Mondiaux de trail : « Je ne me pose jamais », confie Marion Delespierre, médecin du sport sacrée à Innsbruck
INTERVIEW•La Lyonnaise de 36 ans est devenue pour la première fois de sa carrière championne du monde de trail long (87 km, 6.500 m de dénivelé positif), vendredi en Autriche. Et ce malgré une activité professionnelle bien chargéePropos recueillis par Jérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France de trail s’est brillamment illustrée lors des derniers championnats du monde de trail, disputés du 6 au 10 juin à Innsbruck (Autriche), avec trois médailles d’or individuelles.
- Sacrée tout comme Clémentine Geoffray et Benjamin Roubiol, la Lyonnaise Marion Delespierre revient pour 20 Minutes sur cette course « exigeante » de 87 km et 6.500 m de dénivelé positif, qu’elle a bouclée en 11h22'31''.
- Médecin du sport, Marion Delespierre (36 ans) explique à quel point il est difficile de signer une telle performance avec une activité professionnelle bien remplie par ailleurs.
Le trail français vient de confirmer qu’il était bien au sommet. Les athlètes tricolores Benjamin Roubiol et Marion Delespierre sont ainsi devenus champions du monde de trail long (87 km, 6.500 m de dénivelé positif) vendredi à Innsbruck (Autriche), un jour après la médaille d’or de Clémentine Geoffray sur le format court (45 km, 3.100 m de D+). Des performances significatives, dans la foulée notamment du doublé de Blandine L’hirondel en 2019 et 2022. Pour 20 Minutes, Marion Delespierre (36 ans), médecin du sport à Lyon, revient ce lundi sur son premier sacre mondial, après 11h22'31'' de bataille dans les montagnes autrichiennes.
Comment vivez-vous votre retour dans votre cabinet en tant que championne du monde de trail ?
Je ne suis rentrée que dimanche soir en train à Lyon, donc la transition est un peu violente (sourire). Les émotions et les endorphines de la course sont en tout cas toujours bien là, je reste encore un peu là-haut. J’ai juste un peu de mal à réaliser ce qu’il s’est passé. Je ne faisais pas du tout partie des favorites, j’avais fini 7e en Thaïlande l’an dernier et j’avais juste le podium dans un coin de ma tête. Mais le parcours à Innsbruck était tellement exigeant que tout pouvait se passer. Certains coureurs ont vite payé un problème d’alimentation, comme Baptiste Chassagne (17e), qui a connu une énorme hypoglycémie alors qu’il était en tête.
A l’image des championnats du monde de cyclisme, y a-t-il une stratégie de course définie en amont avec le sélectionneur pour un tel événement ?
Non, il n’y a pas du tout de stratégie de course au départ. C’est sûr qu’on se disait que Blandine L’hirondel serait devant si elle était dans un grand jour. Mais elle était blessée au pied et elle a dû abandonner. C’est au fur et à mesure de la course que le double objectif de devenir championne du monde individuellement et par équipe (avec Manon Bohard Cailler 3e, Audrey Tanguy, Jocelyne Pauly et donc Blandine L’hirondel) m’est apparu jouable.
Est-ce une fierté particulière de devenir championne du monde de trail en étant encore médecin à temps plein, qui plus est sans vivre à la montagne ?
C’est certain, d’autant que de plus en plus de traileurs et traileuses ont désormais assez d’apport de la part de sponsors pour arrêter totalement ou partiellement leur activité professionnelle. Entre la clinique de la Sauvegarde (Lyon 9e) et le centre de médecine du sport de Lyon Gerland, je travaille entre 40 et 45 heures par semaine. Quand les résultats ne sont pas trop là, je me dis que je n’ai aucune chance de l’emporter vu que je ne peux pas aller crapahuter en montagne quand j’en ai envie. Mais je trouve que cet équilibre travail-sport est aussi une force : ça m’aide à relativiser les courses.
Que je gagne ou que je perde, je suis au travail le lundi, sans pression financière ou obligation de résultat dans le trail. J’adore mon métier et ça me fait du bien de penser à autre chose que les courses, même si mon rythme de vie est parfois hyper oppressant. Je ne me pose jamais et l’idéal serait d’alléger un peu mon emploi du temps professionnel pour que je puisse me rendre plus souvent autour d’Annecy, et pas juste des week-ends par-ci par-là. Je fais maintenant de la musculation au travail avec mon préparateur physique Quentin Giacomazzo et j’habite dans les Monts d'or, ce qui n’est pas mal pour les entraînements. Mais il est certain que je n’ai pas une bosse de 1.000 m de D+ devant chez moi.
Quelle valeur a exactement ce sacre mondial dans le monde du trail running, où des courses mythiques comme l’Ultra-Trail du Mont-Blanc (UTMB) et la Diagonale des Fous semblent plus médiatisées ?
Gagner l’UTMB (170 km et 10.000 m de D+ au départ de Chamonix) resterait au-dessus de tout (elle a fini 4e en 2021), mais ces championnats du monde ont pris de plus en plus d’ampleur. Il n’y a qu’à comparer la liste des engagés il y a dix ans et celle de cette édition… La densité des traileurs est bien supérieure aujourd’hui, et elle est même supérieure à celle d’une Diagonale des Fous. Je trouve que c’est quand même le Graal de porter le maillot de son pays dans un sport, même si ça n’a pas la même ampleur médiatique que dans le football, et qu’on n’est pas encore une discipline olympique. Il y a des efforts à faire pour que notre sport soit plus connu mais les résultats des Français sur ces Mondiaux prouvent qu’on a quand même un sacré vivier d’athlètes.


















