XV de France: Devant les caméras ou en interne... La communication, point sensible de Jacques Brunel

RUGBY Jacques Brunel semble souvent en difficulté en conférence de presse et parfois avec ses joueurs, aussi

William Pereira

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Jacques Brunel aime moyen les conférences de presse
Jacques Brunel aime moyen les conférences de presse — Michel Euler/AP/SIPA

Trois minutes, pas plus. Jacques Brunel n’a pas traîné lundi pour annoncer la liste définitive des joueurs du XV de France invités à décoller au Japon, dans une séquence diffusée sur TF1 juste après le 20h, et enregistrée en amont. Un moindre mal : si à la genèse, il était prévu que le sélectionneur égrainerait les noms des heureux élus sur le plateau du JT, un retournement de situation la veille l’excluait carrément de l’annonce, laissant, disait-on, le loisir à Gilles Bouleau de balancer les 31 noms dans la nature. Le joyeux bordel se solde par un entre-deux, où Brunel distille sa liste puis deux, trois poncifs avant de préciser au présentateur de TF1 qu’il avait cette fois pris soin de prévenir les déçus. Après ça, rideau puis conférence de presse dans l’auditorium des locaux de la chaîne. Expéditif, mais sans accroc.

« C’est flagrant, il a des problèmes de com' »

Ceux qui suivent un peu le bonhomme savent que c’est déjà pas mal. La com’, très peu pour Jacques. « J’ai de l’appréhension quand je viens ici aussi devant vous les journalistes », avouait-il. Fin août, au CNR. Ses conférences de presse et annonces majeures, comme la liste des 37 dévoilée mi-juin à La Défense, sont jalonnées de balbutiements, d’hésitations, de tirages de cheveux et de regards fuyants. Symptomatique.

« Il est pas à l’aise avec cet exercice, et ça se voit, analyse Fabrice Hay, spécialiste de la communication dans le sport. C’est flagrant, il a des problèmes de com'. On le voit que c’est une contrainte pour lui. Ce qui est marquant, c’est que lundi juste avant la liste il y avait un reportage où l’on voit notamment Marc Lièvremont s’exprimer. Et il est beaucoup plus à l’aise. Après, à un moment, si le sélectionneur peut faire partie des choses qui galvanisent une nation derrière une équipe, tant mieux. Mais de toute façon il faut bien se dire que ça sera jamais l’appel du général de Gaulle. »

C’est encore plus vrai pour Brunel. Heureusement pour la France, le moustachu au micro de la BBC le 18 juin 1940 maîtrisait un peu mieux l’exercice. Hay tempère : « la question c’est, est-ce qu’on veut d’un sélectionneur beau parleur mais incapable de nous sortir des poules ou gars qui balbutie mais connaît le rugby ? » On a encore des doutes mais a priori le boss du XV de France entre dans la seconde catégorie. L’ancien international Sylvain Marconnet, en bleu quand Brunel officiait en tant qu’adjoint de Laporte, confirme. « Son territoire d’expression, c’est le rugby. Il fait pas ça pour être médiatique, il fait ça pour l’équipe, pour le rugby. Il aime le rugby. Il ne fait pas ce métier pour être sous les projecteurs. »

Qu’il n’aime pas l’exposition, c’est une chose, mais la lumière ne l’attire pas plus en interne. Arthur Iturria​, à 20 Minutes : « Je le connais pas beaucoup plus que ça en dehors des conditions d’entraînement, mais je pense pas que ce soit quelqu’un de très extravagant. » Un trait de caractère pas au goût de tous, à commencer par Mirco Bergamasco. L’ancien joueur du Racing a côtoyé Jacques Brunel quand celui-ci était à la tête du XV d’Italie, et profité d’une interview accordée à L’Equipe en mars pour dégainer la sulfateuse. « Ce n’est pas un mec qui vient causer avec toi spontanément. Il s’entretient avec les rares leaders qu’il a identifiés, ses entraîneurs-adjoints et puis c’est tout. » Difficile, en lisant ça, de ne pas penser à l’époque du Tournoi où, en pleine remise en cause du capitanat de Guirado, le sélectionneur s’était entouré d’un groupe d’interlocuteurs privilégiés (Huget, Ntamack, Fickou, Picamoles…) pour s’acheter une vie de groupe.

Promesses pas toujours tenues

Communicant sélectif, l’ancien coach de l’UBB ? Sylvain Marconnet jure que non. En tout cas, pas du temps où il était adjoint. « J’ai le souvenir d’un succès contre l’Afrique du Sud qu’il était venu fêter avec les joueurs. Si demain la France fait un super parcours, je pense que oui, il ira faire la bringue avec ses gars. » Que l’ancien international nous pardonne, vu de l’extérieur, ça paraît impensable. Quant au supposé « homme de parole » que Marconnet voit en Brunel, Anthony Belleau et Vincent Rattez le cherchent encore. Laissés sur le tarmac de Roissy après une prépa passée à courir comme des lapins, pousser comme des bœufs et suer comme des porcs, les deux hommes n’ont, contrairement à ce qui était prévu, pas eu le moindre temps de jeu en trois matchs amicaux. Leur bourreau s’en était excusé à Marcoussis, mais pas suffisamment fort pour apaiser la colère du Toulonnais, pas loin d’exploser dans des propos recueillis par L’Equipe.

« Je n’entrerai pas dans les détails, mais j’ai dit ce que j’avais à dire à Jacques Brunel. […] Ce n’était pas ce qu’on nous avait annoncé ni ce qui était prévu. C’était déjà de la frustration, là, c’était de la colère. » Et pour qui serait tenté de croire qu’il s’agit d’une trahison de circonstances, Bergamasco intervient. « En me faisant des promesses qu’il n’a pas tenues [il n’a fait rentrer l’Italien qu’une seule fois pendant le 6 Nations 2014 après lui avoir promis du temps de jeu alors qu’il négociait avec Brive], Brunel m’a indéniablement manqué de respect. » Mathieu Bastareaud, qui a appris devant la télévision qu’il n’était pas retenu dans les 37, peut en temoigner. Marconnet, au plaquage. « Je comprends la frustration de Belleau et Rattez, mais connaissant l’homme il devait avoir ses raisons. Jacques est profondément modeste, profondément humain. » Mais aussi un brin maladroit.