Coupe du monde de rugby : Comment les joueurs du XV de France vont-ils reprendre leur vie normale après l’échec ?
Rugby•Deux semaines après l’énorme déception de l’élimination contre les Springboks, en quart de finale du Mondial, le Top 14 reprend ce week-endNicolas Stival
L'essentiel
- Deux semaines après l’échec du XV de France en quart de finale de sa Coupe du monde contre l’Afrique du Sud (28-29), le Top 14 reprend dimanche.
- Seule une minorité de Bleus sera présente sur les terrains dès ce week-end.
- Outre la dimension physique, le volet psychologique est à prendre en compte après une telle gifle.
Tout était prévu, à la virgule près. En cas de sacre mondial samedi au Stade de France, les Bleus auraient eu droit à deux semaines de congé, selon la convention FFR – LNR signée le 7 juillet dernier. Les champions de France toulousains et les finalistes rochelais auraient même bénéficié d’une semaine de repos supplémentaire à prendre en cours de saison « afin de tenir compte des manifestations qui seront organisées à l’issue de la Coupe du Monde qui mobiliseront les joueurs ».
Depuis, les démolisseurs springboks sont passés par là et ont anéanti les rêves de titre et de festivités sans fin. « Toutes les possibilités avaient été imaginées, mais personne ne s’attendait à ce qu’on soit éliminés en quarts de finale, reconnaît Mathieu Giudicelli, directeur général du syndicat des joueurs Provale, qui a également ratifié la convention. Maintenant, il faut avancer et traiter les situations au cas par cas pour que chaque joueur puisse reprendre dans son club dans de bonnes dispositions. »
Dimanche, plutôt que de récupérer de deux nuits de folie passées à picoler dans le trophée Webb-Ellis, plusieurs internationaux français se retrouveront sur une pelouse du Top 14, qui reprend après huit semaines d’interruption. « Ce sera fait dans la règle et à la carte », commentait simplement Jérôme Cazalbou mercredi dernier, trois jours après le crash sud-africain. Le manager du haut niveau du Stade Toulousain est particulièrement concerné, puisque son club a copieusement alimenté le XV de France, avec 10 sélectionnés sur les 33 Mondialistes.
La règle, c’est une semaine de repos, qui est donc désormais écoulée et, pour les Rouge et Noir comme pour les Rochelais, une autre semaine, à poser avant le 29 janvier prochain, en fonction des besoins du club et des ressentis des joueurs. « Certains n’ont pas eu tous leurs jours de repos à l’intersaison, il y a aussi ce reliquat à poser », complète Mathieu Giudicelli.
Une reprise en ordre très dispersé
Comme souvent dans le rugby, mieux vaut donc maîtriser les tableaux Excel pour que chacun puisse s’y retrouver. Du côté d’Ernest-Wallon, Peato Mauvaka était le seul Bleu sur le pré lundi à l’entraînement, ce qui ne signifie pas forcément qu’il jouera dès dimanche contre l’Union Bordeaux-Bègles. Antoine Dupont, lui, jouait au padel à quelques mètres de là, avant de découvrir sûrement le rugby à VII cet hiver, dans l’optique des Jeux olympiques… Côté girondin, les Jalibert, Lucu, Penaud, Bielle-Biarrey, Moefana ou Faletea seront absents à coup sûr à Toulouse, avant de reprendre a priori le lendemain, selon Midi Olympique.
En revanche, les Montpelliérains Chalureau et Vincent, peu utilisés par Fabien Galthié, devraient jouer ce week-end face à un Racing 92 sans Fickou ni Woki. Quant au restant du contingent toulousain et aux sept Rochelais, ils sont plutôt attendus courant novembre.
En résumé, c’est un joyeux boxon, entre les règles à respecter, les envies de certains de reprendre plus vite qu’autorisé pour exorciser la déception, et à l’inverse, comme l’expliquait Matthieu Jalibert sur RMC mercredi dernier, le souhait d’autres de « couper avec le rugby pendant dix ou quinze jours », pour « prendre l’air et [se] vider la tête. » « Certains ont des pépins physiques, d’autres ont enchaîné les matchs et sont fatigués, détaille le DG de Provale. Je pense que c’est un peu prématuré de jouer d’emblée un match de championnat. Tu prends un coup de bambou sur la tête, c’est compliqué de revenir, de s’y remettre. »
Car, au-delà des blessures physiques qu’ont pu subir certains, comme Julien Marchand dès le match d’ouverture face aux All Blacks, il faut gérer les conséquences mentales d’un échec dans la compétition d’une vie, à domicile, alors que jamais le XV de France n’avait paru si fort avant une Coupe du monde. Si se « laver la tête » dans un coin paradisiaque servait de remède à ce genre de déception, ça se saurait. Voyager « ne libère pas l’âme de ses maux » observait déjà Sénèque, certes peu averti des choses du rugby, voici 2.000 ans.
L’importance de la « résilience »
On ne sait pas si nos Bleus ont lu les Lettres à Lucilius, l’anti-Guide du routard du philosophe romain. Mais pour l’instant, la cellule psychologique de Provale n’a pas été sollicitée, indique Mathieu Giudicelli : « Nous n’avons pas eu d’appels de mondialistes. C’est une période délicate à passer, mais on parle de sportifs de haut niveau qui font preuve de beaucoup de résilience. Je suis sûr qu’ils vont rebondir. »
Les occasions seront multiples puisque, à partir de dimanche, les clubs d’élite français entrent dans un tunnel de 15 matchs consécutifs, Top 14 et Coupes d’Europe confondus, avant une première pause, les 10 et 11 février. Enfin, une pause pour les non-internationaux, puisque la 2e journée du Tournoi des VI Nations, avec notamment un Ecosse-France, tombe justement ce week-end-là.
Une semaine de repos désormais obligatoire après six matchs d’affilée
Gare au risque de « burn-out » donc, même si une nouvelle disposition réglementaire devait être adoptée ce mardi à Paris par le conseil de World Rugby, après avoir été portée par Provale et l’International Rugby Players (IRP) au niveau planétaire. « Les joueurs ne pourront pas enchaîner plus de six matchs d’affilée, explique Mathieu Giudicelli. Le septième week-end, ce sera repos. Jusqu’à présent, c’était au bon vouloir des clubs. » Si cette mesure fait moins parler que l’officialisation du passage de la Coupe du monde à 24 équipes et la création de la Coupe des Nations, elle doit permettre de freiner quelque peu les cadences infernales qui cassent les joueurs.
« On dit qu’on fera des vilains vieux, c’est de plus en plus vrai, avec des séquelles de plus en plus lourdes, observe le directeur général de Provale. C’est inacceptable d’entendre ça aujourd’hui, alors qu’on a des moyens pour prévenir les blessures et encadrer les cadences. Le taux d’accidents grave est trop élevé. Ce n’est pas possible aujourd’hui d’être handicapé à 30 ou 35 ans. Les jeunes retraités dont je m’occupe ont le corps d’une personne de 75 ans. » Sans parler des conséquences neurologiques parfois dramatiques des chocs à répétition, de mieux en mieux connues.
NOTRE DOSSIER SUR LA COUPE DU MONDENon, ce n’est vraiment pas joyeux, mais c’est la réalité avec laquelle les mondialistes, et l’ensemble de leurs collègues, doivent composer, après que les illusions d’une parenthèse qui aurait pu être enchantée se sont dissipées.


















