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JO 2022 : Le bobsleigh français renaît grâce à Margot Boch et Carla Sénéchal, deux filles auxquelles personne ne croyait
BOBSLEIGH•Margot Boch et Carla Sénéchal sont parties de rien en 2018 avec le fol espoir de représenter la France en bob à deux à Pékin, malgré l’inexpérience et le manque de soutien financierAymeric Le Gall
L'essentiel
- Margot Boch et Carla Sénéchal ne se connaissaient pas avant 2018, la dernière n’ayant jamais fait de bobsleigh de sa vie.
- Malgré les coûts et une fédération sceptique, les deux filles embarquent leurs pères dans l’aventure et sillonnent l’Europe pour se qualifier.
- Elles permettront à la France de présenter une équipe à deux pour la première fois aux JO ce vendredi à Pékin.
De notre envoyé spécial en Chine,
Ah ça, pour critiquer Mark Zuckerberg, y’a du monde. Mais pour saluer la contribution de Facebook dans le développement du bobsleigh féminin en France, ça se bouscule moins. Hé oui, si l’équipe de France va pour la toute première fois de son histoire être représentée en bob à deux féminin aux JO d’hiver, vendredi, sur les coups de 20 heures (heure locale) au centre national de glisse de Yanqing, c’est un peu grâce au multimilliardaire de White Plains. On rembobine.
En 2018, la jeune lugeuse (et ancienne gymnaste) Margot Boch se remet douloureusement de sa non-qualification par la Fédération des sports de glace aux JO de Pyeongchang. Qu’à cela ne tienne, au lieu de ruminer dans son coin, la gamine décide de « faire de cet échec une force » et de se lancer dans un projet totalement fou : créer une équipe féminine de bobsleigh dans un pays qui n’en a plus connue depuis plus de dix ans.
Sur les conseils d’un entraîneur d’athlé de la Plagne, elle ouvre alors son ordi portable et envoie un message sur Facebook à Carla Sénéchal, alors à fond dans l’athlé (sprint), pour lui proposer d’embarquer avec elle dans sa galère. « Elle aurait pu partir en courant », rigole-t-elle. Mais c’est tout l’inverse qui va se produire.
« J’étais en vacances quand j’ai reçu ce fameux message d’une certaine Margot Boch, que je ne connaissais pas du tout, se souvient la pousseuse Carla Sénéchal. J’étais complètement coupée du sport parce que c’était durant la trêve de l’athlé. J’étais super étonnée sur le coup, forcément, mais très vite l’excitation a pris le pas. Je n’en revenais pas parce que j’avais toujours voulu faire du bob et je ne savais pas qui contacter. J’ai donc sauté sur l’occasion, c’était inespéré ! ».
Un projet fou porté à bout de bras
Car le bob est une discipline qui demande des ronds. Beeeeeaucoup de ronds. On parle de 50.000 euros rien que pour le bobsleigh, auquel il faut ajouter les voyages pour pouvoir glisser en compétition sur la vingtaine de pistes qui existe en Europe. A l’arrivée, une saison oscille donc entre 80.000 et 100.000 euros. Et pour les trouver, il ne suffit pas d’aller toquer à la porte de la FFSG la bouche en fleur. « Au début c’était très compliqué, pour certains ça peut même être effrayant, avoue Carla Sénéchal. Mais comme on était têtues et obstinées, on a tout fait pour que notre rêve puisse se réaliser. La première année on n’avait pas de financements, juste un peu d’aide du CBLS [Club de bobsleigh de la Plagne] et de la fédération, mais il fallait financer tout le reste. »
Margot Boch est donc partie avec sa petite chemise A4 sous le bras pour convaincre les entreprises locales de la suivre dans son aventure insensée. La famille étant bien connue dans le coin – son grand-père et son papa ont connu une petite carrière dans le bob –, cela facilite le processus. « On a eu de la chance car les locaux nous ont aidées, ils connaissaient Margot et ils avaient confiance en son projet. Mais il ne fallait pas avoir peur et y croire jusqu’au bout. » De son côté, poursuit-elle, « la fédé nous demandait de faire des perfs, des podiums en Coupe d’Europe, pour nous soutenir à fond. Avec le recul on comprend, c’est normal qu’on doive faire nos preuves pour être suivies. »
Mais sur le coup, les bobeuses ne s’en cachent pas, elles ont parfois eu l’impression d’être prises pour des rigolotes. Carla Sénéchal, toujours : « Les deux premières années c’était tellement dur qu’on s’est posé beaucoup de questions. On s’est demandé si on nous soutenait vraiment, si on croyait en nous. On avait l’impression qu’on avait aucune crédibilité aux yeux des autres, c’était vraiment pas évident. »
Au point d’envisager un temps de concourir sous la bannière monégasque, l’équipe étant entraînée par une vieille connaissance du papa de Margot Boch, Bruno Mingeon, champion du monde en 1999 et seul bobeur français médaillé de l’histoire aux JO, en bronze, à Nagano. « Mais nos couleurs, c’est le blanc, le bleu et le rouge et on avait vraiment envie de représenter notre pays », assure la pousseuse.
Et vogue la galère !
Une fois le pécule amassé, les voilà donc parties dans leur petit camion pour sillonner l’Europe en quête de résultat et de crédibilité. Avec un maître mot, dixit Boch, « le système D ». « La première saison on faisait tout toutes seules puisqu’on n’avait pas de coach, décrit-elle. On conduisait le camion, on portait notre bob à la force des bras, on dormait dans des auberges de jeunesse ». Les voyages la forme, paraît-il. Puis vinrent les premiers résultats et, avec eux, la reconnaissance du milieu. « Au début. Tout le monde nous demandait si nous étions sœurs jumelles, comme on est blondes aux yeux bleus, avec de petits gabarits, ce qui est rare en bob, se souvient Carla Sénéchal. Et notre complicité leur a fait croire qu’on se connaissait depuis toujours. »
Voyant que le projet prenait corps, que les deux filles n’étaient pas du genre à plaisanter – « et qu’on avait du potentiel », sourit Boch –, ses parents décident définitivement d’embarquer dans le navire et vendent leur voiture pour acheter un bob letton de qualité à 50.000 euros. Dès lors, fini les road-trips en camtar, indigne de deux athlètes ayant des ambitions de top 10 à Pékin. Désormais, ça sera l’avion pour le duo Boch-Sénéchal filles, et la route pour transporter le monstre pour le duo Boch-Sénéchal pères. « Ils ont été supers, ils ont pris le relais au volant lors des gros voyages pour qu’on puisse se reposer », apprécie la Savoyarde.
Notre dossier sur les JO 2022
Et si leurs parents n’ont évidemment jamais rien exigé en retour, les bobeuses se sentent tout de même redevables. « Malgré les bâtons qu’on nous a mis dans les roues sur notre chemin, malgré tous les obstacles qu’on a dû traverser, à chaque fois on se relevait et ils ont toujours été là, conclut Boch. Ils ont cru en nous et on espère qu’on va le leur rendre en faisant quatre très belles poussées, les plus belles de notre vie, et quatre beau runs ». On ne ratera ça pour rien au monde.


















