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L’affaire Julia Simon, un malaise à surmonter pour le biathlon féminin français

Biathlon : L’affaire Julia Simon, un malaise à surmonter pour le groupe féminin avant la reprise

SKILa biathlète française entamera la défense de son gros globe de cristal à Ostersund, dans un climat collectif particulier. L’été a été agité avec la révélation de la plainte déposée par Justine Braisaz-Bouchet à son encontre pour fraude à la CB
William Pereira

William Pereira

L'essentiel

  • La saison de biathlon 2023-24 commence à Ostersund samedi. Au menu, les relais mixtes simple et classique
  • L’équipe de France féminine attaque la nouvelle mouture dans un contexte particulier : Julia Simon est accusée de fraude à la carte bancaire par Justine Braisaz-Bouchet pour des faits remontant à l’été 2022.
  • L’ambiance portera-t-elle préjudice à Julia Simon, qui a un globe de cristal à défendre, ainsi que ses coéquipières ? « L’amitié n’est pas forcément nécessaire pour faire de bons partenaires de compétition », dit l’entraîneur des Bleues, Cyril Burdet.

C’était au printemps dernier, quelque part dans le 16e arrondissement de Paris. Attablée face à nous, Julia Simon dissertait sur l’importance de bien digérer la saison terminée avec un gros globe de cristal sous le coude avant de penser à défendre son bien durement acquis dès l’automne 2023. En d’autres termes, faire mieux que Quentin Fillon-Maillet, sorti complètement rincé de son année 2021-2022 surhumaine. La meilleure biathlète du monde avait tout prévu pour « essayer de relâcher la pression » et se satisfaisait même d’avoir réussi à décompresser les jours suivant son sacre.

Joie de courte durée : au mois de juillet, le quotidien L’Equipe révélait que Julia Simon était visée par deux plaintes pour fraude à la carte bancaire, dont celle de la championne olympique Justine Braisaz-Bouchet, pour des faits remontant à l’été 2022, au détour du Blink Festival de Sandnes, en Norvège. Simon est accusée d’avoir réalisé plusieurs achats sur internet depuis son ordinateur, en utilisant son adresse mail (mais pas sa CB), pour un montant avoisinant les 2.300 euros. Il s’agissait pour la majorité d’appareils de la marque Go Pro, qui étaient ensuite livrés directement chez la biathlète. Si l’histoire attend toujours son épilogue judiciaire, elle aura mis un temps en bazar un groupe qui attaque la nouvelle saison ce samedi à Ostersund (Suède).

Chronologie des faits

> Août 2022 : Blink Festival, à Sandnes, où aurait été commise la fraude

> Hiver 2022 : Justine Braisaz-Bouchet porte plainte

> Juillet 2023 : L’affaire éclate au grand jour

> Octobre 2023 : Julia Simon réintègre le groupe France

> 24 octobre 2023 : Julia Simon est placée en garde à vue pendant quelques heures dans le cadre de la procédure pénale. Aucune autre échéance n’est prévue pour l’heure, l’enquête suit son cours, et on ignore totalement si celle-ci interférera avec le calendrier sportif.

Préparation estivale en solitaire pour Julia Simon

De retour avec le groupe professionnel après un long congé maternité, Justine Braisaz-Bouchet se serait d’abord tournée vers sa coéquipière et sa fédération afin de trouver une issue arrangeante pour tout le monde. Mais face à l’inertie ambiante, la championne olympique a finalement porté plainte.

« J’ai essayé de me réconcilier avec elle et la fédération mais ça n’a pas marché, a commenté Braisaz au micro de la chaîne norvégienne TV2. […] Je pense que la situation est vraiment triste, mais j’ai pris mes responsabilités. Si je n’avais pas de preuves, je n’aurais rien fait. Ce n’était bien sûr pas une décision facile. » De son côté, Julia Simon conteste les faits et se présente également comme victime de cette affaire rocambolesque. « Mon nom a été utilisé à mon insu, déclarait-elle dans une interview au Dauphiné […] Je pense que l’on a usurpé mon identité. » Ce pour quoi elle a fait un dépôt de plainte contre X.

