Biathlon : Plus détachée, plus précise, la Justine Braisaz-Bouchet nouvelle est arrivée
exploit•La biathlète française, de retour cette saison après une pause d’un an pour donner naissance à sa fille, a réalisé un triplé exceptionnel et rarissime sur ce week-end de Coupe du monde à LenzerheideNicolas Camus
L'essentiel
- Justine Braisaz-Bouchet a réalisé un triplé historique ce dimanche à Lenzerheide, devenant la première biathlète française à remporter le sprint, la poursuite et la mass start sur une même étape de Coupe du monde depuis Sandrine Bailly en 2005.
- La Savoyarde, qui revient d’une coupure d’un an pour profiter de sa grossesse et de la naissance de sa fille, retrouve un très bon niveau, et semble notamment libérée sur le pas de tir, elle qui a toujours eu du mal dans cet exercice.
- « Ma relation avec la compétition a évolué vers le bien », a déclaré l’héroïne du week-end après cette troisième victoire, qui lui ouvre également de belles perspectives au classement général de la Coupe du monde.
Un véritable exploit, de ceux que le biathlon féminin français n’avait plus vu depuis près de 20 ans. En remportant la mass start ce dimanche à Lenzerheide, après ses victoires jeudi lors du sprint puis vendredi sur la poursuite, Justine Braisaz-Bouchet a réalisé un triplé exceptionnel et rarissime, qui rappelera des souvenirs à Sandrine Bailly, dernière Tricolore donc (et la seule jusqu’ici) à en avoir vu un jour la couleur, à Pojluka en 2005.
« Je ne réalise pas. Je ne m’en rends pas compte et c’est peut-être mieux. Je me préserve comme ça », a commenté la Française après la course. Un état d’esprit nouveau qui lui réussit plutôt pas mal, elle dont la carrière est jonchée de très hauts et de très bas. Supersonique depuis toujours sur les skis, Braisaz-bouchet (27 ans) a souvent payé une imprécision chronique derrière la carabine. Ça ne l’avait peut-être pas empêché de décrocher la médaille d’or sur la mass start des Jeux olympiques de Pékin en 2022 (malgré trois fautes), ni le petit globe de la discipline au terme de cette même saison, mais cela lui interdisait d’aller voir encore plus haut, à la hauteur de son talent intrinsèque.
Maturité nouvelle
Après une pause d’un an la saison dernière pour se consacrer à la naissance de sa fille, Côme, la Savoyarde affiche depuis la reprise une décontraction au tir qu’on ne lui connaissait pas. « La grossesse, être aussi loin de la compétition pendant plusieurs mois, et la parentalité, ça a affirmé certains traits de ma personnalité. Ça apporte beaucoup de choses, de détachement par rapport à la compétition », a-t-elle expliqué au micro de RMC. Comme si elle se sentait désormais plus légère, moins axée sur le résultat brut dans cet excercice si casse-gueule que constitue le tir au biathlon. « Ma relation avec la compétition a évolué vers le bien, a-t-elle ajoutée. C’est ce que j’ai expérimenté ce week-end. »
Une maturité nouvelle qui lui permet aussi de surmonter cette rocambolesque affaire de fraude à la carte bancaire qui l’oppose à sa coéquipière de l’équipe de France, Julia Simon. « Cette histoire n’a pas sa place sur un stade », a-t-elle martelé samedi après le doublé réalisé par les deux femmes sur la poursuite.
Voilà maintenant Justine Braisaz-Bouchet avec le dossard jaune de leader du classement général de la Coupe du monde sur les épaules, avec dix petits points d’avance sur la Norvégienne Ingrid Tandrevold (427 contre 417). De quoi nourir des ambitions, même si bien sûr, on n’en est encore qu’au début de la saison. « J’ai fait un beau week-end, je suis contente de le porter et de partir à Noël avec. Mais aujourd’hui, c’est anecdotique, temporise-t-elle. Ça aura beaucoup plus de sens fin février ou début mars. »
C’est seulement à ce moment-là qu’on saura, c’est vrai. En tout cas, cette lutte pour le gros globe de cristal, elle en « rêve ». « Seules les meilleures biathlètes en ont remporté un. Ça représente la crème de la crème », dit la Française. Pour rester dans le match, elle devra confirmer dès janvier à Oberhof (du 4 au 7) puis Ruhpolding (du 10 au 14) sa nouvelle assurance sur le pas de tir, où elle affiche pour l’instant un joli 85 % de réussite, en nette augmentation par rapport à ses deux précédentes saisons (77 %).


















