Coupe du monde 2018: «Inconsciemment des choses se passent», l'Allemagne a été victime de la malédiction des tenants du titre

FOOTBALL L'élimination du tenant du titre dès le premier tour est loin d'être un cas unique dans l'histoire du Mondial...

Francois Launay

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Eliminée du Mondial dès le premier tour, l'Allemagne n'en revient pas
Eliminée du Mondial dès le premier tour, l'Allemagne n'en revient pas — SAEED KHAN / AFP
  • Le champion du monde allemand imite la France de 2002, l'Italie de 2010 et l'Espagne de 2014.
  • La malédiction des tenants du titre a plusieurs explications.
  • Suffisance, nouveau statut, premier match raté, beaucoup de facteurs sont similaires au fil des tournois.

Personne ne pensait que ça pouvait leur arriver. Et pourtant le ciel a fini par leur tomber sur la tête. Jamais éliminée du premier tour d’un Mondial, l’’Allemagne est tombée de très haut mercredi soir. Battus à la surprise générale par la Corée du Sud (0-2), les tenants du titre quittent la Russie dès la phase de poules.

Une immense sensation pour une équipe qui avait figuré au minimum dans le dernier carré d’un Mondial depuis 2002. « C’est la plus grosse humiliation de l’histoire du foot allemand. Nous sommes responsables, nous les joueurs. Il faudra trouver des explications » s’est lamenté Manuel Neuer, gardien et capitaine de la Mannschaft.

Classée parmi les grands favoris de la compétition, l’Allemagne n’a pas réussi à faire mentir la malédiction qui s’est abattue sur quatre des cinq derniers champions du monde. Comme la France en 2002, l’Italie en 2010 et l’Espagne en 2014, la Mannschaft doit rendre son trophée beaucoup plus vite que prévu. Tout sauf un hasard selon René Girard. Entraîneur adjoint des Bleus lors du Mondial 2002, il pointe du doigt une certaine suffisance inévitable quand on doit venir défendre son titre.

Une suffisance inévitable

« Est-ce que les gens changent ? Est-ce que les gens ont une autre approche de la compétition quand ils ont gagné un Mondial ? La première fois, vous avez les crocs, vous ne vous dispersez pas. Vous n’avez rien gagné et vous avez peut-être un peu plus faim. La deuxième fois, je ne dirais pas qu’on part avec le titre en poche mais peut-être qu’inconsciemment il y a des choses qui se passent. Il y a plus de sollicitations médiatiques, publicitaires. On pense que c’est un dû et que ça va revenir mais non », constate l’ancien entraîneur de Montpellier.

Une analyse que partage Marcel Desailly, capitaine des Bleus lors de cette même coupe du monde. « C’est très difficile de se remettre dans le bain notamment dans la tête quand on est champions du monde quatre ans plus tôt », a déclaré l’ancien défenseur sur BeIn Sports.

Un statut qui surmotive les adversaires

Pourtant, Joachim Low, le sélectionneur allemand, avait essayé de lutter contre cet endormissement. En ne gardant que dix champions du monde sur les 23 de sa liste de joueurs partis en Russie, le technicien avait procédé à un gros renouvellement d’effectif. Mais les cadres étaient restés les mêmes. « Nous avions dit avant le tournoi que les champions du monde devaient guider le groupe. Ce n’est pas facile, mais nous avons accepté cette tâche », explique Sami Khedira, le milieu de terrain allemand.

Et puis, en changeant de statut en 2014, l’Allemagne a forcément surmotivé ses adversaires. « Quand on n’est pas champion du monde, on peut surprendre plein d’équipes. Mais une fois qu’on l’a été, on ne surprend plus. Il y a l’étoile et les petites équipes en face savent qu’elles n’iront pas très loin dans le tournoi. Alors accrocher l’Allemagne sur un match, c’est presque gagner la coupe du monde pour elles », constate René Girard.

« Tout le monde nous attendait le couteau entre les dents. On n’a pas réussi à mettre notre jeu en place », a d’ailleurs reconnu Joachim Low, le sélectionneur allemand, à l’issue de l’élimination.

L’importance du premier match

Comme les précédents tenants du titre, l’Allemagne s’est pris les pieds dans le tapis d’entrée. Le Mexique (0-1) fait furieusement penser au Sénégal de 2002 pour la France (0-1), au Paraguay (1-1) pour l’Italie de 2010 et à la raclée (5-1) reçue par l’Espagne en 2014 face aux Pays-Bas.

« On aborde la compétition un peu plus détachés. On pense que c’est arrivé une fois et que logiquement ça doit arriver une seconde fois. Du coup, on met plus de temps à se mettre en route. Et on s’aperçoit que le premier match peut mettre pas mal d’embrouilles. Quand vous vous loupez d’entrée, ça amène pas mal de soucis », assure René Girard.

Si les raisons diffèrent, les tenants du titre éliminés d’entrée ont beaucoup de points communs. D’ailleurs, après ces différents fiascos, tous les sélectionneurs en poste ont dû rendre leur tablier. Même s’il vient de prolonger son contrat jusqu’en 2022, Joachim Low devrait se méfier d’une autre malédiction…

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