Coupe du monde 2018: Talent, collectif, leaders... La France 2018 est-elle meilleure que celle de 98?

FOOTBALL « C'était mieux avant » versus « La jeunesse au pouvoir » ....

Jean-Loup Delmas

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On y croit ?
On y croit ? — Jean-Kévin Paint
  • Samedi, les Bleus de Deschamps démarrent leur Mondial face à l'Australie.
  • Avant que tout commence, on a essayé de comparer cette génération avec leurs glorieux aînés de 98.

La comparaison est inévitable pour les vingt ans du titre… France 2018 vs France 1998, le débat nous anime à quelques heures seulement du premier match des Bleus. Alors que la génération actuelle est probablement l’une des meilleures en terme de potentiel de toute l’histoire du football français, ils vont devoir s’habituer à la comparaison avec leurs glorieux (et titrés) aînés. Parce qu’on croit en leur capacité à les égaler.

Les minots d’aujourd’hui ont même de quoi se défendre. On a établi cinq critères, la défense, l’expérience, le leadership, le talent et le collectif. En faisant nos propres analyses puis en demandant l’avis du vrai roi du football tricolore, Alain Giresse. Ni 98, ni 2018, ce champion des 80’s nous a bien éclairés.

Défense

Notre opinion : On est contre les « c’était mieux avant », mais bon, Thuram-Blanc-Desailly-Lizarazu, ça rend quand même sacrément nostalgique. France 1998, c’est une assise défensive de folie, seulement deux buts encaissés durant toute la Coupe du monde -  un record co-détenu avec l’Espagne 2010. Et en plus, ils marquaient les bougres : bah oui, à part le doublé de Zizou en finale, tous les buts en phase éliminatoire sont marqués par des joueurs à vocation défensive. A côté de ça, la version 2018 a quand même moins la gueule d’une muraille infranchissable. Et ce n’est pas la collection des genoux en carton même pas totalement remis d’Umtiti, Sidibé et Mendy qui vont franchement nous rassurer. Pour Laurent Blanc, les Bleus actuels ne doivent de toute façon pas prendre cette voie : « Cela ne sert à rien de sans cesse leur rappeler notre assise défensive. En 98, on a construit notre victoire sur notre défense, mais c’est pas la seule façon de gagner. S’ils se prennent deux buts par match, mais qu’ils en marquent trois, on sera tous heureux aussi. » Lolo White, autant on était sceptique sur ton 3-5-2, autant là on pense que tu vises juste. La victoire de la France 2018 sera offensive, ou ne sera pas.

L’analyse de Giresse : « La France actuelle présente moins de solidité défensive, moins de densité surtout, et a un côté beaucoup moins hermétique, c’est une certitude. »

Le score : 1-0 pour France 98
 

Expérience

Notre opinion : La France, avec son équipe qui sort à peine de la maternelle (même pas 26 ans de moyenne d’âge, la plus jeune du Mondial), se questionne. Deschamps ferait-il mieux d’avoir le BAFA plutôt qu’un 4-3-3 pour mener cette marmaille au sommet ? Avec seulement 24 sélections par joueur en moyenne, dont onze joueurs à moins de dix sélections, c’est la panique générale. Sauf que la France 98, c’était pas des papys avec 100 sélections derrière eux hein, au moment de se lancer dans la Coupe du monde. 26 ans et trois mois de moyenne d’âge pour la troupe d’Aimé Jacquet, et surtout seulement 19 sélections par joueur. Vous pensiez que c’était plus, hein ? Nous aussi, on avoue. Match (presque) nul donc. Et si quelques années en arrière, on aurait pu rétorquer que les Bleus 98 jouaient dans des top clubs par rapport à leurs successeurs, l’équipe de 2018 est la première qui tient la comparaison : Barcelone, Madrid, Manchester United, Paris, Bayern Munich… Y a pire.

