Coupe du monde 2018: Du PSG des sélections à l’exploit contre le Brésil, pourquoi la Belgique a toujours cru en  son destin

FOOTBALL Longtemps considérée comme une promesse jamais tenue, l’équipe belge est persuadée depuis le début de la compétition qu’elle peut devenir championne du monde…

Julien Laloye

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Eden Hazard célèbre la qualification contre le Brésil, le 6 juillet 2018.
Eden Hazard célèbre la qualification contre le Brésil, le 6 juillet 2018. — Jewel SAMAD / AFP

De notre envoyé spécial à Moscou,

La comparaison sonne comme une répétition douloureuse, mais elle nous est apparue avec trop d’évidence pour la passer sous silence. Il y a dans cette Belgique une forme de destin en marche qui nous rappelle, par beaucoup d’aspects, l’oracle inéluctable répété comme un mantra par le groupe portugais à l’Euro 2016, persuadé d’être couronné champion d’Europe à Paris. On parle en connaissance de cause : les Diables ont choisi le camp de base de Gushkovo, dont la proximité avec notre propre pied-à-terre moscovite et le goût délicieux des brownies gratuits réservés au suiveur gourmand, nous a depuis longtemps convaincu d’en faire une sorte de résidence secondaire les jours de désœuvrement.

Une génération à son apogée

On a donc pu observer la faune de près à plusieurs reprises. Une ambition en conquête. Un truc palpable dans l’atmosphère, des adultes qui assument un objectif couillu : montrer au monde entier que la Belgique est la meilleure équipe du monde. Pas dans deux ans ou dans deux mois. Non, ici et maintenant, en Russie. On se souvient d’un parallèle intéressant dressé à l’intention du Parisien Thomas Meunier après le Panama.

Et si la Belgique était le PSG des sélections nationales ? Des grands joueurs, un énorme potentiel, mais ce foutu mur des quarts de finale comme on tombe de la falaise au moment où il ne faut plus avoir le vertige. Rien contre Paris en tant que tel. Juste que les Belges tiennent la meilleure génération de leur histoire, Hazard, Mertens, Kompany, Lukaku, De Bruyne, des gars qui jouent ensemble depuis quinze piges. Une génération d’expatriés au sommet de son art qui a conquis les plus grands clubs européens. Dit autrement, un miracle spatio-temporel qui ne se reproduit qu’une fois par millénaire. Réponse de Meunier

« Le fait que le PSG n’ait pas encore franchi les quarts, c’est une question d’expérience et de maturité. L’équipe nationale belge, c’est un groupe présent depuis des années, très talentueux, arrivé à son apogée. Cette compétition et la prochaine seront primordiales, parce qu’après il va falloir un renouvellement, il y a des joueurs qui vont devoir partir. Le fait qu’on n’ait pas encore passé les quarts de finale, ça va devoir se faire à cette Coupe du monde. La pression est encore plus présente qu’au PSG, je pense. Il va falloir franchir le palier et prouver au monde entier que la Belgique a vraiment un groupe incontestable ».

Le Brésil était encore loin, le discours était déjà là. Et le groupe imperméable à l’environnement extérieur. Un mois que les joueurs vivent en vase clos, et la Belgique a traversé les polémiques comme les défenses adverses. Trois cas d’école parmi d’autres :

Le cas Kompany ?

Le défenseur vétéran de City est un joueur à mi-temps depuis deux ou trois ans déjà. Un chiffre qu’on avait vu passer avant les phases finales. Depuis 2014, Kompany a disputé à peine une quinzaine de matchs sur les 60 de la sélection. Dans n’importe quel pays, on lui aurait préparé un gâteau d’adieu depuis longtemps. Merci pour tout Vincent, mais maintenant, il faut partir. En Belgique, pas du tout. Kompany a beau raté les trois premiers matchs à cause d’une énième indisponibilité, il revient comme si de rien n’était dans le onze de départ. « S’il n’est pas blessé, Kompany est le premier nom sur la feuille de Martinez, nous confiait un suiveur averti. Et le groupe est d’accord avec ça ».

Vincent Kompany, le 6 juillet 2018 face au Brésil.
Vincent Kompany, le 6 juillet 2018 face au Brésil. - Luis Acosta / AFP

Les états d’âme de Mignolet ?

