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JO 2024 - Basket 3x3 : « Mentalité différente »… Pourquoi les Etats-Unis ne défoncent pas tout comme au 5x5 ?
Balle orange•Longtemps déconsidéré aux Etats-Unis, le basket 3x3 s’est structuré depuis Tokyo. Jusqu’à ce que les sélections américaines soient intouchables ?Antoine Huot de Saint Albin
L'essentiel
- Alors que le Team USA fait peur à tout le monde dans le basket 5x5, la domination des Américains dans le 3x3 n’est pas encore établie.
- Pas qualifiés à Tokyo chez les hommes, les Etats-Unis ont changé leur fusil d’épaule et se sont mis à considérer le 3x3 comme une discipline à part entière.
- Malgré le titre au Japon, l’équipe féminine a, elle aussi, évolué.
Se faire humilier par la Belgique et les Pays-Bas, quand on est les Etats-Unis, il n’y a pas mort d’homme. Enfin, surtout au football. Au basket, par contre, l’affront est immense. Les hérétiques auraient dû perdre leur nationalité, arrêter le sport à tout jamais, voire être envoyés sur des plateformes pétrolières au large de l’Alaska pour se faire oublier. Défaits lors du TQO de Vienne (Autriche), les Américains ne s’étaient pas qualifiés pour le tournoi de basket 3x3 à Tokyo. Choc.
Car, oui, au basket 3x3, les Américains ne sont pas aussi redoutables et impressionnants que leurs cousins du 5x5, qui viennent à Paris piétiner la concurrence et montrer que l’Amérique domine le monde. Mais si voir LeBron James, Kevin Durant et compagnie entrer sur le parquet peut vous faire vaciller, se poser devant les agneaux Jimmer Fredette et ses guys vous en fait toucher une sans bouger l’autre. « Aucune équipe ne me fait peur, on est capables de battre tout le monde », confirme Hugo Suhard, membre de l’équipe de France, finalement pas sélectionné pour les JO.
« Pas aussi populaire qu’en Europe »
Alors, pourquoi les Etats-Unis du 3x3 ne font pas aussi peur ? Le format, spécial, de la discipline est une première réponse : un match de 10 minutes ou le premier à 21. Il suffit qu’une équipe fasse le match de sa vie et l’autre soit en dedans pour que les écarts soient vite impossibles à rattraper. Et la guillotine vite tombée. Mais, surtout, les Américains ont longtemps mis de côté, voire dénigrer, le 3x3.
« On n’a pas beaucoup de gens qui jouent, regrettait l’international Robbie Hummel, sur Westwood One Sports, après la déflagration autrichienne. Ce n’est pas aussi populaire qu’en Europe de l’Est ou même en Asie. Dans toute ma carrière de 3x3, on a joué que deux fois en Amérique du Nord, il y a d’énormes barrières à disputer des matchs en Europe, ce n’est pas facile d’y aller. »
Il n’est pas ici question d’être soucieux de l’empreinte carbone ou de flemme de voyager chez ces moldus du vieux monde, mais juste d’intérêt et même de mentalité. « C’est clair qu’entre le 5x5 et le 3x3, la mentalité est différente, nous explique l’Américaine, naturalisée azerbaïdjanaise, Marcedes Walker Oladipo. Le basket en Amérique, c’est 5 contre 5 tout le temps, partout, ou du 1x1. Pour le 3x3, vous avez besoin de connaître différentes techniques pour jouer, que ça soit sur la passe, le placement… »
Pas de joueurs NBA à Paris
La déculottée de 2021 a un peu fait avancer les choses chez les hommes. Comme pour la France avec Paris, une équipe privée de 3x3, Miami, a été créée et dispute certaines étapes du circuit Fiba. Les quatre joueurs présents à Paris y évoluent : Canyon Barry, Jimmer Fredette, Dylan Travis et Kareem Maddox, seul survivant de Vienne. Pas de stars NBA détachées pour l’occasion, mais des vrais joueurs qui se sont spécialisés dans le 3x3 et ont bossé les automatismes depuis plusieurs mois.
« Maintenant, le 3x3 est vraiment considéré aux Etats-Unis, confirme l’international français Timothé Vergiat. Tu t’améliores beaucoup en pratiquant, et ça ne vient pas comme ça. On voit vraiment la différence. Le fait de tourner sur le circuit, ça apporte vraiment une grosse expérience, ça apporte de la stabilité. »
Si les Serbes sont les grands de la compétition, les Etats-Unis viennent à Paris pour en découdre. Et imiter, ainsi, l’équipe féminine, sacrée à Tokyo en 2021 et championne du monde en titre, qui se permet maintenant de rouler des épaules, comme tout bon Américain qui se respecte. « C’est culturel chez elles, estime la Française Marie-Ève Paget. Ce n’est pas un mal si elles pensent qu’elles sont les meilleures et elles ont le droit de le penser, parce que ce sont de super joueuses. Elles ont été construites comme ça et ça ne changera pas. Qu’elles fassent du 3x3 ou du 5x5, pour elles, ce sont les meilleures. »
« Elles ne sont pas imbattables »
Mais, malgré le titre au Japon, les Américaines et leur assurance de naissance ont, elles aussi, changé leur approche du 3x3. Alors qu’à Tokyo l’équipe était composée uniquement de joueuses de WNBA, à Paris, la majorité de la Team USA est spécialisée dans le 3x3. Raison de plus pour avoir peur pour nos tricolores, qui avaient été battues en demi-finale des JO en 2021 ? Pas du tout.
« Elles sont toujours là, de toute manière, dans les grandes compétitions, mais elles ne sont pas imbattables et elles n’ont pas une suprématie comme elles peuvent avoir dans le 5x5, reprend Paget. Après, à partir du moment où on parle des JO, les Américains prennent toujours les choses au sérieux. »



