Dire que Julia Simon a connu une intersaison agitée relève presque de l’euphémisme. Eu égard au climat collectif tendu, la championne s’est ostracisée lors du début de sa préparation estivale, pour son bien et dans l’intérêt du collectif. Elle a par ailleurs coupé tous ses réseaux sociaux sur cette période.

« Elle a très bien su gérer la période, rassure Cyril Burdet, l’entraîneur de l’équipe de France féminine de biathlon. On est restés en contact régulier pour tout ce qui concerne le suivi de la préparation, pour la planification, etc. Je l’ai vue à chaque fois que c’était possible, même si on ne s’est pas beaucoup vus physiquement sur cette période. C’était l’occasion pour elle de travailler différemment en autonomie et de se responsabiliser dans son entraînement. Elle a même réussi à bosser des petits points de détail qu’on n’avait pas résolu l’an dernier. J’ai passé plus de temps à la freiner qu’à la pousser. » »

Son retour dans le groupe, au mois d’octobre, s’est par la suite fait de manière progressive. Il a fallu prendre des pincettes, gérer les frustrations et les inimitiés mises en lumière par la médiatisation de l’affaire. Lou Jeanmonnot avait ainsi fait part de sa lassitude devant une bisbille « qui aurait pu être réglée en deux mois », comme elle l’expliquait à la télé norvégienne. « L’année dernière, c’était très difficile, nous avons fait de notre mieux pour nous tenir au milieu entre Justine et Julia. […] Maintenant je soutiens Justine. Julia a pris beaucoup de mauvaises décisions, au lieu d’accepter les mains que nous lui avons tendues. Ça me fâche un peu. »

« L’amitié n’est pas forcément nécessaire » pour performer

Le discours, daté d’août, a évolué à l’approche du coup d’envoi de la première étape de la saison, à Ostersund. « Le contexte pourrait ne pas paraître simple dans le groupe, confiait au Dauphiné la 11e du général de la Coupe du monde 2023. Malgré tout, il n’y a pas d’animosité, cela pourrait être mieux, cela pourrait être pire. » Entre les deux déclarations, le directeur des équipes de France, Stéphane Bouthiaux, avait sifflé la fin de la récré (« les affaires extra-sportives, on n’a plus du tout envie d’en parler ») et la communication autour des athlètes, d’habitude plus aisée, s’est quelque peu verrouillée. Interrogée sur l’ambiance au sein du groupe dont elle est l’aînée, Chloé Chevalier dit ainsi préférer « rester concentrée sur [ses] performances et ne pas faire de commentaire sur le reste ».

Difficile dans ces conditions de mesurer avec exactitude l’impact du feuilleton Julia Simon sur le moral des troupes au moment d’attaquer les relais mixtes d’ouverture, même si Simon Fourcade, entraîneur du groupe masculin, se veut rassurant. « Tout le monde a discuté, on a eu des réunions avec les dirigeants de la FFS. Il y a eu des réunions entre les filles et Julia, des réunions directement avec les filles, des réunions directement avec Julia, et cette communication a permis de créer une ambiance de travail sereine et apaisée, à défaut d’être amicale. »

« La cohésion autour de la performance et du professionnalisme sont possibles, complète Burdet. L’amitié n’est pas forcément nécessaire pour faire de bons partenaires de compétition. Il faudra jouer, ce qui a été déjà le cas par le passé, sur l’émulation et sur le niveau de performance interne qui est assez incroyable. »

On en oublierait effectivement presque que le collectif féminin français a été sacré sur relais l’an passé et qu’il aura un titre à défendre. Les places y seront chères, mais personne n’en sera privé. « On fera les compositions de relais qui nous semblent les plus efficaces, conclut Cyril Burdet. L’extra sportif n’aura pas d’impact. » Julia Simon et Justine Braisaz dans le même relais dès Ostersund, chiche ?