France – Suisse : « La première mi-temps ne me donne pas raison »… La faillite tactique des Bleus est-elle avant tout celle de DD ?

FOOTBALL En décidant de sortir un système en 3-4-3 aussi frileux qu’inopportun face à la Suisse, Didier Deschamps a commis sa première grosse boulette depuis qu’il est à la tête des Bleus

Aymeric Le Gall
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En 8es de finale face aux Suisse, Didier n'avait pas la clé (vous l'avez ?).
En 8es de finale face aux Suisse, Didier n'avait pas la clé (vous l'avez ?). — FRANCK FIFE / AFP
  • Organisée dans un système inédit en 3-4-3 au coup d’envoi, l’équipe de France a semblé totalement perdue lors de la première mi-temps face à la Suisse.
  • Cette organisation, censée apporter de la sécurité en défense, a finalement donné le résultat opposé.
  • Loué pour sa capacité à construire des équipes cohérentes et compactes, DD est pour une fois passé à côté de son sujet, même s’il n’a pas non plus été aidé par les blessures en cascade.

De notre envoyé spécial à Bucarest,

On est beaucoup trop abattu, pas assez énervé et, admettons-le, on n’est pas non plus double champion du monde, une première fois comme joueur, une seconde comme sélectionneur, pour oser se pointer devant Didier Deschamps et lui balancer un vilain « on te l’avait bien dit », après ce qui s’apparente tout de même à un véritable naufrage tactique en 8e de finale de l’Euro contre la Suisse. Son premier depuis qu’il est à la tête de l’équipe de France, en 2012, cela dit. Et pourtant, il n’y avait pas besoin d’avoir été biberonné à l’école Marcelo Lippi pour pressentir que ce système en 3-4-3 bricolé à la dernière minute, avec une charnière centrale renforcée par un Clément Lenglet vierge de toute minute de jeu depuis le début du rassemblement, allait droit dans le mur.

Celui-ci n’a d’ailleurs pas mis longtemps à s’ériger sous nos yeux, après que Pavard, sens dessus dessous depuis le début de la compétition, exception faite du premier match contre l’Allemagne, a laissé Zuber centrer le plus tranquillement du monde et que Lenglet s’est troué dans son (air) duel aérien avec Seferovic. Mais peut-on seulement en vouloir au Barcelonais, lui qui manquait logiquement de rythme et n’avait ni les cannes ni le mental pour être à la hauteur d’un 8e de finale de championnat d’Europe ? Poser la question ainsi c’est déjà y répondre. Non, évidemment que non.

DD admet sa responsabilité… du bout des lèvres

A Deschamps, en revanche… Alors bien sûr il y a les fameux « impondérables » – les blessures d’Hernandez et de Digne – qu’il s’est empressé de déplier en guise de parapluie en conférence de presse après la défaite. Mais n’aurait-il alors pas mieux valu sacrifier un joueur en le faisant jouer à un poste inédit d’arrière gauche, afin de maintenir une structure à quatre derrière que les joueurs maîtrisent bien mieux que ce système contre-nature, qui a rarement donné de bons résultats les rares fois où il a été testé ?

La performance d’Adrien Rabiot, qui n’est pas plus taillé pour le poste de piston – qui réclame de croquer la ligne de touche et de multiplier les débordements – que nous le sommes pour régler le conflit israélo-palestinien, en est la preuve criante. Ou alors, quitte à tenter le coup, autant aller au bout de son idée en mettant dès le départ un Kingsley Coman qui, s’il n’est certes pas un défenseur dans l’âme, a au moins le mérite de maîtriser le jeu sur les ailes. « La première mi-temps ne me donne pas raison, évidemment, a admis l’ancien coach marseillais tard dans la nuit de lundi à mardi. Aurait-on fait mieux en commençant différemment ? Peut-être ». On serait même tenté de dire « certainement ».

Placé à un poste de piston qu'il ne maîtrise absolument pas, Adrien Rabiot a été en grande difficulté face à la Nati.
Placé à un poste de piston qu'il ne maîtrise absolument pas, Adrien Rabiot a été en grande difficulté face à la Nati. - FRANCK FIFE / AFP

Au vrai, si l’on accepte de se poser calmement et de prendre un peu de hauteur, ce plantage tactique n’est finalement que la résultante d’un coaching qui s’est peu à peu perdu ces dernières années après le titre de Moscou. Que ce soit en amical, en Ligue des Nations ou lors des éliminatoires à la Coupe du monde, DD n’a cessé de tester de nouveaux dispositifs, comme autant de coups d’épée dans l’eau malheureusement.

A l’arrivée, compte tenu du contexte particulier de la saison à rallonge que viennent de vivre les joueurs et des blessures en cascade, c’est un Didier Deschamps passablement dépassé tactiquement qui s’est lancé dans l’aventure européenne, au point de ne plus être lisible ni par les supporters ou les médias (ça à la limite, passe encore) mais, et c’est plus problématique, pour ses propres joueurs également. Et, sans aller jusqu’à dire que le retour de Karim Benzema est la cause principale de ce globibulga tactique, force est d’admettre que cela a encore ajouté du flou dans l’image déjà bien pixélisée que le coach se faisait de son animation offensive.

Et maintenant, que vas-tu faire ?

Lundi, il fallait les voir agiter les bras dans tous les sens et se regarder, les yeux écarquillés, pour prendre la mesure du flou artistique qui régnait dans ce groupe. Qu’il est loin le temps du 4-2-3-1 de 2018, certes pas toujours folichon pour les pupilles mais diablement emmerdant pour les adversaires et qui, surtout, semblait donner une confiance incroyable aux joueurs. « Aujourd’hui on a failli collectivement », a volontiers lâché Moussa Sissoko, seul joueur tricolore à s’être présenté en visioconf après la débâcle helvétique.

De son côté, « la Dèche » a joué la carte classique que sort tout entraîneur habitué à la gagne quand il se prend les pieds dans le tapis : « Le foot, je sais bien comment ça marche. Quand on gagne, c’est la victoire des joueurs et c’est ma responsabilité quand cela se passe moins bien. Je l’assume. » On est moyennement d’accord avec lui sur ce point. Car si le succès de Moscou​ est celui de ses joueurs, il est aussi et surtout le sien et on ne s’est pas privé pour le rappeler à maintes reprises à l’époque. Reste désormais à savoir ce qu’il décidera de faire de cet échec dans les mois à venir, lui qui n’en a pas connu beaucoup depuis qu’il s’est assis sur le banc de Monaco en 2001. C’est peut-être ça qui va rendre cette année pré-Coupe du monde au Qatar des plus passionnantes à suivre. On se console comme on peut.