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SKIJeanmonnot, l’éclosion attendue de la génie du tir après les années galère

Biathlon : Lucky Lou Jeanmonnot, l’éclosion attendue de la génie du tir après les années galères

SKI
Deux fois victorieuse à Ostersund et à seulement trois points du dossard jaune avant le début de l’étape d’Hochfilzen, Lou Jeanmonnot atteint enfin les sommets auxquels elle était prédestinée. Mais la route fut longue
Lou Jeanmonnot sur le pas de tir à Ostersund
Lou Jeanmonnot sur le pas de tir à Ostersund  - PETTER ARVIDSON/Bildbyran/Sipa USA/SIPA et CHINE NOUVELLE/SIPA (Montage WP) / SIPA
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • Après ses deux victoires à Ostersund, Lou Jeanmonnot sera attendue lors de la 2e étape de la Coupe du monde de biathlon qui commence vendredi à Hochfilzen
  • 2e du classement général, la Française semble en mesure de rivaliser avec les meilleurs et vise le top 6 à la fin de la saison
  • Tireuse hors pair, Lou Jeanmonnot atteint enfin les sommets qui lui étaient promis mais qu’elle a eu du mal à atteindre.

Quand Cyril Burdet, l’entraîneur de l’équipe de France de biathlon, dressait pour nous avant l’étape Ostersund la liste des objectifs de Lou Jeanmonnot en 2023-24, il ne s’attendait peut-être pas à voir sa skieuse en valider autant dès la première quinzaine. « Regoûter au podium », check, avec en prime un doublé sprint-poursuite que très peu ont accompli. « Confirmer ses progrès en montée », check aussi, c’est sur une portion montante que la Française a fait mal à Franziska Preuss sur le final de la course, dimanche dernier, avant d’achever l’Allemande au sprint, « un de [ses] points forts ».

Résultat, Lou Jeanmonnot paradera à Hochfilzen avec le dossard rouge du sprint et de la poursuite, quelques mois après avoir défilé dans un autre uniforme, celui de l’armée des champions, le 14 juillet sur les Champs-Elysées. Le plus stressant des deux ? « Le biathlon, bien sûr, dit-elle sans l’ombre d’une hésitation à 20 Minutes. Je me disais que si je faisais un pas de travers sur les Champs, je passerais pour quelqu’un de pas très intelligente (rires) mais ça ne m’aurait pas chagriné. Alors que le pas de travers sur une course de biathlon, il m’énerve fort ! »

Rétrogradée de l’IBU Cup à la Coupe de France

Si Lou Jeanmonnot donne aujourd’hui l’impression de sauter des étapes au point que son amie et ancienne rivale chez les juniors, Myrtille Bègue, la voit « gagner le général, et ça ne sera pas une surprise », la Jurassienne de 25 ans a connu quelques galères avant de percer au plus haut niveau.

« Il y a à peu près quatre ans, alors qu’elle était en IBU Cup [la D2 du biathlon] avec des résultats moyens, elle était redescendue à l’étage inférieur [la Coupe de France], raconte l’ancien coach des Bleues, Frédéric Jean, aujourd’hui consultant pour La Chaîne L’Equipe. Ça avait été très dur mentalement, elle avait été priée de rentrer à la maison. Le genre d’épisode dur à encaisser. » »

« C’était en 2019-2020, une période à laquelle il faut ajouter le Covid, enchaîne la double-vainqueure à Ostersund. J’étais très triste de descendre, d’autant plus que je n’avais pas compris cette décision, je la trouvais injuste. » Ses débuts chez les séniors contrastent avec l’époque dorée chez les juniors, qu’elle a quittés avec un gros globe sous le bras en 2018. « Si elle n’a pas confirmé tout de suite sur l’IBU Cup [25e en 2019, 33e en 2020], c’est qu’il lui fallait progresser physiquement », justifie Frédéric Jean.

Jeanmonnot trouvera le moyen de remonter la pente et de frapper à la porte de la Coupe du monde de biathlon en mars 2021, à Nove Mesto. Elle y claquera à 22 ans ses premiers points pour son baptême dans le gratin. En équipe de France, Anaïs Bescond, « la grande sœur », la prend sous son aile, charmée par le personnage et l’athlète dans laquelle elle se reconnaît. « Les difficultés qu’elle a rencontrées, ça me parlait, confie la championne olympique. J’avais envie de l’aider à ne pas tomber dans des pièges que j’ai pu connaître. »

Un an plus tard, le décollage aboutit au vol stationnaire. Jeanmonnot engrange de l’expérience sur le circuit principal, quoique bridée par la densité de talents (Braisaz, Simon, Bescond, Chevalier, etc.), puis gagne enfin le général de l’IBU Cup et sa place de titulaire dans l’équipe de France par la même occasion. Frédéric Jean : « je lui tire mon chapeau, parce qu’elle aurait pu se décourager en voyant que les choses n’avançaient pas et mettre le clignotant comme d’autres avant elles » Elle y a vaguement songé. « Je me disais que si je passais deux ans de plus à plafonner, à ne plus progresser, j’arrêtais. »

Sur les standards de Martin Fourcade au tir

Ceux qui la connaissent doutent qu’elle en eut été capable. Trop obstinée, trop déterminée, trop douée avec la carabine, aussi, pour pouvoir lâcher. Lou Jeanmonnot a grandi près d’un pas de tir, fait du tir à 10m au collège, du tir sportif à 50m pendant son adolescence, et il faut peut-être voir dans cette précocité arme en main le secret de sa folle réussite face aux cibles à Ostersund (97 % sur le tir couché, 92 % sur le tir debout, sachant que Martin Fourcade se trouvait en moyenne à 91 % de précision). « J’ai toujours été douée au tir ou en tout cas dans la moyenne haute depuis que je fais du biathlon. Il y a un peu d’inné et beaucoup d’acquis, je ne sais pas l’expliquer. »

Myrtille Bègue voit bien de quoi parle son amie en se remémorant leurs très jeunes années. « Depuis toute petite, dans les catégories où tout le monde tire à 3/10, elle était déjà à 8/10. Elle avait beaucoup de talent, et moi j’avais pas mal de difficultés dans cet exercice donc naturellement, je lui demandais comment elle faisait. Même en voulant m’aider elle avait n’y arrivait pas. Elle me disait "moi je me couche, je m’installe, je tire et je repars." C’était assez drôle. » Frédéric Jean voit dans cette légèreté le point fort du tir de la jeune Française.

« Elle ne se laisse pas déborder par des pensées parasites. Quand je la vois tirer, je vois quelqu’un qui s’amuse derrière la carabine, qui prend ça comme un réel jeu. » Lou Jeanmonnot sur les skis comme à la fête foraine ? « Je n’ai pas encore essayé, mais peut-être qu’un jour je me pointerai dans une fête foraine pour faire comme dans les films et repartir avec une grosse peluche », se marre-t-elle. Ou un globe de cristal. Ça serait pas mal aussi, non ?

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