Coupe du monde de rugby : « On disait qu’il était fini », Charles Ollivon le miraculé des Bleus

RUGBY En six mois, Charles Ollivon est passé de Walking dead à titulaire indiscutable du XV de France

William Pereira

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Charles Ollivon, contre les Tonga
Charles Ollivon, contre les Tonga — Nicolas Datiche/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Vincent Rattez au Japon après avoir été renvoyé de Marcoussis sans temps de jeu pendant la prépa, Barassi dont les joueurs ne connaissaient pas le prénom (ils l’appellent Jean-Louis au lieu Pierre-Louis), Vakatawa qui met tout le monde d’accord sans avoir été invité à la table des 37... Le XV de France, c’est un peu la cour des miracles, sur laquelle règne sans partage le troisième ligne Charles Ollivon. Le Toulonnais a un palmarès médical sans équivoque avec moult blessures à l’épaule en 2013, 2016, 2017 et 2018. La dernière en date l’a écarté des terrains jusqu’au mois de mars.

Avant d’être appelé par Jacques Brunel en tant que réserviste dans la liste élargie du mois de juin, Ollivon n’a disputé que huit matchs. Huit matchs à la hauteur de son talent, certes, mais il n’empêche que ça fait peu : « ça faisait pas beaucoup, racontait le joueur à la veille de l’Argentine, donc j’avais encore deux mois et demi de préparation pour prouver des choses. Quand j’avais vu le groupe et que j’étais dans les réservistes on me disait’’ah c’est mitigé comme sentiment’’. Effectivement, ça pouvait l’être, mais ça me faisait pas tellement peur, tant que j’étais dans le groupe et que je pouvais montrer ce que je valais… »

« Il a démarché beaucoup de chirurgiens et il a eu beaucoup de refus »

Charles Ollivon, un joueur dont on ne dit que du bien, n’avait aucune raison d’avoir des incertitudes sur son talent dès lors que la liste élargie était ouverte à la concurrence. Le seul truc qui aurait pu l’empêcher de gagner son billet en classe affaires pour le Japon, c’est son corps et donc cette omoplate fracturée récidiviste. Pour vous situer le degré de poisse du bonhomme, ce genre de blessure n’arrive habituellement qu’aux accidentés de la route. « Sur des gros chocs », comme on en prend quand on affronte les Tonga par exemple. Sauf que ce crash-test, Ollivon l’a passé sans trembler il y a dix jours alors que, deux ans et demi auparavant, son épaule le lâchait sur un contact anodin pour l’entraîner en enfer. « Ça a été très dur », il ne s’en cache pas. « Je l’ai eu souvent au téléphone, beaucoup de gens disaient qu’il était fini. Il a démarché beaucoup de chirurgiens et il a eu beaucoup de refus », raconte son coéquipier au RCT et ami d’enfance Anthony Etrillard.

Paris, Lyon, Marseille… Le Basque parcourt des kilomètres, sac à dos sur sa seule épaule valide, à la recherche de celui qui lui accordera une deuxième chance, à moins que ce soit la troisième, on a arrêté de compter. Ce chirurgien, il le trouvera finalement non loin de Toulouse, une ville de rugby, c’est le destin. « On m’a opéré en deux temps, confie-t-il à L’Equipe. Je suis resté à la clinique, à Muret (près de Toulouse), pendant huit jours. J’ai eu deux anesthésies générales. Ç’a été très lourd. »

S’en suivent une saison blanche et un retour de courte durée. Une poignée de matchs et un entraînement plus tard, c’est la rechute. Celle de trop, murmure-t-on. Les journaux spécialisés titrent sur la possible fin de carrière du joueur. Etrillard : « quand il a eu la petite rechute, il a dû se faire réopérer et là ça a été plus compliqué pour lui. Heureusement, son petit noyau de proches l’a soutenu, il s’est accroché. » Lui dira qu’il n’a jamais abdiqué, ni du rugby, ni de la Coupe du monde. Pas question de repenser à une formation ou un autre métier. Le but, c’est le Japon. « Quelque part au fond de moi j’y croyais à ce destin, à cette Coupe du monde, à pouvoir la jouer. J’avais ça en moi. Je pense que si je l’avais pas eu en moi ça aurait pas été possible, j’aurais lâché, tout simplement. »

Seul devant sa télé pour la liste des 31

Donc il persiste, repart de zéro, travail seul de son côté jusqu’à revenir au printemps contre Montpellier. Patrick Collazo réussit à le remettre en confiance, la suite est une formalité. « Quand il est revenu, c’était surtout dans l’état d’esprit de rejouer, de prendre du plaisir. Il était surtout là pour rejouer, retrouver l’équipe, parce que quand on est blessé c’est toujours compliqué d’être séparé de l’équipe, on se sent un peu seul. Ça lui a fait beaucoup de bien de nous retrouver et j’ai senti qu’il s’est vraiment éclaté », témoigne son coéquipier.

Et comme tout est affaire de destin dans cette histoire, le troisième ligne se devait de conjurer le sort avec panache. Ollivon ne pouvait décemment pas laisser sa saison se terminer sur un match à Castres, genèse de des récentes galères. Donc il s’est faufilé dans le groupe des 37, puis des 31. En mémoire des épreuves traversées et sans doute parce qu’il se savait incapable de contenir ses émotions quelles qu’elles soient, il a vécu l’annonce de la liste de Brunel pour le Japon seul devant sa télé. Avant le Mondial, il avait toujours du mal à décrire ce qu'il a ressenti.

« C’est compliqué d’en parler, même moi j’ai du mal à trouver les mots. C’est pas assez de dire que je suis fier. Le 20 septembre dernier je me faisais opérer de l’épaule. Tant qu’il y a eu de l’espoir j’y ai cru. » Charles Ollivon probable titulaire en quarts de finale de Coupe du monde, c’est donc avant tout l’histoire d’une abnégation. Quoi de plus logique comme issue à cette histoire pour un compétiteur né, mauvais perdant de surcroît ? Anthony Etrillard, à l’anecdote : « quand on était plus petit dès qu’il perdait un match il partait en pleurant, il était pas content, il râlait beaucoup. Je trouve que ça le représente bien parce que c’est quelqu’un qui ne veut pas lâcher. » Autant dire que ce n’est pas une pauvre épaule qui risquait de lui barrer la route.