Coupe du monde de rugby: Avec humour mais toujours sans Dupont, le XV de France commence à rentrer dans son quart

RUGBY Après avoir remis un petit coup de travail physique pour rester dans le rythme, le XV de France bascule dans son quart de finale contre le Pays de Galles

William Pereira

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Romain Ntamack, à l'entraînement
Romain Ntamack, à l'entraînement — Aaron Favila/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

On vous parlait pas plus tard que ce matin du nouveau format de conférences de presse du XV de France : une grande table et quatre joueurs face à la meute de journalistes. Visuellement, on est entre le jury de télé-crochet et l’avant-première d’un film en présence des acteurs. Film dont le tournage serait encore en cours. Bref. Au casting, de gauche à droite : Gaël Fickou, Louis Picamoles, Sofiane Guitoune et Jefferson Poirot. On ferait facilement un Expandables 4 avec cette brochette de cracks. Version court-métrage, on parle ici d’une conférence d’une demi-heure. Avec du sérieux et quelques séquences cocasses comme ce quasi fou rire dans l’axe Picamoles-Guitoune sous le regard amusé de Poirot alors que Fickou tentait tant bien que mal de répondre à une question dont vous nous pardonnerez d’avoir oublié la teneur. Ou cette fin de conférence, très orienté Top 14, où le vice-capitaine se gargarise dans la plus grande décontraction de l’excellent début de saison de Bordeaux.

« Je suis content parce que tous ces mecs à côté faisaient que broncher et disaient qu’on allait jouer comme Castres. Tous les médisants de Toulouse disent maintenant qu’on sera champions d’automne et après terminé. Donc je lance un appel à tous mes coéquipiers pour qu’on aille jusqu’au bout cette fois-ci », s’est permis Poirot dans l’hilarité générale. Du haut de notre expérience de ce genre d’événement et fort des trois livres de Pierre Bourdieu posés sur notre bibliothèque, on peut l’affirmer sans crainte : le XV de France vit toujours aussi bien avant son quart de finale contre le Pays de Galles.

C’est une bonne situation, ça, un match en moins ?

Ça serait bête de trop se relâcher, mais on sent quand même que, quelque part, ne pas avoir joué contre l’Angleterre dimanche a permis aux Bleus de recharger un peu leurs batteries après la fameuse séquence des deux matchs en quatre jours (USA et Tonga). Fickou : « on est frustrés parce qu’on aurait préféré jouer, mais c’est une coupure qui nous a fait du bien à la tête dans le sens où on a eu le temps de voir nos familles. » Oita étant une petite ville, on a eu le privilège de voir certains joueurs déambuler dans les galeries marchandes, Maxime Médard avec sa poussette, Romain Ntamack accompagné de sa mère… « Est-ce que c’est un bien ou un mal ? Est-ce qu’on va être pénalisé ou plus frais ? », s’interrogeait Jacques Brunel le lendemain. Nos confrères gallois mettent déjà la pression et disent que oui, forcément, un match en moins dans les pattes c’est un avantage avant un quart de Coupe du monde. Le risque de perdre le rythme de la compétition est cependant réel, n’en déplaise à nos amis d’outre-Manche, d’autant que le staff tricolore n’a finalement pas trouvé d’opposition amicale pour « remplacer » l’Angleterre.

« J’aurais voulu jouer l’Angleterre, regrette Brunel, j’aurais aimé me confronter à eux avant les quarts pour savoir où un en est. Maintenant, on va faire des entraînements qui sur l’intensité ressemblent à un match sur des périodes assez longues pour que ça corresponde à la réalité. »

Dimanche et lundi, les joueurs ont donc remangé du Thibault Giroud en mémoire de la prépa d’été, avec une gestion individualisée de l’effort. Jefferson Poirot : « c’est au ressenti de chacun. Hier matin et cet après-midi il y a eu muscu optionnelle. C’est à chacun de trouver le petit pourcent qui lui sera bénéfique. A chacun sa manière de se préparer. Je trouve qu’une semaine comme ça, c’est plutôt bien. On alterne à la fois les séances comme dimanche et lundi avec beaucoup d’intensité, beaucoup de sérieux et à la fois beaucoup plus de gestion individuelle. La formule nous convient bien et nous permettra de nous préparer au mieux. »

Dupont accélère (mais s’entraîne toujours à part)

Les hommes de Jacques Brunel vont désormais entrer dans une phase de préparation plus spécifique au match qui les attend dimanche à Oita. Ils ont d’ailleurs déjà commencé à analyser le jeu des Gallois, qui, souligne à raison le pilier bordelais, n’a pas tant bougé que ça depuis le Tournoi des 6 nations. On ne change pas une équipe qui gagne, encore moins quand elle réalise le grand chelem. Plus facile dans ces conditions de préparer un plan d’attaque. « Avec notre nouveau système, on est mieux repartis pour contre-attaquer et mettre les Gallois en difficulté. À l’entraînement, c’est un sujet qu’on a évoqué et qu’on travaille », assure Fickou. La récurrence de la fébrilité en seconde période est aussi un sujet sur lequel le groupe s’attarde. Si un adversaire symbolise cette faiblesse française, c’est bien le Pays de Galles. Guitoune :

« sur les premiers matchs, on prend vite le score et ensuite le scénario est toujours le même. Peut-être parce que tout se passe trop bien. Je crois que c’est plus dans nos têtes qu’un problème de structure. On en a parlé, travaillé, remis des stratégies pour que, quand on commence à déconner et à ne plus respecter les schémas, à paniquer pour rien, on puisse repartir de l’avant et éviter de se faire peur. »

En parlant de peur, il y en a un qui nous inquiète un peu : Antoine Dupont. Gêné au dos, le Toulousain s’entraîne toujours à l’écart, même si on l’a vu courir comme un lièvre sur le chemin de la conférence de presse ce midi. « Antoine a des petits problèmes qui durent depuis longtemps. On l’a laissé au repos ça lui a fait le plus grand bien », tente de rassurer Brunel. Poirot abonde : « Il a l’air de courir. Antoine est en phase de reprise, ça a l’air d’aller. » On veut pas jouer les rabat-joie, mais l’ami Jeff disait presque mot pour mot la même chose de Wesley Fofana une semaine avant l’Argentine. Pourvu que l’histoire ne se répète pas.