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Comment la NBA se prépare à « tanker » pour Wembanyama ?

NBA : Pour recruter Wembanyama, comment les franchises se préparent à rivaliser de nullité ?

BASKETDans l'espoir de recruter Victor Wembanyama, le plus gros prospect du basket mondial, certaines franchises NBA vont chercher à faire la pire saison possible
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Après quatre mois de pause, la saison de NBA reprend ce mardi.
  • Si la lutte pour le titre sera encore très suivie, celle pour voir quelle équipe aura le pire bilan de la Ligue sera peut-être encore plus intéressante.
  • Car, au bout, il y a l'opportunité de récupérer, pour l'une de ces équipes, Victor Wembanyama.

Est-ce vraiment ça, le rêve américain pour un jeune basketteur français ? Finir à Salt Lake City, promener ses grandes guiboles au milieu des fidèles de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours et prendre l’air dans les montagnes Wasatch pour échapper à cette ville morne ? Pas vraiment. C’est pourtant ce qui pourrait attendre Victor Wembanyama, le futur meilleur joueur du monde, la « licorne française » qui met l’Amérique à genoux.

Oui, car Salt Lake City, où évoluent les Utah Jazz, est l’un des grands favoris pour accueillir notre Français, actuellement à Boulogne-Levallois, lors de la prochaine draft. Comment ? En espérant tirer le choix numéro 1, promis à notre prodige, lors de la loterie, qui décide de l’ordre de passage des équipes de NBA au moment d’élire les joueurs qui viendront garnir leur effectif. Pour avoir plus de chances d’avoir le first pick, il faut figurer parmi les trois pires équipes de la Ligue.

Surprenant, à première vue, pour tout étranger au système américain. Pourtant, avec le tanking, la NBA a son petit côté socialiste à elle : pour rééquilibrer les forces, plus vous êtes à vomir, plus vous avez de chances de récupérer les stars de demain. Un système un peu pervers, car certaines équipes vont délibérément être ridicules pour espérer choper le Graal, aka Victor Wembanyama. Comme les San Antonio Spurs, les Oklahoma Rockets, les Houston Rockets ou les Utah Jazz, donc.

« Je n’ai jamais pensé à perdre »

« Les dirigeants sont arrivés à la conclusion que cette équipe, qui coûtait cher, menée par Gobert, Mitchell, Bogdanovic, n’allait plus être assez bonne pour tenter de gagner le titre, explique Eric Walden, journaliste au Salt Lake Tribune et animateur du podcast “How’Bout This Jazz”. La décision a été prise de transférer ces gars pour récupérer des jeunes joueurs et d’avoir des bons choix de draft. Tu dois finir dans les trois dernières équipes pour ne pas hypothéquer tes chances de ne pas avoir Victor. »

Mais comment vous pouvez préparer une saison où les échecs seront presque plus célébrés par l’état-major du club que les victoires ? On a contacté l’homme au plus beau nom du basket français, Mickaël Gelabale, qui a vécu deux saisons galères de 2011 à 2013 aux Sonics de Seattle (aujourd’hui devenus les Okhaloma Thunder). La franchise avait décidé de se séparer des légendes Ray Allen et Rashard Lewis pour tout reconstruire :

« Quand je suis arrivé là-bas, moi, je n’ai jamais pensé à perdre, parce que ce n’est pas ma mentalité. Tu ne te dis pas que tu vas perdre autant de matchs tant que tu ne l’as pas vécu. Pour moi, ce n’était pas frustrant d’être dans une équipe comme ça, car j’accomplissais mon rêve en arrivant en NBA. Après, j’essayais de faire ma place moi, personnellement, plutôt que de savoir ce que l’équipe allait faire. » »

Et hop, on enlève un pion essentiel de l’équipe

Aux Jazz et aux Spurs, cette saison, l’état d’esprit des joueurs est, officiellement, un peu similaire, et pourrait même mettre à mal la stratégie des dirigeants : « Essayer de perdre n’est pas dans la nature de Gregg Popovich, il s’assurera que cette équipe joue fort à chaque match, explique Tom Osborne, journaliste au San Antonio Express-News. Après les avoir regardés pendant la pré-saison, je pense qu’ils seront meilleurs que les gens ne le pensent. Leur jeune noyau dur, Keldon Johnson, Devin Vassell et Josh Primo, sont des joueurs très compétitifs qui veulent gagner. »


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Alors, si les choses tournent mal et que l’équipe se met à gagner plus que de raison, les dirigeants ont toujours d’autres leviers à activer. Pas question de demander expressément à l’équipe de perdre, sous peine de sanctions de la NBA, très regardante sur le tanking, mais une stratégie encore plus perverse : « La meilleure façon pour les Spurs de s’assurer qu’ils se retrouvent comme l’une des pires équipes de la Ligue sera d’échanger ses meilleurs vétérans, comme Jakob Poeltl, Doug McDermott ou Josh Richardson. Tu es sûr de ne pas gagner 30 matchs avec ça », reprend Osborne.

« Sur le papier, tu as de bons joueurs à Utah, comme Conley, Sexton ou Markkanen, ajoute Eric Walden. Mais il y a des trous énormes à certains postes, qui empêchent de gagner avec régularité. C’est une équipe qui ne peut pas bien jouer la défense, qui ne sait pas faire de passes… Automatiquement, tu vas perdre des matchs, tu n’as même pas besoin de demander aux coachs de perdre. »

Les Sixers, modèle à suivre

Et les supporteurs dans tout ça ? Comment prendre du plaisir à voir son équipe enchaîner les défaites ? « Ce n’est pas comme en France où les spectateurs veulent des résultats, des résultats, assure Gelabale. Là-bas, ils comprennent très bien quand ils ont une équipe capable d’aller en play-offs ou quand ils ont une équipe en reconstruction autour de jeunes. Du coup, ils venaient voir les débuts de Durant aux Sonics ou les stars des autres équipes. »



Et puis, quoi de mieux de voir revenir son équipe vers les sommets après avoir touché le fond ? Demandez aux fans des Sixers, qui étaient à deux doigts de se tailler les veines après avoir vu seulement 10 victoires en 82 matchs lors de la saison 2015-2016. Depuis, l’équipe s’est reconstruite doucement, à tour de draft (avec notamment Joel Embiid, arrivé dès 2014, ou Ben Simmons), et se qualifie régulièrement pour les play-offs.

« Le tanking est le meilleur chemin pour tenter de retrouver les hauts sommets, reconnaît Eric Walden. Le risque, c’est que tu mises beaucoup sur le fait d’avoir une superstar. Mais, il se passe quoi si tu n’as pas cette superstar ? Quel joueur tu draftes si tu n’as pas celui que tu voulais ? » Demandez donc aux Bobcats de Charlotte (aujourd’hui les Hornets) qui, après avoir tanké à mort - uniquement 7 victoires sur la saison –, espéraient récupérer Anthony Davis à la draft 2012 et ont fini avec le deuxième choix, Michael Kidd-Gilchrist. Depuis, les Hornets ont participé seulement deux fois aux play-offs. Kidd-Gilchrist, de son côté, n’évolue plus en NBA. On souhaite tout le contraire à Victor Wembanyama. Même d’atterrir à Salt Lake City si ça lui permet d’atteindre les sommets.