Coupe du monde 2018: C’est nous ou les Bleus ne savent pas vraiment comment ils jouent devant?

FOOTBALL Deschamps a tout changé lors de la préparation... 

Nicolas Camus

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Réunion tactique au sommet entre Mbappé, DD et Girezmann.
Réunion tactique au sommet entre Mbappé, DD et Girezmann. — FRANCK FIFE / AFP / Montage
  • L'équipe de France dispute son premier match dans cette Coupe du monde ce samedi contre l'Australie.
  • Le trio Griezmann-Mbappé-Dembélé devrait être titularisé en attaque.
  • Deschamps a en effet changé ses plans depuis le début de la préparation, ce qui n'est pas sans poser de questions. 

De notre envoyé spécial à Kazan,

On ne sait pas vous, mais nous on est un peu perdus. Jusqu’à il y a encore un mois, les choses étaient plutôt simples avec l’équipe de France. Sur le plan tactique, on entend. Didier Deschamps avait trouvé la formule magique pendant l’Euro, avec un 4-4-2 qui mettait en valeur le duo Griezmann-Giroud devant. Avec ça, on avait renversé l’Allemagne pour la première fois depuis 1958 en grande compétition, ma bonne dame. Bon, DD revenait au 4-3-3 à l’occasion, par exemple à l’extérieur en période d’alerte orange « prenage de bouillon ». Ça avait bien fonctionné en Bulgarie ou en Allemagne, l’automne dernier.

Oui mais voilà, la préparation à la Coupe du monde a balayé tout ça. Deschamps a surpris son monde lors du premier match contre l’Irlande, en mettant un 10 (Fékir) derrière deux attaquants, l’un en fixation (Giroud), l’autre avec une totale liberté (Mbappé). Même schéma mais pas mêmes profils contre l’Italie, avec papa Griezmann combinant avec les deux fusées Mbappé et Dembélé. Pour finir, encore une autre combinaison face aux Etats-Unis, avec le trio Mbappé-Griezmann-Giroud, qu’on imaginait prioritaire dans la tête de DD.

Sauf que ça n’a pas fonctionné ce soir-là à Lyon. Les Bleus n’ont commencé à jouer au foot qu’après la sortie de Giroud. La morale de tout ça ? DD a décidé de jouer en losange - même s’il rejette cette définition. C’est séduisant, mais les Bleus ne semblent pas avoir terminé la période de tests. Gênant, alors que la Coupe du monde commence. On pensait bêtement qu’on arriverait le jour J avec des certitudes, un système installé et des hommes qui le maîtrisent. On a dû se tromper…

« Je n’ai aucune certitude, je n’aime pas ce mot-là. Mais j’ai des convictions, justifie le sélectionneur. Je suis toujours attentif, je m’adapte, sans tout balayer non plus. J’ai des animations qui peuvent être différentes parce que j’ai des profils différents, mais l’idée de base est d’avoir le ballon et créer des problèmes à l’adversaire. »

Pour ça, il semble finalement privilégier le trio Griezmann-Mbappé-Dembélé. Plus complémentaire ? Sûrement. Olivier Giroud n’a pas les mêmes qualités, c’est d’ailleurs pour ça qu’il est là, mais si ses partenaires ne veulent pas se donner la peine de lui faire des passes, il ne sert pas à grand-chose. L’homme qui marchait sur les traces de Trezeguet au classement des buteurs, onze pions depuis l’Euro, est parti pour être le grand perdant du bouzin. Au dernier moment.

« Si le coach fait ces changements, c’est qu’il juge que ça va apporter à l’équipe, dit Kylian Mbappé, interrogé sur ce revirement. Moi, je joue où on me met et je suis content. » Tant que c’est sur le terrain. Au-delà des joueurs choisis, le qui-fait-quoi n’est pas limpide non plus. Plusieurs problèmes sautent aux yeux : il y a souvent embouteillage dans l’axe, Griezmann est plus loin de là où il est le meilleur - la surface -, et le repli défensif moyennement assidu expose le milieu et les latéraux.

Voyons ce qu’en disent les premiers concernés :

  • Grizou : « Moi, dans l’axe, c’est vraiment où je suis meilleur mais je peux jouer aussi à gauche, à droite. Je peux descendre quand je touche pas trop de ballon, mais être proche de la surface dans les moments clé. Peu importe où je suis. L’important, c’est d’essayer de pas se marcher sur les pieds avec les deux autres. Je dois trouver ma place entre eux. Je suis sûr qu’on va s’améliorer ».
  • Mbappé : « Qui fait quoi ? Ça dépend de l’animation. Le coach nous laisse une certaine liberté, nous permet de nous balader. Mais il nous dit de garder de la rigueur, pour l’équilibre collectif. A moi, il me demande d’être mobile. Je ne dois jamais être trop loin des deux autres, pour pouvoir combiner, sinon il n’y a aucun intérêt à ce système ».

On est donc condamnés à attendre de voir comment tout ça va se goupiller. Les joueurs eux-mêmes n’en savent pas plus. « On doit encore progresser, reconnaît Mbappé. Mais il n’y a pas beaucoup d’équipes qui ont de meilleurs attaquants que nous. » C’est vrai, mais ça ne vaut pas grand-chose là comme ça. Il va falloir le prouver. Face à l’Australie, le talent fera sûrement la différence. Et quand ça va se corser ? Les trois matchs de poule peuvent aussi suffire à prendre des repères suffisants pour voir venir. De toute façon, on n’a pas d’autre choix que de l’espérer très fort.