Coupe du monde 2018: Comment Didier Deschamps est arrivé là où il voulait avec cette équipe

FOOTBALL «Il y a deux ans il ne pouvait pas le faire, aujourd’hui oui»...

Nicolas Camus

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Didier Deschamps au milieu de ses joueurs lors de l'entraînement à la veille de la finale de la Coupe du monde France-Croatie, le 14 juillet 2018.
Didier Deschamps au milieu de ses joueurs lors de l'entraînement à la veille de la finale de la Coupe du monde France-Croatie, le 14 juillet 2018. — GABRIEL BOUYS / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

Lui sait ce que ça fait. Il connaît les jours d’avant et le réveil sûrement pas tout à fait comme les autres le matin. Il s’est déjà retrouvé là, dans le couloir du stade qui débouche sur le match le plus important d’une carrière. Didier Deschamps va connaître sa deuxième finale de Coupe du monde, dimanche, à Moscou. Une expérience inestimable pour sa jeune équipe de France, même si ce n’est pas la même chose d’aborder la situation en tant que joueur et en tant qu’entraîneur, comme il l’a rappelé en conférence de presse samedi.

« Il y a beaucoup de différences ! Ça prendrait trop de temps de les énumérer, a-t-il indiqué en souriant, avant de détailler un peu. Quand on est joueur, on est acteur. En tant que sélectionneur, on vit ça à travers les joueurs. Je suis là pour eux, mais ce match leur appartient. Ma réussite est liée à la leur. Quand on est joueur, on peut se dépenser physiquement, alors que sélectionneur, on est dans le domaine du mental et de la psychologie. Cette fatigue-là est plus usante que la fatigue physique, croyez-moi. »

Pas de soucis DD, on imagine assez bien. Si l’avancée dans la compétition l’a un peu usé, forcément, elle l’a également rendu plus serein, en tout cas vu de l’extérieur. Le match contre l’Argentine semble avoir marqué une rupture. On avait noté son émotion, inhabituelle, au moment de se présenter en conférence de presse à la fin de la rencontre. « Il a changé après ce match, la pression est redescendue, ça nous fait du bien à tous », indique Antoine Griezmann. DD connaissait évidemment « les règles du jeu », comme l’avait dit son adjoint Guy Stéphan quelques jours plus tard. Sous-entendu la fin de son parcours à la tête des Bleus, si jamais ça se passait mal.

« Les plans de jeu ont fonctionné à merveille »

Mais ce huitième de finale a été un succès. Plus que ça, même, il a véritablement lancé son équipe, plus sûre d’elle et de sa capacité à faire mal à l’adversaire après ça. « Il faut lui accorder tout le crédit, les plans de jeu ont fonctionné à merveille, salue Hugo Lloris. Il échange avec nous, les cadres, ensemble on essaye de trouver des solutions. Le talent parle, et les efforts, aussi. »

Les efforts, justement, sont la patte de cette équipe depuis la phase à élimination directe. Les joueurs ne manquent jamais de rappeler qu’ils se dépouillent pour le copain. Kylian Mbappé l’a compris, Paul Pogba aussi. Le milieu de terrain est rayonnant de simplicité depuis le début de la compétition. Il donne de la voix et tout ce qu’il a, dans son rôle de récupérateur aux côtés de Kanté. « Il faut faire des sacrifices pour gagner une Coupe du monde, disait-il cette semaine à Istra. Défendre n’est pas mon point fort, je ne suis pas NG [N’Golo Kanté], mais je le fais. Il faut passer par là, j’ai grandi sur ça. Les autres m’aident, le coach aussi. »

Voilà peut-être la principale réussite de Deschamps sur ce Mondial. Ça lui a pris du temps, et les Bleus sont passés par des périodes très compliquées ces derniers mois, mais grâce à l’attraction que constitue cette compétition et à l'âge pris par ses cadres, il est parvenu à une certaine cohésion. Ce qu'en disent Matuidi et Pogba est éloquent: 

  • Blaisou: « Il a su créer un groupe à son image, et ça c’est important. C’est important parce que c’est lui le patron. Il a fait de grandes choses en tant que joueur, maintenant en tant qu’entraîneur. Il a toujours eu cette rigueur, cette façon de faire qui fait qu’il est différent. Et il essaie de retranscrire ça sur ses joueurs. »
  • Paulo: «Le coach a une étoile, un truc que peu de coachs ont. Il a gagné un titre avec l’équipe de France, il a été capitaine, il sait parler aux joueurs. Il sait s’approcher des plus timides, il sait le message qu’il veut donner. Aujourd’hui, les joueurs ont grandi. Il nous a vus grandir, prendre en maturité, donc son coaching change. Il nous parle autrement, et c’est une bonne chose. Il a su quand le faire. Il y a deux ans il ne pouvait pas le faire, aujourd’hui oui».

« Il a fait des choix forts pour Lucas ou Pavard, par exemple, et ça a marché »

Deschamps semble avoir aujourd’hui une confiance absolue en son groupe. Peut-être plus que jamais. « Il y a eu des réunions tactiques progressivement installées pendant cette compétition. Rien n’est laissé au hasard. Le coach nous donne toutes les clés, à nous ensuite de les appliquer sur le terrain. » L’inverse est vrai également. « Le coach est respecté, résume Grizou. Il a fait des choix forts pour Lucas ou Pavard, par exemple, et ça a marché. »

Cette compréhension se voit dans l’identité de jeu qui s’est créée, on en a déjà parlé. Elle a permis aux Bleus d’en arriver là. Reste la dernière marche. La plus compliquée, évidemment. « Le coach sait par où passer, il connaît le chemin », glisse Griezmann. Ce sera quand même aux joueurs de s’y retrouver une fois dedans.