Coupe du monde 2018: Ce 8e de finale contre l'Argentine, un vrai tournant pour Didier Deschamps

FOOTBALL Le sélectionneur, qui peine à trouver la meilleure manière de faire jouer ses talents, joue gros samedi...

Nicolas Camus (avec C.C.)

— 

Didier Deschamps lors du match France-Danemark en Coupe du monde, le 26 juin 2018.
Didier Deschamps lors du match France-Danemark en Coupe du monde, le 26 juin 2018. — CHINE NOUVELLE/SIPA
  • La France affronte l'Argentine en 8e de finale de la Coupe du monde, samedi. 
  • En poste depuis six ans, Didier Deschamps semble toujours hésiter sur la meilleure manière de faire évoluer tous les talents dont il dispose.
  • Ce premier match couperet marque un vrai tournant pour lui.

De notre envoyé spécial à Istra,

Didier Deschamps comme on l’a toujours connu. Premier joueur à passer la barre des 100 sélections en équipe de France, le premier capitaine champion du monde va également monter plus haut que tous les autres en tant que sélectionneur. Samedi, face l’Argentine, il va fêter son 80e match à la tête des Bleus et dépasser Raymond Domenech. A l’échelle d’une équipe nationale, le chiffre est énorme et doit être salué. D’un autre côté, il lui donne aussi la responsabilité d’exploiter au maximum la génération de joueurs qu’il a sous la main.

Pour l’instant, ça fait six ans et 79 matchs que DD est là, et on ne saisit pas encore la ligne directrice des Bleus, dont les résultats dépendent beaucoup d’un éclair de Pogba, d’un coup de patte de Griezmann  ou de casque de Giroud. Il y a eu un quart de finale de Coupe du monde, une finale d’Euro à la maison, mais la campagne de qualification qui a suivi et le début de ce Mondial n’a pas montré de progrès dans le jeu, même si la fameuse « gagne » est là.

Aujourd’hui, la France possède des joueurs que le monde nous envie et réalise des matchs que personne ne veut voir. « Dire qu’il ne fait rien de tous ces joueurs, c’est dur, juge Francis Gillot, ancien coach de Lens et Bordeaux. Je pense surtout qu’avec Deschamps, il y a un problème d’écoute. Face à l'Australie, il dit on va presser et on joue sur les côtés… Il n’y a eu aucun pressing et Mbappé et Dembélé ont passé leur temps dans l’axe. L’entraîneur doit hausser le ton dans ces cas-là. »

« On sent qu’il cherche le bon système, les bons joueurs »

Le flou tactique n’aide pas. En voulant faire de la place pour les talents, ce qui est à mettre à son crédit, Deschamps a beaucoup tâtonné. Il a innové en préparation en installant un 4-4-2 losange, avant de revenir au 4-3-3 en ouverture puis au 4-2-3-1 de l’Euro ensuite. Qu’on s’y perde, nous, ce n’est pas un problème, mais ça en devient un quand ce sont les joueurs. « On sent qu’il cherche le bon système, les bons joueurs, reprend Gillot. Il n’y a pas de 11 type qui se dégage et c’est un vrai problème pour un entraîneur. »

Souvent interrogés sur le sujet, les joueurs commencent à s’agacer. DD, lui, y répond toujours de la même manière. Et en levant les yeux au ciel pour nous faire comprendre qu’il n’y a que nous que ça intéresse. « Ah, le projet de jeu… je ne sais pas les impressions que vous avez, mais je construis mon équipe pour qu’elle ait le ballon, qu’elle aille de l’avant et créé des problèmes à l’adversaire, explique-t-il. C’est l’idée de base. Mais on est souvent plus performants sur attaques rapides. »

Dans ce grand débat sur le « style » Deschamps, le sélectionneur a reçu un soutien de poids avant la compétition. Pour Xavi, emblème du jeu à la barcelonaise, le reproche de l’absence d’identité ne tient pas.

« C’est faux, Deschamps a un style. Simplement, lui ou Simeone sont d’une autre école que Löw, Lopetegui ou Guardiola, a expliqué l’Espagnol au JDD. C’est peut-être lié à leur passé de milieux très défensifs. Deschamps n’a pas changé d’idée en devenant coach : solidité défensive et contre-attaque. Il s’en fiche d’être dominé car il accorde plus d’importance à son organisation défensive qu’offensive. Son équipe n’en est pas moins compétitive. »

Ce qui ressort de tout ça ? En résumé, on veut avoir le ballon mais on est plus dangereux quand on ne l’a pas. Si on voulait forcer le trait, on dirait que la France a réussi l’exploit de sembler moins sûre de son jeu à la sortie des poules qu’en arrivant en Russie, alors qu’elle a terminé première sans perdre un match. « Sincèrement, pas du tout, répond Mandanda. Il faut dissocier les deux. C’est sûr que c’est toujours mieux quand on domine et qu’on joue bien, mais on est là, en course. On sait qu’il faudra faire mieux si on veut aller au bout, mais la confiance est présente au sein du groupe. »

Impossible d’aller à l’encontre de ce discours servi par tous les joueurs. Les résultats bruts parlent pour eux, et pour Deschamps. L’élimination de l’Allemagne aussi. En tout cas, on a comme l’impression que ce 8e de finale contre les Argentins arrive à point nommé pour savoir vraiment où on en est. Si ça ne passe pas, tout ça prendra une autre dimension, le peuple demandera le bûcher pour celui qui n’a pas su trouver la bonne formule et scandera le nom de Zidane. Alors, stressé, DD ? « Non, coupe Umtiti. Je le trouve comme au début de la compétition, détendu. Il a confiance en nous, et en lui aussi. »