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Pourquoi Deschamps a jeté sa défense à trois aux oubliettes de l’histoire ?

Equipe de France : Pourquoi Deschamps a jeté sa défense à trois aux oubliettes de l’histoire ?

FOOTBALLDeux ans après avoir fait du système à trois défenseurs centraux le socle de sa nouvelle philosophie de jeu, Deschamps a annoncé qu’il repasserait à quatre derrière à la Coupe du monde au Qatar
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Mercredi soir, sur le plateau de TF1, Didier Deschamps a annoncé une liste élargie à 25 joueurs pour le Mondial au Qatar.
  • Dans cette liste, pas moins de neuf défenseurs dont huit défenseurs centraux de formation, signe que la fin de la charnière à trois a sonné.
  • Deux ans après avoir fait de ce système la base de sa nouvelle équipe, le sélectionneur effectue un énorme retour en arrière inattendu.

RIP petit système mort et enterré. C’est sur les coups de 17 heures, mercredi, quand L’Equipe a annoncé en avant-première que Jonathan Clauss, pourtant de tous les derniers rassemblements en Bleu, ne serait pas du voyage au Qatar, qu’on a senti l’étrange fumet du grand renoncement de Didier Deschamps. Celui d’une animation en 3-4-3/3-4-1-2 qu’on jette à la poubelle comme une vulgaire boulette de papier, sans aucune autre forme de procès. Pensez donc si Clauss n’en est pas, lui, le piston moderne par excellence, comment pourrait-il en être autrement ?



La confirmation est tombée trois heures plus tard, sur le plateau de Gilles Boulleau sur TF1 : pas de JC dans la liste du saint-père, pas plus que de Lucas Digne ou de Ferland Mendy par ailleurs. A la place, toute une pelletée de défenseurs centraux de formation, huit très exactement, sur les neufs au total qui partiront au Mondial. Dans la foulée de son annonce, Didier Deschamps est venu s’expliquer sur ce choix en conférence de presse. Sans tourner autour du pot ni jouer les mystérieux : « Je le confirme, nous partirons avec une défense à quatre ». Dont acte.


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« Il faudra bien défendre, mieux défendre »

Plus de deux ans après avoir révolutionné son système de pensée autant que son système tactique – souvenez-vous, c’était un soir de novembre 2019 en Albanie pour une victoire 2-0 de Bleus – et à une semaine de s’envoler pour le Qatar, Deschamps décide donc de faire brutalement machine arrière. Faut-il y voir les traces du traumatisme de Bucarest lors du dernier Euro, avec cette défense à trois totalement dépassée pendant près d’une mi-temps face aux Suisses, qui au bout du compte coûtera aux Bleus une élimination douloureuse ? Possible.

La légende raconte que, ce soir-là, le sélectionneur aurait cédé aux caprices de certains de ses cadres qui préféraient ce système tactique. De cet Euro malheureux, le champion du monde 98 et 2018 semble d’ailleurs en avoir gardé une profonde rancœur, au point d’ironiser sur l’emballement général qui flottait dans l’air avant le début de la compétition. « En 2021 on était les plus beaux, les plus forts, on n’avait même pas besoin d’entrer sur le terrain pour gagner la compétition », a-t-il lâché, mi-ironique, mi-agacé.

Mais alors, pourquoi remettre ce système sur le tapis et le bosser dur pendant plus d’une année pour au final le balancer aux oubliettes au moment de repartir au charbon ? Car c’est bien ainsi que ses Bleus ont renversé la Belgique et battu l’Espagne fin 2021 pour s’adjuger leur première Ligue des Nations. « On a fait de très bonnes choses dans ce système, a-t-il concédé. Mais on a aussi été en difficulté. On a très souvent été en déséquilibre et je sais trop bien que pour exister dans une grande compète, si vous n’êtes pas solides sur le plan défensif… Il faudra bien défendre, mieux défendre, pas au détriment de l’animation offensive, mais si j’ai fait ce choix-là c’est que je suis convaincu que c’est le plus adapté. J’ai fait des choix de joueurs différents en fonction de ce système. »

Une défense à quatre et 12.000 questions derrière

A l’époque, DD justifiait cette mini-révolution tactique par une volonté d’offrir « d’autres possibilités sur les côtés, une autre animation et un autre équilibre, en mettant Griezmann entre les lignes, derrière deux attaquants dans l’axe ». Secoué par l’échec contre la Nati et acculé par les forfaits de ses deux gars sûrs du milieu de terrain, Paul Pogba et N’Golo Kanté - sans parler du cas Varane, son autre pilier de 2018, tout juste de retour de blessure et en manque criant de temps de jeu – le bonhomme a subitement décidé de changer de braquet. Le confort et la liberté des trois de devant attendront, le but est d’abord de fermer la boutique à Doha. Interrogé sur ce qu’il comptait faire cet hiver du trio d’attaque que le monde nous enviait, Deschamps a rétorqué qu’on lui en demandait trop.

« « Qu’un de ces joueurs se décale sur le côté, c’est une option, oui, a-t-il déclaré. Mais il y en a d’autres. L’idéal c’est de mettre tous les joueurs dans la meilleure position. Mais il peut y avoir quelques petites modifications. Je sais comment on débutera [contre l’Australie, le 22], à condition qu’il ne se passe rien de négatif d’ici-là. » »

S’il le sait, nous non. Avec le profil des bûcherons nommés dans les 25 pour garnir le milieu du terrain, on n’ose imaginer un retour au milieu à trois. Le problème, c’est que dans le cas contraire, dans un 4-4-2 à plat par exemple, il faudrait alors évoluer avec quatre offensifs, ce qui n’est pas près d’arriver comme il nous l’a répété mercredi. « L’équilibre est plus aléatoire comme ça. Donc non. Je ne dis pas que ça peut être une option en cours de match, mais sur tout une rencontre non… Ce ne sont pas des plots en face, ce n’est pas la Playstation ! Si t’as le ballon, pas de souci, mais si tu ne l’as pas… Il faut aussi résoudre l’équilibre défensif. Ce n’est pas parce que tu mets plus d’attaquants que tu vas mettre plus de buts. »

Grizou dans le triangle au milieu ?

A moins, à moins… A moins que la Dèche ne nous sorte une surprise de derrière les fagots. Un lapin dans chapeau nommé Griezmann au milieu. Ecoutez plutôt : « Antoine est dans un rôle offensif mais il a cette capacité à avoir un gros volume de jeu. Et même quand il est offensif, ça ne l’empêche pas de revenir très bas, parfois trop à mon goût. Dans son club il le fait aussi. Par moments il change de position et se retrouve dans un triangle au milieu du terrain, ça ne lui pose pas de problème. »

Fidèle soldat de Didier Deschamps, Grizou est en effet capable de se sacrifier pour le bien du collectif pour peu que la friandise au bout du bâton soit à son goût. Les premiers entraînements à Clairefontaine lundi et mardi prochains nous donneront peut-être un début de réponse. En attendant, on aura beau épiloguer des heures sur cette liste aux allures de rétropédalage philosophique, à l’heure des comptes, c’est le sélectionneur et lui seul qui réglera l’addition. « J’ai confiance en ces joueurs-là », a-t-il répété plusieurs fois mercredi dans l’auditorium de TF1. Il ne reste plus qu’à toutes et tous nous embarquer avec lui.