NBA : Luka Doncic est-il le basketteur le plus « imblairable » au monde ?
GRAND TALENT ET GRANDE BOUCHE•Le meneur de jeu slovène, épatant pour conduire les Dallas Mavericks en finale NBA contre Boston (match 2 dans la nuit de dimanche à lundi), défraie régulièrement la chronique par son comportement (détestable) sur le terrainJérémy Laugier
L'essentiel
- Les Boston Celtics, facilement vainqueurs du match 1 jeudi (107-89), accueillent dans la nuit de dimanche à lundi (à 2 heures du matin) les Dallas Mavericks pour la deuxième rencontre de cette finale NBA 2024.
- Il s’agit de la première finale NBA de la carrière de la star slovène des Mavs Luka Doncic (25 ans), aussi génial qu’ingérable sur le terrain.
- 20 Minutes se penche sur les multiples frasques de l’ancien arrière du Real Madrid, qui fait notamment vivre un enfer aux arbitres outre-Atlantique, mais aussi dans les compétitions Fiba avec sa sélection slovène.
Il n’est pas si fréquent de se demander si l’actuel meilleur athlète au monde dans sa discipline est à la fois aussi brillant et dominant qu’insupportable. Non, il ne s’agit pas d’un nouveau pamphlet de 20 Minutes consacré à Kylian Mbappé mais d’une interrogation sur le comportement de Luka Doncic sur les parquets NBA. Soyons clairs : le Slovène vient indéniablement de passer un cap, à 25 ans, en atteignant avec brio sa première finale avec Dallas (le match 2 se déroulera à Boston dans la nuit de dimanche à lundi, à 2 heures).
Meilleur marqueur de la Ligue (33,9 points par match en saison régulière) et deuxième meilleur passeur (9,8 passes), troisième au vote du MVP derrière Nikola Jokic et Shai Gilgeous-Alexander, le meneur des Mavericks est même parvenu à surnager au TD Garden jeudi, en inscrivant 30 points, soit un tiers du total de son équipe, laminée en ouverture (107-89). Par contre, ses provocations, contestations et chambrages incessants en NBA ternissent sacrément le tableau. D’ailleurs, Luka Doncic a-t-il toujours été à classer parmi les sales gosses de la planète basket, y compris avec le Real Madrid (de 2015 à 2018), où il a effectué de fracassants débuts professionnels ?
« Dès la Draft NBA, il n’était pas respecté »
« Il aimait déjà se tourner vers son adversaire en ricanant lorsqu’il inscrivait un gros shoot, se souvient l’ancien intérieur belge de Murcie Kevin Tumba, qui l’a affronté à plusieurs reprises en Liga ACB. Mais il était encore trop jeune pour faire le malin face à des joueurs expérimentés, et puis le Real est une telle structure qu’il ne se serait pas permis ça. » Bien que vainqueur de l’Euroligue 2018, trophée de MVP en prime, l’ado Luka n’en aurait donc jamais fait des caisses durant son règne en Europe ?
« Son comportement sur le terrain pouvait même laisser penser qu’il était timide, confirme Jonathan Tabu, meneur de jeu à Fuenlabrada puis à Bilbao à cette époque. Luka Doncic était beaucoup moins dans le trash-talking, mais on sentait qu’il avait déjà en lui l’insolence des plus grands compétiteurs. » Cet ancien international belge croit détenir l’explication majeure sur le changement de tempérament d'« El Matador » dès son arrivée sur le sol américain à l’été 2018.
