JO 2024 : Silence pesant, loge vide… L’Arena Bercy est-elle le nouveau Roland-Garros ?
Jeux olympiques•C’est l’un des rares couacs de ces Jeux olympiques. L’Arena de Bercy choque de plus en plus par ses nombreux sièges videsJean-Loup Delmas
L'essentiel
- Il faut croire que personne n’est parfait, même pas les Jeux olympiques de Paris 2024, qu’on trouvait pourtant merveilleux.
- Depuis quelques jours, l’Arena de Bercy subit les foudres des réseaux sociaux, avec ses nombreuses images de siège vide.
- Entre ça et une ambiance parfois un peu trop code bourgeois, l’Arena de Bercy ressemble plus à Roland-Garros qu’aux Jeux olympiques.
De notre envoyé spécial sur le court Philippe Chatrier ou à l’Arena Bercy, il ne sait plus trop,
Après une première semaine euphorique, le soufflé retombe déjà sur ces Jeux olympiques Paris 2024. L’absence de médailles françaises, des épreuves moins inspirées – aucune offense contre la lutte, mais on préfère la natation quand même –, la lassitude des bascules sur FranceTV finissent par peser sur l’effet « magie des Jeux ». Même nos stades, jadis tant vantées pour leur ambiance électrique ou leur beauté sans nom (oui le beach à la Tour Eiffel, on parle encore de toi), commencent à subir quelques critiques. Surtout un d’ailleurs : l’Arena de Bercy.
Hier, les images de gradins dégarnis durant les quarts de finale de basketball, que ce soit France-Canada ou encore pire Australie-Serbie, n’ont pas manqué de faire réagir le public à la télévision et ternir l’image des « Jeux comme succès populaire ». Rebelote cet après-midi, où tout un pan de l’Arena Bercy était vide lors de la victoire des Bleues face à l’Allemagne. « C’est frustrant », reconnaît Léo, supporter qui avait commencé à suivre le basket à Lille. « Là-bas, les places étaient moins chères, du coup, le stade était plein. Là, on retombe dans le cliché du sport à Paris : des tribunes vides et des places réservées pour des influenceurs plus que des fans ».
Le facteur prix
Premier grief : le prix des places. 240 euros le siège pour le quart de finale de cet après-midi en catégorie A, 175 euros la catégorie B avec une vue franchement pas ouf pour le prix (en face d’un des paniers donc avec une mauvaise vision du jeu ou très en hauteur). Ça fait cher le match, surtout qu’au moment des ventes, il était impossible de savoir quelle équipe allait s’affronter.
Autre explication, des places réservées qui ne trouvent pas preneurs. Une célèbre marque nous répond : « On a reçu des places partenaires, qu’on a proposées aux employés. Seuls deux en ont pris. Ce sont les vacances d’août, certains horaires – notamment 14h30 ou même 18 heures – font juste avec le boulot ». Et puis, tout simplement, « le basket n’intéresse pas tout le monde. » Problème : « Il est illégal de revendre des places partenaires. Si personne n’en veut, on ne peut rien en faire. Ça fait une chaise vide »
De mauvais codes
Les places VIP, réservés aux stars, sont aussi une autre explication de ces rangées solitaires. Les célébrités ne vont pas se fader tous les matchs et hypothéquer leur journée. Exemple type hier soir, où les loges VIP étaient pleines pour la dream team américaine de basket avec notamment Snoop Dogg ou Léon Marchand, mais bien vides pour les matchs précédents.
Un public au petit oignon trié au porte-monnaie qui a parfois les mauvais codes et qui, pensant bien faire, peut se muer en ambiance de cathédrale un poil lourdingue. Le silence en finale de gymnastique a été dénoncé par la reine Simone Biles elle-même. Elle y voit une cause aux multiples chutes des gymnastes sur la poutre. De nombreux spectateurs, reprenant les codes du tennis, indiquait au reste du public de se taire « par respect des athlètes ». Sauf que la gym, ce n’est pas du tennis – et oui ! Et les ambiances sont normalement plutôt festives, enjouées et bruyantes.
Bercy sauvé par son prestige ?
« A chaque fois que les coéquipières les encourageaient et qu’il y avait du monde on entendait des chuts…. On a dit que non, la poutre ce n’était pas comme ça. D’ailleurs, de ne pas avoir de musique et tout ça, c’était un peu compliqué », a dénoncé Cécile Landi, la coach française de Simone Biles.
Heureusement, les gueux qui ont pu s’acheter une bonne place en hypothéquant leur maison ou qui ont été relégués aux gradins les plus hauts suffisent d’habitude à mettre une très bonne ambiance. Ne prêtons pas à l’Arena de Bercy des défauts qu’elle n’a pas, et entre les Marseillaises, les Ola et les applaudissements, ça vibre bien quand même. Hors finale de gymnastique donc.
Une ambiance et un prestige de la salle qui gomment ces défauts… exactement comme Roland-Garros, tiens. Les basketteuses victorieuses ne disaient pas autre chose cet après-midi : « Pour nous, c’est un rêve et une chance de jouer à Bercy, indiquait Romane Bernies. Les sièges vides, on ne les remarque pas, on se concentre sur les spectateurs présents ».
Même sentiment chez la capitaine Sarah Michel Boury : « Notre but était d’embarquer le public, et on l’a fait. Et on peut dire qu’il y avait un sacré niveau sonore ! » Bercy est peut-être Roland-Garros, mais tant qu’on y gagne l’or, on peut bien s’accommoder de deux trois rangées vides.


















