Coupe du monde de rugby: Contexte, résilience et beau jeu... Pourquoi le Japon est la grosse hype de son Mondial

RUGBY Le Japon est comme prévu la grosse hype de cette Coupe du monde 2019

William Pereira

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Les Brave Blossoms sont en quarts pour la première fois de leur histoire
Les Brave Blossoms sont en quarts pour la première fois de leur histoire — Christophe Ena/AP/SIPA

De notre envoyé spécial au Japon,

Fini les poules, donc fini les pools : le XV de France restreint chaque jour un peu plus l’accès aux joueurs. Après n’avoir eu droit qu’à Jacques Brunel la veille, lundi, quatre Bleus se sont présentés face à la presse après l’entraînement à Oita. En même temps. Tous. Devant les télé, radio, et journaux, d’un coup d’un seul. Ces simulacres de conférences impersonnelles et donc lieuses de langues remplacent les habituels points presse plus détendus où les joueurs défilaient les uns derrière les autres pour répondre aux questions. « Parce que c’est les quarts de finale et qu’il y aura désormais plus de journalistes », nous dit-on. Mouais. A ce rythme, dans deux jours on n’aura plus rien à becter.

Puisque bientôt on ne pourra plus rien dire de la France, habituons-nous à parler des autres. Tenez, le Japon par exemple. Qui n’a pas vibré dimanche devant la prestation de dingo des Brave Blossoms à Tokyo contre l’Ecosse (victoire 28-21) ? Pendant 50 minutes, les Japonais ont envoyé comme pas permis, c’était les All-Blacks en rouge et blanc, on s’en est levé de notre chaise et brisé les cordes vocales. Nicolas Kraska, rugbyman expatrié au pays du soleil levant depuis cinq piges, lui, n’en a carrément pas dormi : « j’étais comme un fou devant le match, j’avais le cœur palpitant à 10.000 à l’heure. J’ai eu du mal à m’endormir parce que j’ai tellement vécu le match que j’étais en transe et le temps que ça redescende, il était deux heures du mat’. »

Le French flair se planquait au Japon

C’est indéniable, il se passe quelque chose autour de l’équipe hôte​, dont le premier exploit aura été de conquérir un peuple pas franchement emballé par l’événement au début du tournoi. Le sélectionneur Jamie Joseph, évoquait dimanche la nouvelle notoriété de ses ouailles : « ça fait du bruit. Les gens nous applaudissent à l’hôtel, quand on sort du métro, il y a 50 personnes qui font une haie d’honneur. C’est un peu différent, surtout pour moi. » Le contexte, le typhon, la possible annulation du choc crucial contre l’Ecosse et maintenant la revanche programmée contre l’Afrique du Sud ce week-end… Ce cross-over entre Apocalypse Now et Invictus est venu ajouter un peu de dramaturgie dans un phénomène qu’on sentait déjà poindre au gré des trois premières victoires japonaises. Sans doute parce que c’est l’équipe qui joue à domicile et qu’on n’a jamais envie de voir le pays organisateur se faire sortir prématurément – exception faite pour l’Angleterre, quel pied on a pris en 2015. Sans doute parce que le Japon est un outsider, aussi. Le peuple est avide de petits déjouant les pronostics. Tellement qu’au foot, on en a fait une compétition, et ça s’appelle la Coupe de France.

« Le Japon c’est David contre Goliath, théorise Kraska. Déjà physiquement les Japonais sont plus petits que les autres nations, moins baraques. Et puis l’autre truc c’est qu’ils ne pratiquent pas un rugby de rentre-dedans comme en Europe. C’est trop beau à voir, c’est normal d’être ému quand tu vois une équipe jouer comme ça. ». A ceux qui se demandaient où était passé le french flair, on l’a retrouvé ! Il s’était barré en avion à l’autre bout du monde, on caricature à peine. Baptiste Serin, admiratif :

« C’est un jeu inspirant. On voit que les Japonais ont des convictions, notamment jouer sans relâche. Ce qui frappe, c’est la disponibilité des uns pour les autres, cette faculté à être tout le temps dans le replacement, une qualité technique remarquable, des rucks rapides qui permettent de mettre le jeu en place. Cela fait du bien au rugby d’aujourd’hui. Ça joue au rugby, on a l’impression de voir le Stade toulousain (rires)… »

Si le plaisantin toulonnais ose la comparaison sur le ton de la blague, il n’aurait pas tort de le penser réellement. On peut, il est vrai, trouver des similitudes entre Japonais et Toulousains. « Ils pratiquent un jeu rapide, conforme à leurs qualités. Ils jouent avec beaucoup de vitesse, sortent des balles rapides. Cette équipe a du rythme et beaucoup de confiance », analysait après la défaite le sélectionneur Gregor Townsend. Avec, il faut le souligner, cette faculté à répéter les efforts à très haute intensité sur 80 minutes, fruit d’une méthodologie d’entraînement propre au rugby nippon dans sa globalité. Kraska détaille : « Ici on s’entraîne souvent par séquences de rugby de trois minutes à très haute intensité, sans arrêts de jeu. Si le ballon sort, il est rendu à l’adversaire qui repart de derrière. Ils s’entraînent à jouer de leurs qualités d’endurance avec une résilience énorme. Si tu leurs demandes de courir trois heures sans l’ouvrir, ils courront trois heures sans dire un mot. »

Le peuple réclame des Japonais en Top 14

Jusqu’où ira la hype ? Difficile à dire. Le sélectionneur de l’Ecosse voit l’Afrique du Sud souffrir contre ces impressionnants Brave Blossoms, qui apparaissent néanmoins limités dans la gestion du jeu (au pied) et peu habitués à la roublardise du très haut niveau, cf la seconde période contre l’Ecosse. Mais qu’importe le résultat du match ce week-end, la Coupe du monde japonaise est déjà un succès, et elle le sera encore plus si les clubs du Top 14 avaient la bonne idée de surfer sur la tendance pour recruter un ou deux talents nippons. Kraska prévient quand même : « C’est pas le même rugby donc il faut se méfier. Et pour le moment il ne faut pas oublier que le Top 14 a mauvaise image auprès des joueurs japonais. Si tu mets un Japonais dans une équipe qui va passer son temps à faire des mauls et des coups de pied hauts il va servir à rien. Mais dans une équipe joueuse ça peut le faire. » Comme Toulouse, par exemple ?