« En Espagne et en Euroligue, tout le monde savait parfaitement ce qu’il était capable de faire. Mais dès la Draft NBA, il n’était par contre pas respecté. Des mecs comme DeAndre Ayton et Marvin Bagley avaient été choisis avant lui, et il y a directement eu des doutes car il est européen et pas assez athlétique selon beaucoup d’observateurs. La bascule vient de là : ce manque de respect à son égard a développé un côté revanchard en lui. Ça le pousse à constamment démontrer qu’il est plus fort que tout le monde là-bas, avec le sale caractère qu’on lui voit. Je pense qu’il avait besoin d’agir ainsi pour s’imposer comme il l’a fait en NBA. »
« Il peut vraiment être agaçant »
Avec un péché mignon : martyriser les joueurs intérieurs supposés le gêner davantage avec leur envergure. Jonathan Tabu s’explique : « Il prend un malin plaisir, quand il y a un switch défensif et qu’il se retrouve face à un pivot, à passer le message : "Mettez-moi qui vous voulez, ça ne change rien". Il se sert de cet état d’esprit pour rester tout en haut ». Le natif de Kinshasa a eu le « plaisir » de retrouver un Luka Doncic métamorphosé par ses années NBA lors d’un Belgique-Slovénie longtemps serré (72-88) lors de l’Eurobasket 2022.
Et là, c’est son rapport pour le moins spécial avec l’arbitrage qui lui a sauté aux yeux. « Il a sa manière bien à lui de toujours mettre la pression sur les arbitres et il peut vraiment être agaçant, poursuit Jonathan Tabu. Il te plante 35 pions, il obtient plein de lancers francs mais il râle contre chaque coup de sifflet. Il se fout de la gueule du monde en fait ? A un moment, je lui ai demandé d’arrêter ça et de juste penser à jouer au basket. Parfois, ça peut jouer en sa défaveur, surtout quand il est bousculé. Ça arrive davantage dans les compétitions Fiba, où on ne va pas le regarder faire et être des sparring-partners comme on a l’impression d’en voir parfois en NBA. »
78 fautes techniques en seulement six saisons
Kevin Tumba, qui vient de s’engager avec Anvers, se souvient même avoir asséné au diabolique Slovène un coup de coude « involontaire » durant ce Belgique-Slovénie en 2022, sanctionné « injustement » d’une faute antisportive. « Doncic est très intelligent pour savoir influencer un match en parlant aux arbitres, surtout en NBA où le jeu protège depuis longtemps les talents offensifs, confie le solide intérieur de 33 ans. Et même durant cet Euro, les arbitres se sont laissés influencer par son statut de champion d’Europe en titre. Ça m’a vraiment énervé, d’autant qu’on a vu ensuite contre la Pologne que l’arbitrage ne se laissait plus prendre par tout son cinéma. »
C’est ainsi que Luka Doncic a dégoupillé pour de bon, quatre jours après la qualif contre la Belgique, en étant éliminé de l’Euro dès les quarts de finale par la modeste Pologne (87-90), avec en ultime tournant son expulsion pour cinq fautes à trois minutes de la fin. Rebelote avec sa sélection l’an passé lors de son quart contre le Canada à la Coupe du monde (89-100), avec une deuxième faute technique fatale récoltée (34e). La preuve que son attitude dépasse régulièrement les bornes, comme lors de son sanglant « Tu ne peux pas défendre sur moi, motherfucker » balancé à la tronche de notre Rudy Gobert, après avoir inscrit sur sa tête le panier de la gagne lors du match 2 de ces play-offs NBA à Minneapolis (108-109).
Kevin Tumba se souvient que « des petites insultes en espagnol ont volé » entre eux lors de ce Belgique-Slovénie il y a deux ans : « Il s’en sert comme un petit déclic mental, il s’alimente de ça comme le faisait Kevin Garnett, et il a besoin de narguer ses adversaires pour être performant ». Le genre de mecs qu’on peut vite se prendre à détester, pour peu qu’on soit accro à une autre franchise NBA que les Mavs, ou au hasard français, avec un contentieux se rapprochant gentiment de celui avec l’Espagnol Rudy Fernandez sur la scène internationale. Voici six illustrations pour valider la candidature du Slovène au Hall of Fame des basketteurs relous de la Ligue, aux côtés par exemple de Joel Embiid et de Draymond Green.
- Il a ramassé 78 fautes techniques en seulement six saisons, dont le plus haut total cette année (15). Du jamais vu pour une superstar NBA, et des chiffres dans la lignée de têtes brûlées comme Rasheed Wallace, DeMarcus Cousins et Draymond Green (le seul qui a fait « mieux » depuis 2018 avec 88 techniques).
