Audiences et paris déments, Biden… La folie Caitlin Clark s’empare de l’Amérique, au-delà de la planète basket
Talent brut•L’incroyable shooteuse de l’université d’Iowa, qui a inscrit 41 points lundi dans un choc de NCAA ayant attiré 12,3 millions de téléspectateurs sur ESPN, va disputer le Final Four à Cleveland dans la nuit de vendredi à samediJérémy Laugier
L'essentiel
- Le Final Four de basket universitaire féminin aux Etats-Unis débute avec le choc entre Iowa et UConn dans la nuit de vendredi à samedi (à 3 heures).
- Jamais ce tournoi de NCAA n’avait été autant suivi outre-Atlantique, à l’image de l’impressionnant pic d’audience à 12,3 millions de spectateurs lors du quart de finale LSU-Iowa.
- La principale raison de cette hype se nomme Caitlin Clark. La shooteuse de 22 ans des Hawkeyes est perçue comme un phénomène que vous présente 20 Minutes.
Luka Doncic régale plus que jamais en NBA, au point de voir son nom revenir fort dans la course au trophée de MVP. Pourtant, les médias américains tenaient à l’interroger mardi, après l’entraînement de Dallas, sur le tournoi universitaire féminin. Et surtout sur Caitlin Clark, l’arrière américaine de 22 ans d’Iowa, encore inconnue aux yeux du grand public européen mais déjà un véritable phénomène outre-Atlantique. Et le génie slovène plonge volontiers dans la hype : « Elle est incroyable, c’est une Steph Curry au féminin, elle shoote tellement mieux que moi. »
La joueuse d’1,83 m a marqué les esprits il y a un mois, en faisant tomber un record phare datant de 1970, celui des points inscrits dans une carrière de basket universitaire, hommes et femmes compris. Exit le légendaire Pete Maravich et ses 3.667 points, place à Caitlin Clark donc. Celle-ci carbure en moyenne pour sa quatrième et dernière saison NCAA avec les Hawkeyes à 32 points, 9 passes décisives et 7,3 rebonds de moyenne. Oui, oui, rien que ça. De quoi obtenir un tweet hommage de Joe Biden himself.
Neuf paniers à trois points inscrits en quart de finale
Lors du match universitaire le plus attendu de l’année lundi, un quart de finale contre LSU à Albany (New York) sous forme de revanche de la précédente finale, la shooteuse était méchamment on fire. 41 points, 12 passes dé, 9/20 à trois points (!!!) et une qualif dantesque (94-87) pour le Final Four à Cleveland. « Voir une joueuse capable de dégainer du rond central, c’est du jamais vu dans l’histoire, s’émerveille Shaï Mamou, journaliste pour le site français Swish Swish consacré au basket féminin, et scotché à son écran jusqu’au bout de la nuit ces temps-ci pour les matchs des Hawkeyes. En comparaison avec la NBA, la WNBA a conservé un jeu plus traditionnel, mais Caitlin Clark sera capable de révolutionner la Ligue avec ses tirs longue distance, comme Stephen Curry a pu le faire. »
Moins flashy que la superstar des Warriors, Caitlin Clark n’en est pas moins diabolique dans sa propension à flinguer ses adversaires depuis le parking, tout en multipliant les caviars. Avant de défier dans la nuit de vendredi à samedi (à 3 heures sur beIN SPORTS 2) UConn et sa talentueuse meneuse Paige Bueckers, elle semble être autant redoutée que Michael Jordan dans ses plus belles années. Sa dernière victime en date, l’entraîneuse de LSU Kim Mulkey, glissait ainsi après son récital : « Avec elle, il n’y a pas de stratégie à avoir : personne n’est capable de l’arrêter. C’est une joueuse générationnelle qui rend meilleures toutes ses coéquipières. Je suis bien contente qu’elle quitte le basket universitaire pour rejoindre la WNBA cet été. »
Travis Scott s’est rendu à Iowa City pour saluer Clark
A coup sûr numéro 1 de la prochaine Draft, elle est ainsi promise au Fever de l’Indiana. En attendant, celle qui ne devrait pas encore faire partie de la « Dream Team » américaine aux JO de Paris 2024, malgré sa récente convocation à un stage avec l’équipe nationale, ambitionne d’offrir à Iowa le premier sacre de son histoire en NCAA. Le coach de UConn Geno Auriemma, qui n’a pas fini de la maudire dans quelques heures, s’est marré sur le sujet en conférence de presse d’avant-match : « Je sais que Caitlin Clark avait un contentieux avec LSU. Mais il n’y a rien de personnel entre elle et moi. Je ne tiens pas à la voir nous planter 50 points. Je l’adore, qui a dit que je considérais Paige Bueckers comme la meilleure joueuse du pays ? Je pense que Cailtin est la meilleure joueuse de tous les temps. »
Avant même de lancer sa carrière professionnelle, l’idole d’Iowa City fascine la planète basket, y compris avec une simple vidéo d’un entraînement solo d’avant-saison. On la voit multiplier les sprints et enchaîner trois séries de 100 tirs dans différentes positions, pour un total de 233/300. « Ça, c’est une journée au boulot », comme dirait l’autre. Ainsi va la « Caitlinsanity » aux Etats-Unis, où tous ses matchs sont évidemment à guichets fermés cette saison, avec des places revendues jusqu’à 3.500 dollars au marché noir dans la bouillante salle d’Iowa City (15.400 places). Journaliste pour la chaîne de télévision KGAN dans l’Iowa, Owen Siebring raconte la ferveur démente dans cette Carver-Hawkeye Arena.
