JO 2024 Basket : « C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses »… Les Bleues restent zen après leur carton
Bon sens populaire•L’équipe de France féminine a parfaitement réussi ses débuts dans ces Jeux olympiques en écrasant le Canada (75-54)Nicolas Stival
L'essentiel
- Grâce à un second quart-temps irréel (23-2), l'équipe de France de basket féminin a torpillé le Canada (54-75), ce lundi à Villeneuve-d’Ascq, pour son premier match des Jeux olympiques.
- Les Bleues ont désormais rendez-vous jeudi avec les Nigérianes, étonnantes tombeuses des Australiennes (75-62).
- Le sélectionneur Jean-Aimé Toupane veut garder la tête froide malgré ce succès qui ne présage en rien de la suite de la compétition.
A Villeneuve-d’Ascq,
Comment expliquer cette dinguerie ? Comment une équipe d’abord bousculée peut tout à coup se mettre à marcher sur l’eau pendant que son adversaire sombre corps et âme, comme les Bleues face au Canada, ce lundi au stade Pierre-Mauroy (75-54) ? Menées 15-18 dans ce premier match des Jeux olympiques, les Françaises ont sorti un deuxième quart-temps de mutantes (23-2) grâce à une série insensée : 22-0 en neuf minutes et trente secondes.
On peut avancer « l’ambiance de folie » soulignée par Marine Johannès, même si, avec un peu plus de 20.000 spectateurs, le formidable outil du Losc n’avait pas fait le plein comme les jours précédents. « Malheureusement, on n’a pas l’habitude, nous les filles, de jouer dans ces conditions. L’échauffement, la Marseillaise… C’est quelque chose qu’on n’oubliera pas. » Mais c’est un peu court…
Le sélectionneur Jean-Aimé Toupane peine à trouver une explication rationnelle à un événement qui ne l’est pas, surtout face à une formation qui avait dominé les Tricolores lors de la Coupe du monde 2022 (59-45) : « On est des êtres humains, pas des machines. Si je le savais… Il suffirait de tourner une clé. » Avant de tenter : « Il y a une telle envie dans cette équipe-là, depuis le début… » Allez, on redonne la parole à Johannès : « c’est parti de la défense, juge la star des Bleues qui, comme d’habitude maintenant, a commencé sur le banc, avant de vite entrer en jeu et de mener par l’exemple ses troupes à ce triomphe, malgré une adresse bancale (7 points à 3/11 dont, 1/9 à 3 points). On a fait de gros stops défensifs qui nous ont permis d’avancer. Je trouve aussi qu’on partage bien la balle. On essaie de trouver la fille qui est ouverte. On a fait un quart-temps idéal, qui nous a permis de conserver cet écart jusqu’à la fin du match. »
Gare au Nigeria
Le discours de la future joueuse de Mersin (Turquie) ne peut que plaire à Toupane qui, comme son homologue chez les garçons Vincent Collet, n’est pas près de laisser la plage aux romantiques, malgré le récent décès de Pascal Danel : « Ce dont on a envie, c’est d’abord de défendre, avant de penser à l’attaque. Ce projet-là, on le répète depuis deux mois. »
Après une excellente préparation (cinq matchs, cinq succès), les médaillées de bronze olympiques à Tokyo ont donc évité de trébucher sur le premier obstacle aux JO, à la différence de l’Australie face au Nigeria (62-75), dans l’autre match du groupe B. Et leur effectif dense n’y est pas pour rien, comme l’explique Valériane Ayayi : « On a la chance d’avoir 12 joueuses qui peuvent jouer à très haute intensité [11 en fait ce lundi, Iliana Rupert n’étant pas entrée]. Au début, les équipes sont fraîches, motivées. Puis on fait nos rotations, on les refait, et au bout d’un moment, les adversaires craquent. »
Absente lors de l’Euro 2023 (comme Johannès), Gabby Williams a fait un carnage face à des Canadiennes déboussolées (12 points, 8 passes, 3 rebonds et 5 ballons volés), alors qu’à l’intérieur, Marième Badiane a enquillé 13 points et capté 6 rebonds.
« Il s’agit d’un marathon »
Tout cela est juste et bon, mais n’assure strictement rien aux Bleues, dans la quête d’une médaille derrière des Américaines a priori intouchables.
Ne vous inquiétez pas, Toupane et ses joueuses ne vont pas aller faire du wheeling sur la Grand’Place de Lille d’ici la rencontre face au Nigeria, jeudi. « Nous avons des filles expérimentées, sept d’entre elles ont fait les JO, rappelle le sélectionneur. On est conscients qu’il s’agit d’un marathon. Il reste cinq matchs, cinq finales à jouer. C’est à la fin de la foire qu’on compte les bouses. »
L’expression n’est pas la plus belle de la langue française, mais elle a le mérite de bien imager les propos de celui qui l’énonce.


