- Il effectue régulièrement un geste avec ses doigts insinuant que les arbitres sont corrompus.
- Durant la finale de conférence contre Minnesota, il a offert un festival de chambrage, en se marrant aux côtés de la star locale Anthony Edwards, en insultant donc Rudy Gobert, et en se moquant allégrement des fans des Wolves aux premiers rangs, ce qui a au passage fait marrer Snoop Dogg himself.
- Après un succès déterminant à Sacramento en mars dans la course aux play-offs, il a passé son temps à pointer du doigt l’ancien general manager des Kings Vlade Divac, en rabâchant dans sa direction « Il aurait dû me drafter ». Il a la rancune tenace, le Luka.
- Il s’est créé une rivalité hypra-divertissante avec le shooteur star des Suns Devin Booker. « Juste, la prochaine fois, n’attends pas qu’il reste trois secondes pour parler », lui a-t-il notamment lancé après un affrontement l’an passé.
- Il a fait expulser de la salle de Dallas en janvier un spectateur lui ayant sorti un mythique « Luka, ramène ton cul sur un tapis de course ! », le tout en portant un maillot des Suns… floqué Devin Booker.
« Ça rend fou de le voir aller à deux à l’heure et sourire »
Comment diantre garder son calme face à autant d’insolence ? « Perso, quand il me chambrait à l’Euro, ça me faisait rire, glisse Jonathan Tabu. On a tous joué sur des playgrounds, où ça parle tout le temps. Pour moi, ça reste bon enfant, il y a un peu d’animosité et on se répond sur le terrain. » Côté « animosité », on est servi avec notre gaillard de Ljubljana. Pour évaluer ce potentiel de GOAT du chambrage, on se devait d’interroger Bastien Fontanieu, directeur de publication du bien nommé site de basket TrashTalk.
« C’est un très grand trash-talker, mais pour rentrer au panthéon, il faut à la fois chambrer et gagner des titres, comme Michael Jordan et Larry Bird, ce qui valide les propos par les actes. Luka est surtout un compétiteur qui aime faire le show, qui est moins dans le rentre-dedans que les Américains là-dessus. Il va plus se foutre de ta gueule. Ça rend fou de le voir aller à 2 à l’heure, humilier un athlète professionnel et sourire. Et puis c’est une grenade ambulante, un très mauvais perdant qui a rebasculé dans un comportement imblairable contre OKC en play-offs. »
Comprendre son obsession pour les coups de sifflet, et sa propension à dépenser une énergie folle dans ce domaine. Avec une subtilité que met en avant Bastien de TrashTalk : « Il connaît parfaitement une règle officieuse en NBA : lorsqu’une star reçoit une faute technique, les arbitres ne prennent jamais la responsabilité de l’expulser pour une deuxième technique ensuite. Donc Luka en profite pour pousser le bouchon le plus loin possible ». Ah ça, on peut lui faire confiance sur ce registre. « C’est quand je m’amuse que je joue le mieux », rappelle régulièrement l’intéressé, sans qu’on sache à quel point les excès font partie de l’entertainment Doncic.
Notre dossier sur la NBALe désormais ex-international belge Jonathan Tabu (38 ans) tient à préciser : « Quand on le voit sur le terrain, on peut se dire que c’est un enfoiré. Mais en dehors, je vous assure que c’est un super gars. Il tient chaque année à envoyer un maillot dédicacé à l’association Play 4 Africa que je préside au Congo ». Tout aussi fasciné par le personnage, Kevin Tumba conclut : « Peu importe son caractère, il est à présent en finale NBA tout en étant le meilleur scoreur de la Ligue, donc on peut juste se taire et admirer ». Pas certain que la bande à Jaylen Brown et Jayson Tatum soit sur cette ligne. Quant à nous, on croiserait presque les doigts pour voir la Slovénie se casser les dents sur la Croatie ou la Grèce de Giannis Antetokounmpo dans un mois, lors du Tournoi de qualification olympique (TQO) d’Athènes. Après tout, ça serait bête d’avoir (encore) à détester le grand Luka aux JO de Paris 2024, non ?


















