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Et si cette fois, Tsitsipas arrêtait de se faire martyriser par Alcaraz ?

Roland-Garros 2024 : Et si cette fois, Tsitsipas arrêtait de se faire martyriser par Alcaraz ?

tennisLe Grec a toujours perdu en cinq rencontres face au petit prodige espagnol, dont la dernière fois ici même l’an dernier, déjà en quart de finale
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Comme l’an dernier, Carlos Alcaraz et Stefanos Tsitsipas se retrouvent ce mardi à Roland-Garros au stade des quarts de finale.
  • L’Espagnol l’avait emporté facilement en trois sets, confortant un vrai ascendant sur le finaliste de Roland 2021, qu’il a toujours battu en cinq confrontations.
  • Est-ce que ce sera encore le cas lors de cette night session ? Notre petit doigt nous dit que pas forcément.

De notre envoyé spécial,

On suppose que cette fois-ci, Stefanos n’ira pas se caler dans un coin pour faire un petit dodo avant d’entrer sur le court. Souvenez-vous l’an dernier, Tsitsipas renvoyé à Athènes manu militari par l’ouragan Alcaraz (6-2, 6-1, 7-6 en à peine deux heures), en quart de finale de Roland-Garros. Le Grec avait expliqué cette rouste par la prise de mélatonine quelques heures avant le match, histoire de dormir un peu après des nuits difficiles du fait d’avoir joué en night sessions. Et avait promis alors qu’on ne l’y reprendrait plus.

Voilà donc pour Tsitsipas l’occasion de prendre sa revanche, ce mardi, puisque le sort a de nouveau placé Carlos Alcaraz sur sa route pour l’accession au dernier carré. Au-delà de la mésaventure de l’an dernier, réelle ou légèrement fantasmée, le numéro 9 mondial souffre d’un lourd passif face à l’Espagnol. Qui le sait très bien, d’ailleurs. Il n’y a qu’avait voir son petit sourire en coin dimanche, après son succès contre Auger-Aliassime en 8e, au moment de parler de son futur adversaire. « Je crois que j’ai la clé contre lui », a-t-il annoncé, fort de ses cinq victoires en autant de matchs contre Tsitsipas – dont les trois derniers disputés sur terre battue.

Appelé à développer sa pensée un peu plus tard en conférence de presse, l’Espagnol a poursuivi sa petite entreprise de destruction mentale. « Les matchs qu’on a joués, je les ai tous gagnés, c’est ce que je voulais dire. Bien sûr, il joue bien, il ne faudra pas que je joue simplement à 50 %, mais du point de vue tactique, je sais ce que je dois mettre en place pendant le match, a assuré Carlitos. D’ailleurs, je ne vais pas trop en parler. En tout cas, je connais les coups que je dois sortir pendant le match. »

Clic

Alors, match plié d’avance ? On ne préside pas le fan club de Tsitsipas, mais on trouve ça un brin réducteur. Déjà parce que le Grec est un homme de terre battue et qu’il ne brille jamais autant qu’à Roland, où il a été finaliste (2021) et de demi-finaliste (2020). Surtout, il arrive blindé de confiance, après un 8e de finale où quelque chose a fait clic dans sa tête.

Mené d’un set et breaké dans le deuxième face à un Arnaldi qui marchait sur l’eau depuis le début de la quinzaine, il a réussi à renverser complètement le match et étouffer l’Italien (3-6, 7-6, 6-2, 6-2), lui qui a souvent souffert de son mental de chips. « Un de mes plus beaux come-back, a-t-il dit après coup. Il y avait une force en moi pour faire tourner ce match. Ce jeu à 5-4 quand j’ai débreaké, je pense que c’était le plus grand bonheur que j’ai connu dans le tennis depuis longtemps. »

La fragilité d’Alcaraz

L’incertitude de cette opposition tient aussi beaucoup à Carlos Alcaraz lui-même. Sa préparation avant ce tournoi a été pour le moins parcellaire. Forfait à Monte-Carlo, Barcelone et Rome, encore diminué à Madrid, où il s’est arrêté en quarts, l’Espagnol traîne une blessure au bras droit depuis de longues semaines. Et le pire, c’est qu’il « ne sait toujours pas exactement » ce que c’est, comme il l’a avoué en arrivant à Paris.

Aussi impressionnant soit-il sur le court, le plus jeune numéro 1 mondial de l’histoire, déjà vainqueur de deux tournois du Grand Chelem (US Open 2022, Wimbledon 2023) à seulement 20 ans, peine à se départir d’une forme de fragilité. Car avant le bras, il y avait eu les abdos, la cuisse et la cheville. Des pépins qui jettent un voile sur sa capacité immédiate à remporter son premier Roland. « J’ai toujours peur avec lui, observe Henri Leconte. Il est tellement puissant, tellement explosif, que je me demande toujours si son physique va tenir la cadence de son jeu. »

Ca va vite avec Carlos.
Ca va vite avec Carlos. - Javier Garcia//SIPA

Egalement croisé à la présentation du trophée des Légendes, Guy Forget partage le scepticisme de son ancien partenaire, mais pas tout à fait pour les mêmes raisons. « J’adore ce joueur, mais par moments j’ai l’impression qu’il s’emballe un peu. Il est tellement offensif que parfois, il a des passages dans un match où il donne, il donne, il donne. Ce que ne faisait jamais Rafael Nadal, par exemple. Face à des joueurs qui ne sont pas loin de ce niveau, comme Tsitsipas, ça peut lui coûter cher », estime-t-il.

NOTRE DOSSIER ROLAND-GARROS

Autre faiblesse identifiée par l’ancien directeur du tournoi, la stabilité émotionnelle : « Il lui arrive souvent de s’agacer. Pourtant, il commence à avoir de la bouteille. Il a gagné deux tournois du Grand Chelem, il a été numéro 1 mondial, il pourrait dégager plus de sérénité. Mais je lui trouve encore pas mal de précipitation, qui me laisse penser qu’il n’est pas imbattable. » Tsitsipas l’a sans doute saisi, en plus d’avoir tiré les leçons de ses défaites précédentes. « Il a dit qu’il aimait bien jouer contre moi. J’espère qu’il aimera un peu moins cette fois-ci. »