gorgelin, Diakhaby et Ferri être en première ligne, comme pour le dernier match à Marseille, sourit Hugo. Même Greg Coupet mettait des patates de forain pour son premier match dans le staff. » Finalement, qui incarne le mieux l’esprit « Castagne FC » du Rhône ? « Ce sont en partie les recrues, mais Jordan Ferri et Anthony Lopes sont des totems », indique Antoine.

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« Ça passe souvent par Jordan Ferri qui casse une jambe [le Stéphanois Robert Beric s’en souvient], Rafa qui fait 50 mètres pour placer un tacle les deux pieds décollés ou Anthony Lopes qui est détesté par la France entière », sourit Hugo. Encore en première ligne au Vélodrome et convoqué (comme Marcelo) par la commission de discipline, le gardien lyonnais vit ainsi une année particulièrement dense en polémiques. « Mais il n’est pas le seul chez nous. On a aussi Ferri, Gorgelin, Diakhaby, Rafael, Depay… C’est vraiment un collectif à défaut d’en présenter un sur le terrain », ose Lucas, un supporter de 23 ans.

« Il y a peut-être un peu plus des roquets sur le terrain »

Un virage saignant qui semble très lointain de l’image renvoyée par le septuple champion de France de 2002 à 2008. « Je n’ai pas le sentiment qu’on ait déjà été dans ce registre-là à Lyon, confirme Sébastien (34 ans). On avait des joueurs durs comme Domenech, puis Laville et Violeau, et d’autres avec du vice comme Juninho et Tiago. Mais là, les gars sont plus spontanés. Ce sont davantage des sales gosses que des vicelards à la van Bommel ou Thiago Motta. » Un sentiment partagé par Jean-Marc Chanelet, latéral droit de l’OL de 2000 à 2003.

« C’est comme si les Bad Gones n’étaient pas que les supporters mais aussi désormais les joueurs. Les mentalités ont bien changé dans le football et je trouve que tout le monde est bien plus à fleur de peau. Les jeunes maîtrisent mal les conséquences de leurs actes. A mon époque, Jacek Bak ou Florent Laville étaient des joueurs rugueux mais je n’ai jamais vécu de telles rixes. On se disait toujours qu’il fallait terminer nos matchs à 11 et nous avions plus de maîtrise. Que ce soit des Caçapa, Edmilson, Muller, Bréchet ou moi, on n’avait pas un fond belliqueux. Aujourd’hui, je sens beaucoup de frustration à l’OL et il y a peut-être un peu plus des roquets sur le terrain. Interprètent-ils mal une consigne comme celle de ''ne pas se laisser marcher sur les pieds'' ? Nous n’étions pas provocateurs comme peuvent l’être les joueurs lyonnais actuels. On devrait voir un esprit collectif dans le jeu et pas dans ces nombreux incidents. »

« J’aurais préféré un projet de jeu afin de me régaler sur le terrain »

Finalement, cette tendance « Castagne FC » plaît-elle tant que ça aux supporters lyonnais dans une saison rythmée par d’énormes déceptions dans les coupes (éliminations par Montpellier, Caen et le CSKA Moscou) et une possible non-qualification en Ligue des champions pour la deuxième fois consécutive ? « Depuis un an, c’est cette identité qu’on aime le plus car hormis ces fights, on s’ennuie devant les matchs », pointe Lolhem (17 ans).

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« Perso, la bagarre à Everton ou au Vel', je m’en serais bien passé, poursuit Lucas. J’aurais préféré un coach avec des idées et un projet de jeu afin de me régaler toute la saison sur le terrain. » Un sentiment que détaille Baptiste, l’auteur du fameux logo de l’OL version « Castagne », en insistant sur la responsabilité de Bruno Genesio : « On ne peut plus être fier de notre identité de jeu puisqu’on en a plus, donc on s’est inventé une identité d’équipe bagarreuse. Le phénomène du Castagne FC permet de dénoncer par le second degré le passage d’un OL qui prônait le beau jeu à un OL version Genesio. »