Roland-Garros 2024 : En abandonnant, le (très) dur au mal Djokovic choisit-il la prudence avant les JO de Paris ?
SUSPENSE•Novak Djokovic souffre d’une lésion du ménisque médial du genou droit qui l’a contraint à déclarer forfait pour la suite de Roland-Garros. Le verra-t-on à Wimbledon et aux Jeux olympiques ?William Pereira
L'essentiel
- Novak Djokovic s’est retiré de Roland-Garros avant son quart de finale contre Casper Ruud en raison d’une lésion du ménisque médial du genou droit
- Djokovic a souvent joué blessé par le passé, comme à l’Open d’Australie 2021 où une déchirure abdominale ne l’a pas empêché de remporter le titre.
- « Les joueurs comme lui et Nadal ont une tolérance à la douleur qui est supérieure au commun des mortels, qui est liée à leur habitude, explique l’ancien médecin du Racing 92, Olivier Rouillon, parce qu’ils s’entraînent dur, ils peuvent avoir des douleurs et ils s’y habituent. »
De notre envoyé spécial,
Il est 16h48 quand la nouvelle vient briser le silence de la salle de presse de Roland-Garros. Novak Djokovic forfait pour son quart de finale contre Casper Ruud. « J’ai joué avec mon cœur et j’ai tout donné lors du match d’hier et malheureusement […] mon équipe et moi avons dû prendre une décision difficile après mûre réflexion et consultation. » Tout est à refaire et à réécrire. Au fond, tout le monde s’en doutait, mais bon, avec Nole, on se disait que tout était possible : avec Nadal, il était devenu le champion de la résilience.
Un état de fait difficilement questionnable depuis ses deux derniers numéros en cinq sets sur la terre parisienne, et un joli pied de nez à ses premières années, celles des railleries d’Andy Roddick et autres Roger Federer, le Suisse n’hésitant pas à le réduire, dans un élan de mépris daté de 2009, à un gars fragile, « pas du genre à n’avoir jamais abandonné dans sa carrière ». Que voulez-vous, certaines choses vieillissent mal.
Jusqu’à six semaines d’indisponibilité en cas d’opération
Pour la première fois depuis bien longtemps, le Serbe a donc choisi de s’incliner devant la rationalité des événements. Dans l’ordre : une gêne au genou depuis deux semaines, ses quatre appels au kiné contre Francisco Cerundolo et la prise d’anti-inflammatoires « à la dose maximale » pour surmonter la douleur au genou, hier, puis l’annulation de l’entraînement et l’IRM, mardi, avec le diagnostic que l’on connaît. Lésion du ménisque médial du genou droit, dit le communiqué de la FFT. Débrouillez-vous avec ça. On aimerait tous avoir fait médecine dans ces moments-là, un peu comme Olivier Rouillon, ancien docteur du Racing 92. « S’il y a chirurgie, nous dit-il [la durée d’indisponibilité] peut varier de 10 jours à 6 semaines en fonction de ce que l’on fait : résection, suture, réinsertion. »
Autrement dit, soit la blessure est insignifiante, soit elle engage le désormais ex-numéro 1 mondial dans une course contre-la-montre avant Wimbledon et surtout les Jeux olympiques, seule case non-cochée dans son « bingoat » (bingo + goat, faut vraiment tout vous expliquer).
Il avait survécu à une déchirure abdominale à Melbourne en 2021
Puisqu’il ne nous reste que la spéculation en attendant la prise de parole de Djoko, eh bien spéculons. Sans l’échéance olympique, pour laquelle il refuse de ne pas arriver à 100 %, le Serbe, dur au mal comme pas possible, n’aurait jamais de la vie laissé Casper Ruud filer à 200 sur l’autoroute des demies sans poser un pied sur la terre du court Philippe Chatrier. Un argument au pif ? C’est la première fois qu’il abandonne un tournoi du Grand Chelem sans jouer, et Novak avait raison de rappeler la veille ces « moments dans ma carrière où j’ai eu des déchirures musculaires, ou d’autres problèmes. Néanmoins, j’ai joué pendant des tournois. Parfois sur un match ou deux, parfois, sur tout un tournoi. »
« Les joueurs comme lui et Nadal ont une tolérance à la douleur qui est supérieure au commun des mortels, qui est liée à leur habitude, explique Rouillon, parce qu’ils s’entraînent dur, ils peuvent avoir des douleurs et ils s’y habituent. Mais aussi, sur le plan mental, ils ont une envie de se dépasser, de passer outre. » »
Difficile de ne pas penser à cet Open d’Australie 2021, où l’héroïsme de Novak Djokovic – sans doute exagéré à des fins narratives – l’avait conduit à endurer et amplifier une déchirure abdominale pendant toute la quinzaine sans l’empêcher de décrocher le graal en finale contre Daniil Medvedev. Un tournoi auquel il avait survécu à coups d’antidouleurs et en passant moins de temps sur les courts de Melbourne qu’à se faire masser.
Cette fois, ni les anti-inflammatoires, ni les antalgiques, ni les massages, ni les formes de médecine alternative auxquelles il accorde une confiance aveugle ne l’ont convaincu à s’aventurer plus loin dans la douleur. « Quand on joue sur une blessure, on prend le risque de l’aggraver, rappelle le médecin. Il y a donc tout un tas de questions qui se posent. ''Est-ce que je peux me battre à armes égales pour la suite du tournoi ? Est-ce que je ne vais pas mettre en cause Wimbledon et les Jeux, même si c’est un peu plus tard ?'' » Une de ces deux questions a débouché sur l’abandon de Nole, mardi après-midi. Reste à savoir laquelle.


