« A chacun de ses shoots impossibles, c’est comme si l’ensemble des spectateurs retenait son souffle. Et une seconde après, la foule explose de manière indescriptible. Même moi qui ne suis au départ pas un grand fan de basket, je m’accroche souvent à mes collègues en plein match et on hurle : "Waaaah, tu as vu ça ?" Je n’aurais jamais pensé que notre petit Etat serait ainsi le centre de toutes les attentions aux Etats-Unis. Caitlin est aujourd’hui plus connue que le gouverneur de l’Iowa et des gens viennent de l’autre bout du pays exprès pour la voir jouer. D’ailleurs, on n’est même plus étonné de découvrir que des célébrités comme le rappeur Travis Scott assistent à un match des Hawkeyes. »
Une audience au-dessus de la plupart des finales NBA
L’effet Caitlin Clark est encore plus parlant sur le petit écran. Les quarts de finale ont marqué lundi une des nuits les plus fastes de l’histoire du sport américain au féminin : 6,7 millions de téléspectateurs sur ESPN pour USC-UConn, et surtout 12,3 millions pour ce fameux LSU-Iowa. Des chiffres monstrueux, même à l’échelle du si concurrentiel sport professionnel US : les audiences moyennes des finales NBA depuis 2015 n’ont jamais atteint la pointe de ce LSU-Iowa, hors présence des Warriors de Stephen Curry. De même, aucun match de la précédente saison de Major League Baseball (MLB), pourtant une institution outre-Atlantique, n’a fait aussi bien.
« Aux yeux des jeunes filles d’aujourd’hui, les athlètes féminines sont des stars aussi importantes, sinon plus, que les hommes, remarque Lindsey Darvin, professeure de management du sport à l’université de Syracuse et très attentive au phénomène Caitlin Clark. Elles ne connaîtront jamais cette époque où il n’était pas possible de regarder constamment du sport féminin à la télévision. » C’est exactement ce que disait la veste portée lundi par Jason Sudeikis (oui, l’immense Ted Lasso), lui aussi grand fan de Caitlin Clark, et donc présent en bord de terrain pour LSU-Iowa : « Tout le monde regarde du sport féminin. »
« Des barrières tombent »
Professeur en management et économie du sport au Canada, Michael Naraine note que « ce match LSU-Iowa a entraîné le plus grand nombre de paris sportifs de l’histoire du sport féminin aux Etats-Unis et que l’impact de ce rendez-vous sur les réseaux sociaux était hallucinant ». Si bien qu’il voit en ce Final Four de NCAA à Cleveland (dans la salle de 20.500 places des Cavs) « un élan inédit pour le basket féminin ».
« C’est la première fois qu’il y a beaucoup plus d’engouement du public autour de la NCAA féminine que masculine, poursuit Michael Naraine. Aucun joueur n’est identifié comme une star en puissance en vue de la prochaine Draft, alors que Caitlin Clark mais aussi Angel Reese (LSU), JuJu Watkins (USC) et Paige Bueckers (UConn) sont déjà toutes impressionnantes. Elles peuvent ouvrir une nouvelle ère du sport. » Un tournant qui pourrait dépasser les frontières américaines pour ce Final Four, commenté en direct à la télévision française pour la première fois.
« Avec cette hype, Caitlin Clark peut contribuer à démocratiser encore davantage le basket féminin dans le monde, apprécie Marie-Fatou Gueye, journaliste basket pour beIN SPORTS et joueuse de N3 au Stade Français. A l’échelle américaine, des barrières tombent quand on voit l’engouement autour du duel à trois points entre Steph Curry et Sabrina Ionescu au dernier All Star Game et le fait que la WNBA soit suivie et saluée par des grandes stars NBA. C’est important que les jeunes basketteuses mais aussi basketteurs puissent avoir des modèles féminins. Ça m’arrive de voir aujourd’hui en France des garçons porter les baskets de Sabrina Ionescu. » On peut compter sur Nike, déjà le principal sponsor de Caitlin Clark depuis 2022, pour poursuivre le filon dans les prochaines années avec la jeune icône de tout l’Iowa.


















