JO 2024 : « La laisser s’exprimer dans toute sa splendeur »... Marine Johannès, l’art d’une fusion nucléaire maîtrisée
Jeux olympiques•La star des Bleues brille dans son nouveau rôle de remplaçante de luxe, parfaitement libre et au génie canalisée en débutant sur le banc. Pour encore mieux tout faire exploser une fois sur le terrainJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Explosive en sortie de banc, Marine Johannès s’épanouit comme rarement avec l’équipe de France de basketball.
- Un rôle de super-remplacante qui colle à merveille avec son génie créatif, parfois un peu too much lorsqu’elle est titulaire.
- Quand on a une joueuse avec un tel potentiel de destruction sur l’adversaire entre les mains, le plus dur est de savoir quand le lancer. Mais ca y est, le basket français semble enfin avoir compris comment ne pas gâcher une arme pareille.
De notre envoyé spécial dans les atomes,
A la voir enfiler les trois points magiques, la filiation avec Stephen Curry semble évidente. Mais si on devait vraiment comparer Marine Johannès à une légende américaine, ce serait plus avec Robert Oppenheimer. La basketteuse est une belle allégorie de la fusion nucléaire : petit électron laissé libre et qui s’en va tout détruire dans une réaction en chaîne aussi incontrôlable qu’instoppable.
Rien de mieux que le quart de finale face à l’Allemagne pour donner raison à notre métaphore. Marine Johannès débute désormais sur le banc et vient en seconde lame finir le travail en appuyant sur le champignon atomique. Coté destruction, deux exemples de ravages parmi d’autres : rentrée à quatre minutes de la fin du premier quart-temps, elle plantera huit points, dont deux tirs longue distance, pour creuser un premier écart avec les Allemandes. Nouveau 3 points au début du deuxième quart avant de sortir s’asseoir sur le banc, le sentiment du travail bien fait. Même schéma au 3eme quart-temps : entrée à 4 minutes du terme, une petite interception, un panier facile, puis un trois point, histoire de se mettre définitivement à l’abri.
Le collectif puis l’ode au chaos
Dans une équipe de France extrêmement bien huilée – 19 passes décisives, 14 interceptions et 20 pertes de balles provoquées chez l’adversaire, la joueuse de 29 ans semble, elle, être exemptée de toute consigne, à part celle de mettre le boxon. On n’est pas dans les petits papiers du coach, mais on s’imagine assez bien Jean-Aimé Toupane lui dire avant chaque rentrée en jeu : « Ho écoute, fais-toi plaisir, on a qu’une vie. ».
La joueuse confiait sa grande indépendance en zone mixte post-match : « Quand on fait le taff en défense, Jean-Aimé nous laisse assez libre en attaque. Il ne s’inquiète pas trop sur la partie offensive, il sait qu’on gère bien ce côté-là et il n’y a pas trop de consignes. »
Remplaçante, le rôle idéal pour canaliser la génie ?
Comme ses homologues masculins, l’équipe de France de basketball féminine doit composer avec une phénomène, une tâche plus dure qu’il n’y paraît. Chez les garçons, l’alien Victor Wembanyama, un physique et un talent jamais vu dans l’Hexagone, offre parfois la tentation du « Tout Wemby ». A vouloir tout faire dans un rôle hybride d’ailier-pivot, le jeune de 20 ans se perd encore un peu dans son immense palette. De l’autre, Marine Johannès, joueuse « fantasque » comme la décrivent ses partenaires, remplaçante pour mettre le feu, mais aussi canaliser ce trop grand génie.
Comme Wemby, en titulaire, Marine Johannès a parfois surjoué ou au contraire eu tendance à ne pas en faire assez. L’éternel paradoxe des surdoués qui, hésitant entre les 1.001 coups de génies dans leur besace, finissent par se prendre les pieds dans le tapis. Totalement libre dans ce rôle de remplaçante, la joueuse a inscrit mercredi son plus gros total de points sous la tunique bleue : 24.
« Quand elle prend feu comme ça »
Jean-Aimé Toupane, lui, ne pouvait que vanter son propre coup tactique à la fin du match : « Elle a été exceptionnelle. Dans la dynamique d’une équipe, il vaut mieux avoir une force qui sort du banc pendant que les autres sont déjà sur le terrain. Elle a accepté son rôle, et c’est ce qui se fait la différence. »
Les autres joueuses, à qui Johannès a rendu hommage, s’accommodent aussi de leur fonction lorsque la Normande a la main chaude. « Quand elle prend feu comme ça, c’est à nous de se mettre à son service pour qu’elle puisse continuer à briller. On la laisse s’exprimer dans toute sa splendeur et c’est plutôt sympa », expliquait humblement Marième Badiane. Un rôle de l’ombre ? Plutôt un sacré kiff : « On sait très bien de quoi elle est capable, c’est un régal de jouer avec ».
La capitaine Sarah Michel-Boury pour l’adoubement finale : « C’est quelqu’un qui a beaucoup de liberté, à qui on fait énormément confiance, car on a besoin de sa magie. »
Pour être sûr de bien comprendre ce qui se passait, on a contacté notre ancien professeur de physique au lycée, Monsieur Botta. « C’est le plus dur dans la fusion nucléaire, la lancer au bon moment. Une fois partie, c’est hors de contrôle, alors la seule chose qu’on peut décider, c’est le ''go''. » Il en a fallu du temps, et parfois du gâchis, mais ca y est, la France sait quand lancer l’explosive Marine Johannès. « Bon par contre, dans une fusion nucléaire, c’est un neutron qu’on laisse libre, pas un électron », nous rappelle notre professeur. Merde, on pensait tenir la métaphore parfaite.


