Le remplaçant de Courtois n’a pas apprécié de ne pas jouer le match des coiffeurs contre les Anglais. Il l’a dit haut et fort dans la presse, mais Martinez n’a pas laissé le temps au malaise de s’installer. « Simon est un joueur magnifique, très professionnel, sur lequel nous comptons beaucoup. Mais Dans un tournoi majeur, le physique ne rentre pas en compte pour les gardiens. J’ai laissé Courtois pour qu’il puisse garder sa cage inviolée contre la meilleure équipe du monde sur coup de pied arrêté ». A la niche Mignolet. Et Courtois injouable contre les Brésiliens.

Le fait de faire tourner contre les Anglais au risque de perdre la dynamique ?

Toujours la même histoire quand une équipe arrive ce point de maîtrise de ce qu’elle veut faire. Pourquoi tout changer au risque d’enrayer l’alchimie collective, le saint graal après duquel courent tous les entraîneurs de la planète ? Parce qu’il faut faire vivre le groupe et qu’on n’est pas à l’abri d’avoir besoin de renfort à un moment, répond Martinez : « J’ai pensé qu’il y avait besoin de tester tous les joueurs pour voir les options qui sont les nôtres, pour voir si on pouvait gagner un match sans l’influence des leaders ». Deux matchs plus loin : Fallaini et Chadli, au fond de la cale en poule, ont permis de renverser le Japon et de contenir le Brésil.

Une équipe qui assume son identité

Une ligne directrice très différente de la France, où l’on découvre un wanna be Lionel Messi dès qu’on part à la pêche aux moules, ce qui oblige le sélectionneur en place à faire de la place illico. Un point commun quand même : la Belgique et la France sont peut-être les deux seules équipes du mondial à avoir pensé leur compétition comme une montée en gamme progressive. A chaque match son histoire et sa façon de l’aborder, sans se voiler la face : le plus dur est toujours le suivant. Ainsi, le Monégasque Tielemans après la Tunisie.

« Il y a une attente du monde extérieur, mais on a aussi des attentes personnelles en tant que groupe. On a nos objectifs, on veut aller le plus loin possible, mais ça passera par des moments plus difficiles qu’aujourd’hui. On savait que la Tunisie conviendrait à notre style. On doit évoluer dans le tournoi et monter en puissance au fur et à mesure ».

Le moment difficile, justement. Deux buts de retard contre le Japon à une demi-heure de la fin en 8e de finale, et la sensation que tout s’échappe après le poteau d’Hazard. Une épreuve de caractère réussie : les Diables continuent à attaquer à huit et finissent par retourner la table sur un dernier contre en vitesse mur du son. Cette équipe a de la moelle et elle ne transige pas avec ses principes de jeu dans quand tout semble lui filer entre les doigts, la preuve d’une certaine maturité. Le guide Vincent Kompany, en préambule du choc contre le Brésil.

« Le plus gros regret, ce serait un match stérile où on perd 1-0, comme contre l’Argentine en 2014. On a l’impression qu’on avait loupé le moment collectivement. Il n’y a pas de honte à ne pas battre une grosse équipe, mais il faut être vaincu en respectant notre façon de jouer. Dans mon monde idéal, il faut qu’on soit capable de passer un cap et de battre le Brésil en assumant notre jeu ».

Le monde idéal ressemble drôlement au monde réel depuis vendredi. La Belgique a escaladé son Everest en troquant le 3-4-3 PES contre un 4-3-3 virevoltant avec De Bruyne qui passe de milieu défensif à faux numéro neuf. Ce n’était que les quarts ; et les Diables ont seulement réussi à égaler la meilleure performance de l’histoire de leur pays en Coupe du monde ? Ce n’était que les quarts mais c’était le Brésil, et la suite est un rêve partagé publiquement par tout le groupe depuis le début.

Roberto Martinez, l’architecte de la merveille : « Il y a beaucoup de choses qui me rendent fier dans ce match. Notamment la confiance des joueurs. Dans le tunnel avant le coup d’envoi, j’ai vu dans leurs yeux qu’ils avaient conscience qu’ils pouvaient le faire. J’espère que tout le monde en Belgique réalise à quel point cette génération est si spéciale ». La France n’étant pas bien loin, elle devrait aussi être au courant, maintenant.