Coupe du monde de rugby : Le Japon domine l’Ecosse (28-21) et se qualifie pour les quarts pour la première fois de son histoire

RUGBY Premiers de leur poule devant l'Irlande, les Brave Blossoms affronteront l'Afrique du Sud dimanche prochain

Mathias Cena

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Le Japon après sa victoire face à l'Ecosse, à Yokohama le 13 octobre 2019.
Le Japon après sa victoire face à l'Ecosse, à Yokohama le 13 octobre 2019. — Christophe Ena/AP/SIPA

De notre correspondant à Tokyo (Japon),

C’est l’histoire d’une mue. En octobre 2003, le Japon affronte l’Ecosse en phase de poules de la Coupe du monde de rugby. A 23 minutes de la fin du match, l’équipe, alors surnommée les « Cherry Blossoms », n’a que quatre points de retard. Tout en s’illustrant par la créativité de leur jeu et la solidité de leur défense, les rugbymen nippons perdent finalement le match de plus de vingt points, mais un journaliste anglais leur donne ce jour-là un nouveau nom : les « Brave Blossoms ». Seize ans plus tard, l’équipe qui a dominé l’Ecosse (28-21) dimanche soir à Yokohama, s’assurant pour la première fois de son histoire une place en quarts de finale du Mondial, porte toujours ce nom, mais s’est profondément transformée.

La menace du typhon jusqu’à dimanche matin

Avant même le coup d’envoi, c’est quasiment le match qui avait le plus fait parler de cette Coupe du monde. Jouera, jouera pas… Le typhon Hagibis, qui menaçait l’est du Japon et accessoirement la tenue de la rencontre, avait été scruté comme aucun autre par les fans de rugby de la planète entière, improvisés tour à tour météorologues et spécialistes en trajectoire des typhons pour déterminer où la rencontre devrait être délocalisée si le stade de Yokohama n’était pas en état de l’accueillir. En scrutant sur les réseaux sociaux les images des sous-sols du Nissan Stadium sous les eaux, beaucoup ne donnaient pas cher de ce match.

World Rugby, l’organisateur, n’a pas franchement soigné sa réputation en se retranchant derrière son règlement, lequel stipule que si une rencontre ne peut pas avoir lieu – avant samedi, ce n’était encore jamais arrivé en huit Coupes du monde –, elle sera annulée et les 4 points répartis équitablement entre les deux équipes. Les calculs ont été vite faits dans les deux camps, surtout côté écossais : pour se qualifier, le XV du Chardon, après une déculottée face à l’Irlande (27-3), avait besoin d’une victoire en privant le Japon de bonus. L’Ecosse a clairement fait savoir qu’elle n’était pas prête à une élimination sur tapis vert. Le suspense a duré jusqu’à dimanche matin, huit heures avant le match.

Blossoms au « cœur d’acier »

Le premier essai écossais à la 6e minute avait semblé devoir donner le ton du match, entre une équipe d’Ecosse qui n’a raté qu’une fois les quarts de finale de Coupe du monde dans son histoire et un Japon peu remarquable jusqu’au dernier Mondial. Cette semaine, Michael Leitch, le capitaine nippon, nous avait régalé d’une tirade digne de Braveheart (Blossoms) : « Le plus important, c’est d’avoir le courage. Il y en a qui se laissent gagner par la peur à mesure qu’ils approchent la ligne d’en-but, s’effondrant sous la pression. Nous nous sommes préparés à cette pression en nous disant que nous devions avoir un cœur d’acier. »

Sans fébrilité, les Rouge et Blanc ont alors commencé méthodiquement à imprimer leur rythme. C’est Matsushima qui a ouvert le bal en plantant le premier essai, son 5e de ce Mondial. Solides en défense, efficaces en récupération, rapides en attaque avec des passes millimétrées, les Blossoms ont abandonné sur place des Ecossais un peu trop généreux en ballons perdus. « Leur groupe a beaucoup de cohésion, a noté après le match le capitaine écossais, Greig Laidlaw. On voit qu’ils jouent ensemble depuis longtemps : ils connaissent leur jeu, vont très vite, avec une très bonne exécution. Ils ont d’excellents joueurs, avec un vrai rythme et de la confiance pour essayer des choses. »

Retrouvailles avec l’Afrique du Sud

Le stade de Yokohama, qui n’avait pas ployé sous les vents d’Hagibis vingt-quatre heures plus tôt, a bien failli s’ouvrir en deux dimanche soir sous les cris d’un public nippon chauffé à blanc, soutien sans faille des Blossoms toute la soirée. Revenus à 28-21 après la mi-temps, les Ecossais ont plusieurs fois manqué l’occasion de planter l’essai de l’égalisation, ce qui ne leur aurait de toute façon pas suffi à se qualifier face à une équipe du Japon transformée depuis le dernier Mondial. « Il s’est passé beaucoup de choses ces trois dernières années, confirme le coach nippon, Jamie Joseph. Notre participation au Super Rugby en est une. C’est une compétition où on a souffert pour beaucoup de raisons mais nos joueurs y ont été exposés à du rugby de haut niveau. Indirectement, ça a payé pour ce Mondial. »

Après avoir remporté ses quatre matchs de poule, le Japon passe devant l’Irlande et retrouvera donc l’Afrique du Sud en quarts dimanche prochain (et potentiellement, on ose à peine le dire, la France en demies). Quatre ans après le « miracle de Brighton », cent vingt millions de fidèles fraîchement convertis au rugby attendent maintenant « l’exploit de Tokyo ».