Coupe du monde 2018: Sommes-nous trop condescendants avec la Belgique, une fois?

FOOTBALL 20 Minutes pose les questions qui fâchent avant la demi-finale contre le voisin bien-aimé…

J.L avec A.H

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Eden Hazard en discussion avec Roberto Martinez, l'entraîneur de la Belgique.
Eden Hazard en discussion avec Roberto Martinez, l'entraîneur de la Belgique. — FRANCK FIFE / AFP

De notre envoyé spécial en Russie,

Voilà un sujet qui est né d’un débat animé (mais courtois) avec notre vénérable chef des sports, qui n’est pas surnommé pour rien le « Beria de la rue du Cotentin », Paris XVe. Bref, on causait d’un angle sur l’inspiration qu’a pu représenter l’épopée de France 98 pour la génération dorée de la Belgique, à la lumière de deux éléments majeurs : une photo des frangins Hazard avec un maillot de Zizou sur les épaules en 98, et une interview d’Eden Hazard accordée à Bein Sports dans les heures précédentes :

Il y avait que ce maillot sur le marché. Il n'y avait pas celui de la Belgique. En tant que supporters de foot, on a toujours été plus du côté de la France que de la Belgique. Je suis né en 91 et Thorgan en 93. Cinq ans après, il y avait la Coupe du Monde en France. On a grandi avec 98. Je ne vais pas dénigrer la Belgique, il y avait de bons joueurs mais c'était moins bon que l'équipe de France. Bien évidemment on a toujours été Belge, mais aussi supporter de l'équipe de France. »

La conversation qui s’en suit, un peu romancée

  • Le Beria du Cotentin >> « Tu vois coco, il y a sujet là ? Les mecs, on leur a tout appris. »
  • Le suiveur obéissant mais néanmoins indépendant >> « Mouais enfin à part Eden, pas sûr que tous les mecs se lèvent le matin en se prosternant devant un buste en or de Zidane. »
  • Le BDC >> « Nan mais t’es surplace, c’est toi qui vois, je te fais confiance. »
  • Le SOMNI >> « Ben je crois surtout que c’est de la condescendance de croire que la France les a inspirés. »
  • Le BDC >> « Banco pepito. On tient un truc coco, fonce. »

 

Fonçons, donc. C’est vrai qu’il y a un truc, quand même, dans cette façon qu’on a de vouloir tout ramener à nous quand on parle de la Belgique. Prenez Thierry Henry. Le gars est seulement troisième entraîneur dans la hiérarchie du staff, et depuis trois jours on fait comme si c’est lui qui avait les codes de la mallette nucléaire. Il a sûrement contribué à la progression de Lukaku, mais à ce qu’on sache, ce n’est pas lui qui téléguidait les dribbles d’Hazard en quarts de finale en tirant sur des fils invisibles depuis le banc de touche.

Il était temps de se livrer à cette introspection douloureuse : à quel point les Français que nous sommes sont-ils imbus d’eux-mêmes et de ce complexe de supériorité vis-à-vis du voisin belge, qui après tout n’était qu’une province parmi d’autre de la France avec un grand F il y a de ça à peine 200 ans [tenez, par exemple, cette phrase était condescendante. C’était pour voir si vous suiviez].

«Lloris meilleur que Courtois, ça nous fait hurler de rire»

On interroge un journaliste wallon du journal Le Soir, qui essaie de nous épargner sans trop y arriver : « Condescendant, bon c’est un mot fort. Mais c’est sûr qu’on a vu passer les déclarations des joueurs de l’équipe de France. Quand Hernandez dit "Contre nous, Messi on l’a pas vu, alors il n’y a pas de raison qu’on voit Hazard", on se dit qu’ils nous prennent de haut. Quand Giroud dit que Lloris est meilleur que Courtois, pareil, ça nous fait hurler de rire. »

POPOPO ATTAQUE DE CONDESCENDANCE sur les routes de la Coupe du monde. Bien sûr que Lloris est meilleur que Courtois. Et arrête de comparer Hazard à Messi, stp, tu fous la honte. STOP. On se raisonne. Dommage qu’on l’ait passé à la baignoire avant d’entendre Lloris sortir le lustrage XXL : « L'équipe belge est la plus complète du tournoi. Elle sait bien défendre, elle sait bien attaquer. Elle sait tout faire. Il faudra de la réussite pour les abattre. Il y aura des moments difficiles, on sera prêts à souffrir. »