L’analyse de Giresse : « La vraie différence, c’est l’Euro 96 par rapport à l’Euro 2016. Là où 96 avait posé quasiment tous les cadres et les bases de la victoire en 98, on a l’impression aujourd’hui que l’équipe commence un nouveau cycle, avec Mbappé, Dembélé, Tolisso, les latéraux… Donc 98 avait plus d’expérience. »

Le score : 2-0 pour France 98

 

Leadership

Notre opinion : Ok ils sont gentils nos marmots, la jeunesse au pouvoir, sous les pavés le bas âge, mais ça manque pas un peu de leaders tout ça ? Surtout quand on pense à 98, où Desailly était l’un des patrons du Milan AC, Zidane le joyau de la Juventus, Blanc le pilier de Marseille, sans parler du big boss, DD la gagne… Certes, Umtiti joue à Barcelone, mais c’est Piqué le patron de la défense catalane. Idem pour Varane et Ramos. Seul Grizou semble être le meilleur joueur de son club. Il manque à cette équipe un ou deux aboyeurs, tout le monde en fait le constat. Des patrons se sont tout de même révélés, estime Barthez : « Des leaders, la France en a. Varane ou Griezmann, ce sont des tauliers. Et Lloris, c’est mon chouchou. »

Pareil pour Zidane : «  Varane, je l’ai entraîné, c’est déjà un patron en défense. Le leader technique, c’est Mbappé, même s’il est encore jeune et qu’il faut le laisser un peu tranquille. » Seul Robert Pirès est moins optimiste : « Je pense que la France a encore une absence de vrai leader, c’est ce qui pourrait leur manquer à un moment… Mais c’est dans ce genre de compétition qu’ils doivent se révéler. » Du coup, on dirait avantage France 98 pour le moment, mais on attend de voir cette Coupe du monde pour être certain.

L’analyse de Giresse : « Pour moi, c’est le point où l’écart est le plus large entre les deux sélections. En termes de caractère et d’état d’esprit, je ne vois pas de leader moral. En 1998, on avait que ça : Desailly, Blanc, Deschamps… On peut espérer qu’un Mbappé s’impose comme un leader technique, comme Griezmann l’a fait en 2016 ou Zidane en 1998, je ne pense pas qu’un leader moral puisse émerger dans une Coupe du monde, il doit l’être avant. »

Le score : Et 1, et 2, et 3-0 pour France 98 (on était obligés de la faire, désolé)

 

Talent

Notre opinion : Aussi doués que soient les Français en 98, niveau de folie pure, on a quand même un coup de cœur pour l’incroyable équipe actuelle. Mbappé, Dembelé, Grizou, Lemar, Pogba… En termes de potentiel, ça se pose là. L’équipe de France n’a peut-être jamais aggloméré autant d’individualités.

Les vétérans de 98 ne disent pas le contraire. « On a un potentiel offensif de folie. Cela manque encore un peu d’expérience, mais le talent est là », juge Blanc. « Offensivement, ils sont incroyables », dit un certain Zizou, qu’on a tendance à croire quand il parle de ça. Bref, cette année, on a de quoi faire en la matière.

L’analyse de Giresse : « On a tendance à sous-estimer le talent en 1998, avec notamment des Djorkaeff qui était génial techniquement. On pourrait faire un comparatif des titulaires Zidane-Djorkaeff versus Griezmann-Mbappé, si Mbappé explose. Après, il y a l’air d’avoir plus de réservoir cette année. Fékir, Lemar, Dembélé… »

Le score : France 2018 revient à 3-1

 

Collectif

Notre opinion : « Collectivement, la France peut faire mieux, ça montre bien la marge qu’on a et le talent dont on dispose. » La semi-sentence vient de Zidane, et difficile de lui donner tort. En tant qu’équipe, les Bleus actuels ne font pas rêver, malgré quelques belles fulgurances. Ceux de 1998 étaient capables de mouvement collectifs de grande ampleur, que ce soit offensifs (ho, ces passes magiques de Djorkaeff) ou défensifs (voir le France-Italie en quarts).

Bien sûr, le regard est biaisé par le résultat final. On regarde ça avec nos yeux émerveillés de vainqueurs de Coupe du monde, mais lors des matchs de préparation, c’était pas foufou non plus. Allez, on donne quand même le point à 98, parce qu’on doute que l’équipe actuelle sache aussi bien coulisser entre phases offensives et défensives. C’est d’ailleurs la raison du retour au 4-3-3 opéré par DD lors des matchs de préparation.

L’analyse de Giresse : « Je pense surtout que la France actuelle ne s’appuie pas sur le collectif, que son jeu est différent. La France 98 avait un jeu plus dans le contrôle que France 2018, mais les Bleus actuels s’appuient sur un jeu de fulgurance. C’est normal de voir moins de collectif, c’est volontaire… Match nul donc ! »

Score final : 3-1 pour la France 98.

Mais bon, c’est facile, ils ont une Coupe du monde d’avance ! Le mot de la fin pour Giresse : « C’est dur de comparer, car l’équipe de 98 s’est affirmée pendant la Coupe du monde, tandis que celle-ci doit profiter du Mondial à venir pour le faire. »