JO 2022 : Justine Braisaz-Bouchet, la nouvelle reine du biathlon en mass-start que personne n'avait pas vue venir

REMONTADA Mal embarquée dans cette ultime course des JO, Justine Braisaz-Bouchet a réalisé une deuxième partie de mass-start complètement dingue pour coiffer les favorites et s’emparer de sa première médaille d’or olympique. La troisième pour l’équipe de France de biathlon à Pékin

Aymeric Le Gall
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Justine Braisaz-Bouchet a remporté l'or sur la mass-start, vendredi, à Zhangjiakou.
Justine Braisaz-Bouchet a remporté l'or sur la mass-start, vendredi, à Zhangjiakou. — Jewel SAMAD / AFP
  • Justine Braisaz-Bouchet s’est imposée avec brio lors de la mass-start, vendredi, dans le froid toujours aussi polaire de Zhangjiakou.
  • Loin des femmes de tête en début de course, la Savoyarde a envoyé du bois sur les tirs debout pour coiffer les favorites et décrocher sa première médaille d’or olympique.

De notre envoyé spécial à Zhangjiakou,

Les couillons, mais les couillons… On aurait dû le voir venir, parce que c’est du Justine Braisaz-Bouchet tout craché. Imprévisible, « capable du meilleur comme du pire, un ovni », dixit Martin Fourcade, après la course, sur Eurosport. En choisissant ce vendredi de délaisser un peu le biathlon – parce qu’on croyait moyen à un podium chez les filles et qu’une sixième médaille de QFM, bon, c’est beau mais ça commence à lasser – pour aller voir l’équipe de France de skicross, on a raté un des grands moments de ces  JO.

La médaille d’or de Justine Braisaz-Bouchet, rien que ça ! Notre flair de chien truffier a encore frappé… Alors, après le fiasco du skicross (quatre Français en lice et pas un pour se glisser en finale), on a foncé tête baissée pour arriver à temps pour la voir en zone mixte. Ensevelie sous une nuée de journalistes, la skieuse des Saisines en revenait à peine.

« Quand est-ce que j’ai réalisé que j’étais championne olympique ? Quand je l’ai dit pour la première fois tout à l’heure. Et ça m’a vraiment fait monter les larmes aux yeux, lâche-t-elle. Après, ce qui m’a le plus touché, c’est de voir le staff dans l’aire d’arrivée avec les larmes aux yeux. Et plus particulièrement notre coach de tir, j’étais très heureuse pour lui car, hier, Anaïs Bescond me disait en souriant : "C’est sans doute la dernière course de Paulo aux JO. Faisons en sorte qu’il y ait le plus de palettes blanches qui basculent". »

Une remontada version grand froid

Et pourtant, elles ont mis du temps à basculer, ces foutues palettes. La faute à trois ratés au couché qui la mettront à 1'14'' de la tête de la course. « J’ai fait des cadeaux, clairement, car les conditions [de vent] étaient correctes, concède-t-elle. Du coup, j’ai voulu stopper ça, je me suis dit : "Ok, j’arrête de faire des cadeaux maintenant" et je me suis installée sur le debout en ne pensant qu’à ma prestation. » C’est là que le miracle a eu lieu. Il y a quelques mois, elle nous expliquait aimer cette relation en face to face avec les palettes : « Il faut se dire que le tir est un duel avec à la cible. Et occulter le résultat derrière. C’est un jeu, presque. La notion de plaisir est totale dans cette approche. »


Alors c’est ce qu’elle a fait. Quand toutes ses concurrentes ont eu le malheur de se manger des rafales et d’aller faire des tours sur l’anneau, la Française a profité d’une fenêtre de tir un chouïa plus favorable pour saisir sa chance et lancer la plus belle remontada de sa carrière. La suite, elle la raconte mieux que nous. « Je m’installe à la 7 et je me suis dit : "Ok, c’est le moment". A chaque fois, les palettes ont basculé. J’ai pris balle par balle, j’ai voulu construire ça proprement. Le canon bougeait beaucoup à cause du vent mais ça a basculé. C’était des tirs sans hésitation, j’ai laissé faire. Laissé faire mes automatismes, ce pour quoi j’ai travaillé pendant des années. » Elle poursuit :

 Savoir poser le cerveau sur le pas de tir, c’est la meilleure chose à faire en biathlon. Et Derrière, Marte [Roiseland] ne me suivait pas sur le ski, je me suis dit : "Ben, je ne vais pas l’attendre" »
 

Et voilà comment on passe du fin fond du classement à leader, avec un quatrième tir à gérer pour aller écrire l’histoire. Son histoire. « En arrivant sur le dernier tir, décrit-elle, je me dis que j’avais tout à gagner. Allons-y, qui sait ce qu’il va se passer derrière, peu importe. Même avec cette première balle qui sort et qui dégage vraiment très loin à droite, j’étais très, très calme. » Ressortie avec 48 secondes d’avance sur Eckhoff, deuxième, la victoire ne pouvait plus lui échapper.

Le footing du matin annonciateur d’une bonne journée

Mais qui connaît un peu la bestiole sait qu’avec elle, rien n’est jamais gagné. Une histoire de manque de confiance, de cerveau qui carbure à 12.000 et qui lui joue souvent des tours. « C’est une personnalité extrêmement attachante, qui se pose beaucoup de questions, qui réfléchit beaucoup », détaillait Martin Fourcade après la course. « Dans le dernier tour, je me dis que si je me faisais rattraper, c’était affreux, scénario catastrophe, sourit-elle en zone mixte. Parce que j’aime bien être un peu pessimiste des fois ! »

Si elle concède volontiers qui lui est arrivé de « passer totalement à côté » de ses courses (pas plus tard qu’en début de JO), il était écrit que ce vendredi serait différent. Dès le matin, la Savoyarde s’en convainc. « En allant trottiner avant la compétition, j’ai senti que j’étais juste heureuse de faire cette mass-start, j’ai réalisé la chance incroyable que j’avais d’être aux Jeux et que tout était ouvert, rembobine-t-elle. Je me suis dit : "C’est l’heure, c’est l’heure Justine !". » Juste avant de s’éclipser de la salle de presse, en se remémorant son passage sur la ligne d’arrivée avec le drapeau de l’équipe de France à la main, Braisza-Bouchet semble enfin réaliser : « Je suis championne olympique de la mass-start et c’est putain de cool ! ». Pas mieux.