CA VA ON EST ASSEZ HUMBLES LA LES MANGEURS DE FRITES ???? Arf, le syndrome Gilles de la Tourette qui nous retombe dessus. Désolé. On essaie de reprendre nos esprits en allant picorer chez les Flamands. Jamais décevant les Flamands : « L’autre fois, je regardais le match des Bleus contre l’Argentine, bon ben moi j’étais pour la France, parce que j’aime bien cette équipe. Mais le collègue wallon à côté, jamais de la vie. Il était à fond pour les Argentins. Ça lui aurait fait plaisir de voir la France perdre. Nous, c’est pas du tout comme ça avec les Pays-Bas. On a un envoyé spécial sur tous leurs matchs, c’est un peu notre 2e équipe nationale, qu’on encourage autant que la Belgique. »

La voilà la solution. En fait, les types sont jaloux, c’est eux le problème, c’est pas nous. Lisez Jean-Michel De Waele, professeur de sciences politiques à l’université libre de Bruxelles, à l’AFP : « Le Belge francophone c’est un peu l’amoureux transi, il adore la France, c’est son pays préféré pour les vacances, il suit l’élection présidentielle avec plus de passion que le Français lui-même… Et il aimerait bien que la belle République veuille bien avoir un regard un peu moins condescendant vis-à-vis du petit Belge, ça c’est sûr. »  En fait non, c’est du 50/50, quoi.

Pour trancher, on lance sur le sujet Alex Vizorek, l’un des nombreux humoristes wallons à avoir infiltré les studios de France Inter, qui prépare d’ailleurs une soirée spéciale France-Belgique mardi, sur laquelle vous pourrez réagir sur les réseaux sociaux en pendant au hashtag #avecnosimpôts.

Alex, dis-voir, est-ce qu’on vous prend vraiment pour des provinciaux mal dégrossis ?

« Globalement, le Français va être condescendant avec n’importe qui. Mais J’ai senti, il y a une dizaine d’années, que les Français se posaient des questions : "On est si formidable, mais tout ne tourne pas si bien que ça". Du coup, vous vous êtes tournés vers les autres, dont la Belgique, et ça m’a permis, notamment, de venir travailler ici. Des filles m’ont même dit qu’il y a quinze ans, elles ne seraient pas sorties avec un Belge, parce que c’était la honte. Un travail a quand même été réalisé, grâce notamment à Geluck et Poelvoorde ».

Est-ce qu’on se tient correctement à propos du match ?

« A une époque, la condescendance des Français sur les Belges se répercutait dans le foot. Mais, là, en ce moment, pas trop. Je pense qu’il n’y a pas de favori pour cette demi-finale et c’est drôlement sympa. Les Français savent très bien qu’on a une bonne équipe et on va se défier à armes égales, même si on est un pays de 11 millions d’habitants et que vous êtes 66 millions. »

Du coup, le problème,  c’est pas plutôt votre foutu complexe d’infériorité ?

« Les Flamands ont un vrai business, indépendant des Pays-Bas. Alors que les Wallons, on se sent obligés de venir en France. Entre Pays-Bas et Flamands, c’est une relation de frères ennemis alors que Wallons et Français, c’est une relation de petits frères à grand-frères. Ils ont moins ce complexe d’infériorité que nous par rapport à la France. On l’aura toujours, surtout parce que vous continuez à vous croire supérieurs, et parce qu’on est un petit pays. »

En vrai, vous n’avez aucune chance de nous battre, vous êtes au courant ?

«J ’aime bien dire qu’on est le petit frère à côté du grand frère, mais ça n’empêche pas qu’on veuille vous battre à chaque fois. Même quand on avait une équipe de merde, on ne pensait qu’à vous battre. En 2002, le dernier match que vous faites avant le Mondial, on vient gagner chez vous au Stade de France grâce à une frappe de Glen de Boeck. C’était improbable. Peu importe le sport, ce qu’on préfère, c’est vous battre. »